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cyclisme Tour de France - Dans le sillage du peloton, la guerre des watts fait rage (PAPIER D'ANGLE)

Par Simon VALMARY CASTRES, 05 juil 2013 (AFP) - Comme chaque année, le Tour de France 2013 est accompagné par une polémique scientifique autour du calcul de la puissance déployée par les coureurs, érigée en preuve irréfutable du dopage par certains et jugée argument partiel, voire partial, pour d'autres.

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Antoine Vayer, ancien entraîneur de l'équipe Festina entre 1995 et 1998, a initié le calcul de la puissance, mesurée en watts, à l'aide de modèles mathématique et physique. "L'analyse de la puissance m'a servi à optimiser l'entraînement (chez Festina) mais également de constater les effets du dopage. Il est clair que, dans certaines situations de course, on peut dire que pour un coureur, pousser tant de puissance n'est pas possible", explique-t-il. Ces calculs incorporent une multitude de données (temps de parcours, poids du coureur et de son vélo, résistance de l'air, pesanteur, coefficient de roulement, densité de l'air...) et ramènent les performances de coureurs de morphotypes différents à celles d'un coureur étalon de 78 kg. A partir de ces travaux Vayer a posé des seuils au-delà duquel il juge les performances anormales: à 410 watts, une performance est "suspicieuse", à 430 watts elle est "miraculeuse" et à 450 watts elle est "mutante". Ainsi, dans son ascension record de l'Alpe d'Huez en 1995, Marco Pantani a développé 468 watts-étalon, Lance Armstrong 455 dans sa montée d'Hautacam en 2000, Alberto Contador 491 dans la montée de Verbier de 2009... Vayer pose ses travaux comme une alternative à la détection du dopage par les contrôles où certaines substances ne sont pas nécessairement détectées. "Les watts ne révèlent pas la cause mais la conséquence du dopage", résume-t-il.

"Pseudo science" Ces chiffres, aujourd'hui repris dans la presse du monde entier, suscitent la polémique dans le monde du cyclisme. "Pseudo science, estime le responsable de l'équipe Sky, Dave Brailsford. Dans notre équipe, on voit déjà combien il est difficile d'avoir des données directes (récoltées sur les capteurs des vélos, ndlr) précises et de les traiter. Le faire à distance, c'est encore plus compliqué." "Tracer une ligne et dire: au-delà, c'est le dopage est une manière de penser un peu brutale. L'histoire du sport humain a montré qu'on pouvait aller plus vite proprement", ajoute-t-il. "C'est un outil, considère David Millar, coureur repenti, arrêté pour détention de produits dopants en 2004. La méthodologie n'est pas parfaite, elle donne un ordre d'idée. Mais on ne peut pas dire c'est blanc ou noir". Selon Frédéric Grappe, entraîneur français et chercheur en biomécanique, fixer un seuil absolu au-delà duquel se décrète le dopage est "scientifiquement et intellectuellement malhonnête". "Antoine Vayer fait croire qu'il a mis une technique infaillible pour pointer les dopés. Sa méthode n'a rien de novateur. Le problème, c'est de savoir les interpréter. On ne peut pas dire que parce que quand quelqu'un a passé 410 watts, il est dopé", estime-t-il en pointant également des biais dans le calcul.

Radars "Entre un effort de 20 minutes comme Verbier et un effort d'une heure comme le Tourmalet, on perd un watt par minute, ce qui veut dire qu'entre les deux il y a une différence de 40 ou 50 watts. Ca, il n'en parle pas. L'altitude joue aussi, on perd entre 7% et 10% (de VO2 max) tous les 1000 mètres, il n'en tient pas compte non plus. C'est repris et personne ne vérifie. Et ça fait du buzz", déplore-t-il. "Les seuils sont très gentils", rétorque Vayer. "A 410 watts, ça veut dire que selon les lois de la physiologie, on a le meilleur athlète du monde qu'on ait jamais vu". "Nos calculs de manière indirecte s'avèrent exacts", poursuit-il, en affirmant paramétrer ce qui est conceptuable :"Notre marge d'erreur est de moins de 2%. On reçoit des données directes, comme celles de (Jurgen) Van den Broeck, 4e l'année dernière (du Tour). On a comparé à ce qu'on avait fait et on a moins de 1% d'erreur". Antoine Vayer prépare de nouveaux travaux sur le Tour 2013 dans six "cols radars", à commencer par la montée finale vers Ax-3 Domaines samedi, qui devraient à nouveau alimenter la polémique en attendant ce que souhaitent les chercheurs: que les coureurs publient leurs données, validées par des laboratoires indépendants, afin d'avoir une base de travail concrète.

sva/els (AFP/Le Matin)

Créé: 05.07.2013, 16h37


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