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NE Xamax «Je ne lâcherai jamais rien, j’irai jusqu’au bout»

A 76 ans, Gilbert Facchinetti reste toujours actif, déteste Bulat Chagaev et admire Mickaël, son petit-fils, étoile montante du foot suisse. Interview.

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Neuchâtel Xamax a 100 ans cette année, une fête aura-t-elle lieu malgré le climat actuel?

Oui, j’espère bien, envers et contre tout. La date n’est pas arrêtée, mais ce sera en août ou en septembre.

Autour de Walter Gagg, vous faites partie d’un groupe prêt à sauver Xamax. Financièrement, avez-vous les reins assez solides?

De l’argent, nous en avons. Nous sommes prêts. Le problème, c’est Chagaev, il a 51% des actions, c’est le patron. Tant qu’il ne se retire pas, on ne peut rien faire.

Outre vous, le groupe est notamment formé de Pierre Monachon, 86?ans, de Pierre Dubois, l’ex-conseiller d’Etat, des supporters de légende de Xamax, mais tous d’un âge respectable. Ne vous battez-vous pas pour une cause perdue? Le Neuchâtel d’aujourd’hui veut-il vraiment sauver Xamax?

Oui, j’en suis sûr. Notre groupe compte aussi des membres de moins de 40?ans. Et vous n’imaginez pas les centaines de téléphones, de lettres de soutien que je reçois et qui disent tous la même chose. Ne lâchez pas et, au sujet de Chagaev, «mais foutez-le moi dehors!»

L’avez-vous déjà rencontré personnellement?

Une seule fois. C’était après un match, il m’a demandé de devenir son vice-président. A quoi j’ai répondu, OK, je reviens, mais comme président uniquement. En aucun cas, je ne voulais lui servir d’alibi alors qu’il a renié toute l’histoire du club et qu’il s’est coupé de toute la région neuchâteloise. Il ne m’a même pas dit au revoir. C’est un type invivable.

Le scénario le plus probable est la faillite du club et la rétrogradation en 2e?ligue régionale, comme l’avait vécu Lausanne. Que ferez-vous dans ce cas de figure?

Je ne lâcherai pas. De mon vivant, je ne lâcherai jamais Xamax. On luttera et on remontera, comme Lausanne. J’ai tout donné à Xamax. J’y suis depuis 53?ans, j’ai été 24?ans président. J’ai travaillé avec des gens honnêtes, toujours dans la légalité. Dans les années 80, nous étions craints par toute l’Europe. J’irais jusqu’au bout avec Xamax.

8 millions de dettes, deux mois de retard dans les salaires. Depuis l’arrivée de Chagaev, la vie de Xamax ressemble à une tragicomédie sans fin. Cette semaine, il y a eu le licenciement de quatre joueurs dont le capitaine Besle. Comment vivez-vous cela au quotidien?

Très mal, surtout à mon âge, j’aurai 76?ans ce mois. J’en fais des cauchemars tellement c’est désolant. Virer Besle comme un malpropre alors qu’il était fidèle au club depuis 7?ans, c’est inqualifiable.

Meilleur symbole de tout ce qui se passe, vous, l’âme du club, avez été exclu de votre loge à la Maladière.

Chagaev ayant renoncé à tous les clubs de supporters, Club des Amis, Club des 200, Club des 40, presque toutes les loges ont été fermées, dont celle de l’entreprise Facchinetti. Mais lui, il s’en est auto attribué sept.

Où allez-vous voir les matches?

Trois Neuchâtelois ont conservé des loges. Ils m’invitent.

Malgré tout, vous restez fidèle à Xamax?

Evidemment, en trente-cinq?ans, j’ai raté cinq matches officiels parce que j’étais malade. Le plus frustrant, c’est qu’au premier tour, on avait une excellente équipe. Le nul contre Bâle, juste après que le club rhénan a éliminé Manchester, a été un match de référence. Le contingent compte sept jeunes formés au club, preuve que le foot reste encore bien vivant à Neuchâtel et qu’il ne faut pas laisser tomber.

Parmi ces jeunes, il y a Mickaël Facchinetti, votre petit-fils, qui, à 20?ans, a gagné ses galons de titulaire cette saison et s’affirme comme l’une des étoiles montantes du foot suisse. Vous devez être fier…

Très fier oui. Comme je le lui avais demandé, Mickaël a d’abord passé son bac avant de devenir 100% pro. C’est un garçon calme, intelligent, le porte-parole des jeunes de l’équipe. Membre aujourd’hui de l’équipe suisse des M20, il n’arrête pas de progresser.

Il vit chez vous depuis tout petit. De quoi parlez-vous à table, de foot, de Chagaev?

De foot, oui, tous les jours. Mickaël adore Munoz, l’entraîneur. Mais pas de Chagaev: chez nous, son nom est tabou, on ne le prononce jamais.

Quand on dit Facchinetti, on pense évidemment aux épopées européennes de Xamax. Sous votre règne, le club, dans les années 1980, avait tutoyé les plus grands. Quel est votre meilleur souvenir?

Le 5-1 contre Celtic Glacow avec quatre buts de l’Egyptien Hassan. C’était fou, dans une Maladière bourrée à craquer. Et puis aussi, bien sûr, les victoires contre le Real Madrid et le Bayern Munich.

Quels joueurs vous ont le plus marqué?

Le Hongrois Detari, un génie, un peu fou et Stielike qui était resté quatre ans chez nous.

Votre santé a un peu décliné ces derniers temps. A cause de Xamax?

Non, c’est l’âge. J’ai été opéré deux fois des hanches et j’ai du diabète, mais ça va, je survis.

A 76?ans, vous continuez à vous battre pour Xamax, avec une formidable force intérieure. La vie pourtant a été très dure avec vous. Vous avez perdu vos trois filles dans des circonstances tragiques. Comment avez-vous réussi à surmonter cela?

Pamela avait deux ans quand elle s’est noyée dans notre piscine, Tania a été foudroyée par un cancer à 35?ans, Sandra, souffrant de dépression, a choisi de quitter ce monde voilà deux ans et demi. Je crois que c’est ma femme Vally qui m’a donné la force. Nous sommes mariés depuis 53?ans. Ensemble, nous avons tout vécu les deux, les bonheurs, comme les malheurs. Mais Vally ne s’est jamais vraiment remise du départ de Sandra. Depuis, elle a été opérée 11?fois.

Votre ami Pierre Dubois a toujours dit que votre rêve serait de mourir d’un infarctus en criant goal pour Xamax?

Oui, mais seulement lors d’une finale de Ligue des champions. Plus sérieusement, j’espère encore avoir de belles années devant moi. (Le Matin)

Créé: 08.01.2012, 10h00

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