Lundi 17 décembre 2018 | Dernière mise à jour 07:36

Football L'ultime pirouette de Chagaev

A Genève, Bulat Chagaev a proposé des contrats privés aux joueurs avant de les libérer. Une réalité réfutée par la direction dans la soirée.

Malgré les déclarations des joueurs, Chagaev dément!

Rebondissement dans la soirée, la direction du club a réfuté la thèse selon laquelle les joueurs avaient été libérés de leurs obligations contractuelles par Bulat Chagaev. Dans un communiqué transmis par Me Pierre Toffel, la direction du club affirme que «M. Bulat Chagaev n’a pas libéré de leurs contrats de travail les joueurs du Xamax. Il leur a donné quelques jours de congé dans l’attente de la décision de restitution de la licence.» Le texte retranscrit ensuite un dialogue où Bulat Chagaev refuse de libérer Victor Sanchez «avant la décision de la Ligue à propos de la licence.» Et le président de conclure: «Officiellement, vous êtes en vacances jusqu’au 29, soit la date où la Ligue rend sa décision.»

Notons d’abord que le 29 janvier est un dimanche et qu’il est donc peu probable que la Ligue statue à cette date. Remarquons ensuite que ce dialogue a visiblement été très mal compris puisque le trio espagnol Sanchez, Navarro et Muñoz n’est pas revenu à Neuchâtel et qu’au moins quatre autres joueurs interrogés ont tous le sentiment d’être «libres». Alors que comprendre?

Probablement que les avocats du club ont réalisé que l’affirmation de Bulat Chagaev privait le club de ses derniers actifs. A trois jours d’une audience de faillite, il s’agissait donc de démentir au plus vite ce très mauvais signal.

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Il est 14?h?30 hier sur le parking de l’hôtel La Réserve lorsque Victor Sanchez serre longuement dans ses bras le staff xamaxien et quelques coéquipiers. Le milieu de terrain espagnol extrait ensuite une grande valise du bus officiel avant de disparaître dans la voiture d’un accompagnateur. Quelques instants plus tard, David Navarro l’imite. Malgré la tristesse et la résignation, les adieux sont dignes. Ils témoignent d’un groupe qui aura appris à s’aimer dans l’incertitude et l’incompréhension. Ils suggèrent également ce qui n’est alors pas encore une information: l’équipe fanion de NE Xamax est en train de disparaître sur le parvis d’un hôtel de luxe de la banlieue genevoise.

Dans un salon feutré

Que s’est-il donc passé dans les salons feutrés du cinq étoiles de Bellevue? Durant une petite demi-heure, Bulat Chagaev s’est adressé à son staff et à ses joueurs fraîchement débarqués de Dubaï. Et alors que la logique aurait voulu qu’il tente de stopper l’hémorragie qui lui a déjà coûté Basha, Wüthrich (Sion) et Uche (absent de l’avion d’hier), le président xamaxien a livré une ultime pirouette aussi inattendue qu’inexplicable. «Il nous a dit qu’on était libres de partir si on le souhaitait, confie un des membres de l’équipe. C’était simplement surréaliste. Je vous avoue que je n’ai pas tout compris de son propos. Mais il nous a également invités à signer un contrat privé de façon à enfin toucher nos arriérés de salaires.» Confirmée ensuite par deux autres personnes présentes, l’information est assez grave pour que l’on s’y attarde. Bulat Chagaev a en effet proposé aux joueurs xamaxiens de parapher un nouveau contrat avec sa seule personne; ce dernier se substituant à celui qui les lie actuellement à NE Xamax SA. Un acte quasi désespéré qui aurait le cas échéant pour conséquence de spolier le club des derniers actifs encore en sa possession pour les transférer intégralement dans la poche du seul Bulat Chagaev.

Prétendu désintérêt

En suggérant cette pratique qu’il ne cesse - comble d’ironie - de reprocher à l’administration Bernasconi, Bulat Chagaev a définitivement tombé le masque de son prétendu désintérêt. Pire, il a affiché hier au grand jour ses incohérences coupables. «Pour pouvoir signer ce contrat et toucher notre argent, le président nous a demandé de prendre contact avec son avocat Cédric Aguet. Cette proposition a calmé nos questions et, d’une certaine façon, nous a rassurés. Mais lorsque Raoul Savoy a téléphoné au nom du groupe, l’avocat en question n’était même pas au courant de cette proposition.» Et Bulat Chagaev avait évidemment quitté les lieux. «C’est pour cela qu’il y a eu ces longues minutes de flottement devant l’hôtel. On a réalisé d’un coup qu’on s’était fait avoir une fois de plus, une fois de trop. Dans notre esprit, cette fois, c’est bel et bien fini. Il y a autant de chance de voir l’équipe continuer à exister que de gagner à l’Euro Millions. C’est vite vu, il n’y a même plus d’entraînements prévus.»

Ultime trajet d’équipe

Devant ce constat désespérant, les joueurs xamaxiens remontent alors dans le car pour un ultime «trajet d’équipe». Arrivés aux alentours de 16?heures devant leur maison de la Maladière, les plus émus d’entre eux prennent congé sans pouvoir retenir leurs larmes. Autant de scènes émouvantes qui éclairent le drame humain que ne manque pas de provoquer chaque disparition sportive. Privé de licence, bientôt sans équipe et sous la menace d’une faillite imminente, NE Xamax n’est pourtant pas tout à fait mort. Car officiellement, le comité de la SFL s’accorde jusqu’au vendredi 27 janvier à 15 h pour «se prononcer sur la question de principe de l’octroi de l’effet suspensif». Un ultime sursis sportif qui apparaît ce matin aussi dérisoire qu’illusoire. Tant l’ultime espoir de voir NE Xamax présenter une équipe de football professionnelle en 2012 semble s’être définitivement brisé hier après-midi à Genève. Sous le poids d’une énième muflerie de Bulat Chagaev. (Le Matin)

Créé: 24.01.2012, 16h56

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