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Football Johann Vogel: «Je suis excité comme un débutant»

Trois ans après son dernier match officiel avec Blackburn, Johann Vogel sort de sa retraite pour aider GC. Il sera capitaine des Sauterelles aujourd’hui contre Thoune (16 h).

Image: Michele Limina

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Paul Scholes, Thierry Henry, Johann Vogel, les vieilles gloires font de la résistance. La retraite était-elle si dure à vivre?

En fait, elle fut très agréable. J’étais tellement vidé physiquement et mentalement que j’en avais besoin. Ainsi, pendant deux ans et demi, l’idée d’un retour ne m’a pas effleurée. Puis j’ai accepté de prendre en charge les M15 avec des batteries enfin rechargées. Ciriaco Sforza a dû le sentir car sa proposition est arrivée au bon moment. Elle a réveillé de la fierté et de l’envie. Après tout, je ne suis pas si vieux que cela.

Avez-vous traversé des phases de doute avant de prendre la décision de revenir?

Au début, j’étais pris d’une euphorie totale. Puis le doute s’est installé, car je me trouvais trop en retard physiquement. Le refus de qualification à l’automne fut finalement salvateur. Aujourd’hui, j’ai enchaîné la préparation sans manquer un seul entraînement. Alors, même si je suis encore loin de mes meilleures années, j’ai bon espoir d’apporter quelque chose à ce club et aux jeunes joueurs talentueux qui composent cette équipe.

Justement, entre ces jeunes et le père de famille que vous êtes, n’existe-t-il pas un énorme fossé?

En réalité, je n’ai pas l’impression de penser ou d’agir comme un vieux. La preuve, je suis excité comme un débutant à l’idée de retrouver le terrain. Les jeunes de l’équipe sont spontanés, ambitieux. J’aime bien leur compagnie, elle me donne presque l’impression de replonger en adolescence.

De nombreux sportifs en fin de carrière prétendent mieux connaître leur sport. Est-ce votre cas aujourd’hui avec le football?

Je ne peux pas dire que je comprends mieux le football qu’en 2009. Un vestiaire restera toujours un vestiaire et je n’ai pas changé mon regard sur la façon de se placer ou de faire une passe. Par contre, je saisis bien mieux ce qui entoure le monde du football, son fonctionnement, ses mécanismes. Alors oui, je comprends mieux la politique du football.

Est-ce que le football du GC des années 1990 (Bickel, Koller, Sutter) ressemble à celui des gamins que vous côtoyez aujourd’hui?

Le jeu va plus vite et la qualité physique des joueurs est meilleure mais, à mon sens, les idées fondatrices sont immuables. Peut-être qu’en 1990, il était plus facile de créer une situation de «un contre un». Car, actuellement, le niveau physique permet une plus grande rigueur dans le repli défensif. Mais les fondamentaux demeurent et le football n’a pas fait sa révolution.

Vous êtes catalogué comme un leader naturel. Qu’est-ce que cela veut dire?

La condition sine qua non reste la démonstration par l’exemple. Un leader inefficace ou paresseux n’existe pas. Bien sûr qu’il peut passer au travers d’un match, mais uniquement en luttant contre lui-même. Ensuite, il faut être généreux. Le leader doit avoir envie de se sacrifier dans les duels ou par des courses ingrates. Enfin, il y a l’intransigeance qui n’est possible qu’en surplus des deux autres attributs. Car rien ne sert de hausser la voix si on n’a pas prouvé auparavant son goût du sacrifice.

Ciriaco Sforza vous a-t-il relancé pour solidifier son 4-3-3?

Peut-être que mes six ans d’expérience à l’étranger dans ce système ont joué dans son envie de me voir revenir. Maintenant, on aurait aussi pu simplement échanger des idées. Disons que Ciri connaît mon jeu par cœur. Il sait qu’à ce poste de No 6 seul devant la défense - le seul rôle que je maîtrise vraiment - mon expérience sera forcément supérieure à celle d’un jeune de 18 ans.

Quel est le meilleur milieu de terrain au cœur duquel vous avez joué?

Avec Mark van Bommel et Philip Cocu au PSV. D’un côté, Mark cherchait l’impact et la verticalité, de l’autre, Philip régalait avec sa patte gauche et un œil incroyable. Et moi, au milieu, je régulais dans un style intermédiaire. Un tel équilibre arrive une fois dans une carrière si tout va bien. On se sentait si forts que l’adversaire pouvait s’appeler le Real, le Bayern ou Plan-les-Ouates, on savait qu’on allait tenir la route.

Un entraîneur et un joueur qui vous ont vraiment marqués?

Guus Hiddink. Et le flan gauche du Milan: Serginho-Seedorf. Avec eux, j’avais parfois envie d’arrêter de jouer pour regarder, tellement c’était beau.

Qu’avez-vous encore à prouver?

Une chose est certaine: je ne reviens pas pour décrocher un contrat à l’étranger ou revenir en équipe nationale (rires). Je veux aider GC parce que voir ce club dans le bas du tableau me fait vraiment mal au cœur. Puis sur un plan personnel, je cherche le défi, le plaisir du challenge. Parce que je ne peux pas rester à la maison les bras croisés, je me sentirais sans substance, un peu oublié aussi. Disons qu’il y a certainement un besoin d’adrénaline.

Comment l’ancien capitaine de l’équipe suisse juge-t-il sa campagne 2011 plutôt chaotique?

(Ironique et incisif) Pourquoi, 2010 était mieux? Je trouve que cette équipe manque de fougue. Le spectacle est pauvre et son jeu manque de mouvements. C’est une question de mentalité. A l’époque, avec Müller, Wicky ou Frei, on voulait absolument se qualifier. J’ai l’impression que cette exigence a disparu et que ce n’est pas si grave de manquer l’Euro.

Cinq ans après, votre éviction abrupte de l’équipe de Suisse est-elle encore une blessure?

Avec le temps, la blessure s’est refermée.

Mais le football suisse dans son ensemble vous a-t-il alors manqué de respect? Bien sûr. Les responsables de l’équipe nationale, du haut jusqu’en bas de l’échelle – et je ne parle pas des joueurs - m’ont totalement manqué de respect. C’est quelque chose qui marque, qui blesse. On se sent incompris.

Cet épisode douloureux a-t-il joué un rôle dans votre envie de revenir sur le devant de la scène?

En aucun cas. Cela n’a rien à voir.

On vous sent heureux et incroyablement frais, vous confirmez?

En effet, je me sens superbien. J’ai une famille heureuse et un but qui me motive. Mais la vie peut vite basculer, il faut donc savoir profiter de ces moments de plénitude. (Le Matin)

Créé: 05.02.2012, 07h43

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