Lundi 10 décembre 2018 | Dernière mise à jour 10:09

Conditions extrêmes Le froid, un ennemi à apprivoiser

Ce week-end, le mercure chutera. –13, –14, –17?degrés? Les sportifs devront jouer avec des températures polaires face auxquelles ils ne sont pas tous égaux.

Le joueur de Parme Stefano Morrone semble plutôt s’amuser du temps qui régnait mardi soir et qui a provoqué le renvoi du match Parme - Juventus.

Le joueur de Parme Stefano Morrone semble plutôt s’amuser du temps qui régnait mardi soir et qui a provoqué le renvoi du match Parme - Juventus. Image: Keystone

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Le championnat d’Italie de football a été amputé, hier, des matches devant opposer Sienne à Catagne, et Bologne à la Fiorentina. Les coupables de ces reports? La neige et le froid. Mardi déjà, le duel entre Parme et la Juventus de Turin avait été renvoyé peu avant le coup d’envoi en raison d’abondantes chutes de neige. A Chamonix, les skieurs ont aussi vu leur entraînement annulé pour la même raison.

En vue des jours à venir, un coup d’œil aux prévisions de MétéoSuisse suffit à provoquer le grand frisson. «Je ne les ai pas encore consultées, qu’annoncent-elles?» questionne le hockeyeur Tristan Vauclair. A Chamonix, le mercure devrait afficher –17 samedi matin. En Suisse alémanique sont attendus des minima entre –8 (aujourd’hui) et –14 (samedi et dimanche). En Suisse romande, ils oscilleront entre –7 (aujourd’hui) et –13 (samedi et dimanche). «Ah, quand même», grimace dans un sourire forcé l’attaquant de FR Gottéron.

Tandis que sont agendées ce week-end des rondes de football et de hockey sur glace, ainsi que des courses de ski à nos portes, ces prophéties ne remuent pas les instances dirigeantes. «Les matches de la reprise restent fixés comme prévu, fait savoir Philippe Guggisberg, de la Swiss Football League. Pour ce qui concerne les risques de blessures, l’état du terrain ne devrait pas poser de problème puisque tous les stades des clubs recevants sont équipés d’installations de chauffage.» Si les terrains de jeu ont été conçus pour supporter ces conditions polaires, comment les athlètes vivent-ils cet envoi en un charbon tout sauf réchauffant? «Disons que je suis soulagé que nous ayons joué à Ambri le week-end dernier, et que je plains ceux qui doivent s’y rendre demain», sourit le hockeyeur de FR Gottéron Julien Sprunger.

Ambri, petite bourgade de Léventine, héberge la patinoire la plus frigide de LNA, la mythique Valascia, ouverte de chaque côté. «Là-bas, en janvier et en février, c’est la Berezina, racontait le gardien Daniel Manzato dans une interview au «Matin Dimanche». Pendant les temps morts, à cause de la transpiration, vous attrapez des frissons le long du corps.»

Comme paralysé

Inévitablement, les grands froids affectent le sportif durant l’effort. «Je me souviens d’un match de préparation aux Mondiaux disputé en République tchèque, raconte Julien Sprunger. C’était infernal. Dans de telles conditions, c’est beaucoup plus difficile d’entrer dans son match, et de rester pleinement concentré. Et puis, si vous ne faites pas partie des joueurs alignés en situations spéciales, les longues minutes passées sur le banc vous cassent.» Son coéquipier Tristan Vauclair adhère: «Une fois, nous nous étions déplacés à Ambri avec GE Servette. J’étais comme paralysé, incapable de faire quoi que ce soit. Le hockey d’aujourd’hui est si intense… Je suis certain que le froid trop prononcé altère les performances.» Footballeur au FC Sion, Didier Crettenand n’est pas inquiet. «En Valais, on est habitués au froid, tranche-t-il. Avec une paire de gants et un sous-pull, tout ira bien.» Autrefois, le skieur Bruno Kernen était aussi réputé pour déguster les basses températures, non pour ce qu’elles représentent, mais pour leur influence sur le revêtement plus agressif, plus dur. Dans l’univers de la glisse, les skieurs s’accommodent aux environnements polaires, aidés par des sous-vêtements thermiques, parfois par des «straps» sur le nez et les pommettes, voire par de la vaseline. «Pendant l’effort, le froid n’est pas trop gênant, explique Didier Défago. C’est avant et après la course, notamment pendant la reconnaissance, qu’il faut davantage prendre ses précautions.»<

En vérité, personne n’est égal face au jugement de la température. «Il y a des gens plus sensibles que d’autres au froid, fait remarquer Gérald Gremion, spécialiste de médecine du sport auprès du CHUV. En ski de fond, par exemple, vous trouverez un coureur sur quatre, approximativement, qui bénéficiera d’un traitement au Ventolin parce que le froid lui provoque ce que l’on appelle une hyperréactivité bronchique. Elle se manifeste par des difficultés respiratoires qui peuvent atténuer la capacité sportive d’un bon tiers.»

Cologna renonce

Gérald Gremion est moins inquiet pour les hockeyeurs, au moins protégés d’une éventuelle bise. Et le docteur de rappeler qu’autrefois, en ski de fond encore, une température minimale était exigée pour laisser partir les coureurs. Cette mesure a depuis été levée. Ce qui n’empêche pas certains coureurs de déclarer forfait dans certains cas extrêmes: ainsi Dario Cologna et les Allemands ont-ils renoncé à se déplacer en Russie ce week-end. La raison? Les températures s’y situent entre – 20 et – 30?degrés. En ski, aucune limite n’est gravée dans les livres de la FIS. Les jurys de course, en accord avec les entraîneurs, prennent leurs décisions au coup par coup. Les débats ne prennent généralement de l’ampleur que lorsque le mercure chute au-dessous de – 25?degrés. Alors, des médecins sont consultés, qui prennent également en considération le taux d’humidité dans l’air.

Qu’en est-il en football? Les lois de l’UEFA stipulent que si le mercure chute au-dessous des – 15?degrés, l’arbitre doit consulter le médecin de chaque club avant de donner le coup d’envoi. En Suisse, pas trace d’une telle injonction. «Dans le règlement de la compétition, il n’y a aucune instruction particulière concernant le froid, lance Philippe Guggisberg. Si un froid exceptionnel devait régner avant le match, l’arbitre aurait la compétence de discuter avec la Ligue, un médecin et les clubs pour prendre les mesures adéquates. L’aspect humain doit primer.»

Ou quand le bon sens suffit à empêcher de se faire du mauvais sang. (Le Matin)

Créé: 02.02.2012, 14h31

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