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Football Commentaire: Einstein à cheval sur un petit pois

Mercredi, Christian Constantin a botté le cul d'un coach tout en serrant la main d'un autre. Mais que se passe-t-il dans sa tête?

Christian Constantin aime les citations et les changements d'entraîneurs. Alors il ne rate pas une occasion.

Christian Constantin aime les citations et les changements d'entraîneurs. Alors il ne rate pas une occasion. Image: Keystone

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On y a pensé tout l’après-midi de mercredi. Pensé et resongé même, à ce «quid» éternel ainsi qu’à ce «qu’est-ce» intime, au profond pourquoi du quoi comment. La question nous turlupine depuis si longtemps: que peut-il bien se passer dans la tête de Christian Constantin au moment où, en un éclair ou au terme d’une plus ou moins mûre réflexion, il colle son pied au cul d’un entraîneur avant de serrer la main d’un autre?

En ce 3 juin 2020, le président du FC Sion a – quelle souplesse – fait les deux en même temps. Au mépris du premier et du deuxième être humain concerné. Exit Ricardo Dionisio après cinq matches, «welcome back» Paolo Tramezzani pour deux mois et des poussières. A moins que bon, si tu veux.

Au surpeuplé cimetière de Tourbillon, Ricardo Dionisio gît dans la riche catégorie des «morts au vain combat sans avoir eu la chance de démontrer leurs probables talents». Débarqué pour faire oublier le fiasco avec Stéphane Henchoz (encore une idée de génie qui avait tourné court, étouffée dans un œuf pas net), le jeune Portugais est mal tombé; mais au-delà de tous les virus au monde, existe-t-il un bon moment pour devenir entraîneur du FC Sion?

Voilà qui nous (r)amène à Paolo Tramezzani. L’Italien serre la main du président pour la deuxième fois, il a donc déjà pris son pied au cul (en octobre 2017, après quatre victoires en seize matches, avec un jeu famélique et des éliminations contre les Lituaniens de Suduva en Ligue Europa, puis en Coupe devant Stade-Lausane-Ouchy). Bref, il y a moins de trois ans, Tramezzani était nul et il fallait s’en débarrasser sous peine de dangereusement flirter avec la relégation.

Aujourd’hui, il est l’homme de la situation pour assurer, comme dit le communiqué, «une seule mission»: le maintien. Christian Constantin ne parle même plus de la sacro-sainte Coupe de Suisse alors que, bon sang, le quart de finale prévu début août à Rapperswil ne s’annonce quand même pas trop mal, sur le papier… Que se passe-t-il dans sa tête?

Mettez Einstein à cheval sur un petit pois, hachez le tout menu (surtout Einstein) sans surtout toucher au cheval, et vous aurez un début de piste… Le changement Dionisio-Tramezzani ne peut s’expliquer d’un point de vue sportif, puisque le premier n’a pas eu sa chance et que le deuxième a déjà grillé la sienne. Un mouvement d’humeur, parce que le boss tenait mordicus à ne plus jouer cette saison et que le reste du monde vient de décider le contraire? Non plus, puisque Constantin avait signifié sa défiance envers Dionisio bien avant le vote de la semaine passée. Alors quoi? Le choc psychologique qui vire à la mission commando? Pourquoi pas, le patron a même placé cette nouvelle aventure sous le signe de la rédemption pour l’Italien.

Des fois, ça marche. Des fois, tout peut marcher. Les jeunes, les vieux, les Suisses, les étrangers, les grands ou les petits. Chaque entraîneur peut marcher, à condition qu’on le laisse avancer. Que se passe-t-il dans la tête de Christian Constantin, lorsqu’il stoppe un coach pour en (re)lancer un autre? Est-ce la fourmilière ou le néant? Joue-t-il au black jack pour rafler la mise ou à la roulette russe pour se faire peur?

Une chose est sûre: la stratégie du chaos porte ses fruits, et des plutôt bien mûrs. C’est le chaos à Tourbillon. Presque toujours. Le président a même réussi à mettre dans la tête de ses joueurs – excepté ceux qu’il a virés – que la reprise du championnat était une mauvaise chose. Et maintenant, hop, il faut se remuer pour sauver ses fesses. Ça tourne tellement vite et dans tous les sens que, ô angoisse suprême, on en arrive parfois à se demander jusqu’à quand l’agitateur en chef se supportera lui-même.

Au grand amateur de citations qu’il est, on ne résiste pas à l’envie de glisser celle-ci, confondante de simplicité: «Vous ne vous reposez jamais?» C’est Gérard Depardieu qui l’adresse à Pierre Richard dans «La Chèvre», après l’avoir sorti de sables mouvants.

Thierry Lhermitte posera la même question une quinzaine d’année plus tard à Jacques Villeret, dans «Le Dîner de Cons». Non, Christian Constantin ne se repose jamais. Et comme toujours, en toile de fond, il s’agit de l’avenir du FC Sion. Et si c’était (aussi) ça, qui le faisait kiffer? Jongler avec un club donc avec le cœur des gens, comme Charlie Chaplin donnait d’aériens coups de bottes dans un monde en baudruche. Ce film-là s’appelait «Le Dictateur».

Simon Meier

Créé: 03.06.2020, 21h09

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