Samedi 15 décembre 2018 | Dernière mise à jour 00:05

FOOTBALL Robert Pirès: «Oui, c'est une belle histoire»

A 41 ans, l'ancien international français va rechausser ses crampons en Indian Super League. Il évoque son passé, son présent et son avenir.

Robert Pirès: «Je vais être honnête: je pense que la France de 1998 aurai battu l’Allemagne de 2014.»

Robert Pirès: «Je vais être honnête: je pense que la France de 1998 aurai battu l’Allemagne de 2014.» Image: AFP

EN DATES

1973: Robert Pirès voit le jour à Reims.

1983: Champion de France avec Reims Sainte-Anne, un club de quartier, en lever de rideau de la fameuse finale PSG - Nantes au Parc des Princes.

1998: Il participe à 3 matches sur le chemin du titre mondial avec la France. Transfert de Metz à Marseille.

2000: Venu du banc, il offre le ballon de la victoire à Trezeguet en finale de l’Euro.

2006: Il quitte Arsenal après six ans de très bons services. Un clash avec Raymond Domenech le prive du Mondial.

2011: Après quatre saisons à Villarreal et une pige à Aston Villa, il quitte le haut niveau et devient consultant, ambassadeur. Trois ans plus tard, une mission en Inde se présente.

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- Robert Pirès, derrière ce voyage en Inde, faut-il voir le refus de vieillir, la hantise de ne plus être joueur?

Pas du tout. Le football de haut niveau est derrière moi, j’en suis conscient. Après, quand les Indiens m’ont approché, j’ai accepté pour l’aventure humaine. L’acquis et l’expérience que j’ai peuvent aider le football à se développer là-bas. J’y ai vu une superbe opportunité. Sportivement, je ferai ce que j’ai fait pendant dix-neuf saisons. Et, financièrement, vous imaginez bien que ça suit.

- En 2012, avant que le projet ne tombe à l’eau, c’était 800'000 euros les trois mois, puisque le championnat s’achève en décembre.

Ça n’a pas beaucoup changé. Pour être précis, un peu moins de 800. Mais j’insiste: je suis surtout intéressé par l’aventure. On parle du Bombay Club, mais je ne suis toujours pas sûr d’où je vais jouer, ni avec qui. J’ignore où je vais atterrir. Je sais que des gens disent: «Il y va pour l’argent.» Mais, dès lors qu’on propose un salaire pour jouer au foot, qui ne le ferait pas? Quand quelqu’un travaille, il y a un salaire. Je ne vois pas où est le mal. Certains commentaires me font rire. Moi, je suis grave content et fier d’être un ambassadeur du football indien, de la France en Inde.

- Certains décrivent déjà cette Indian Super League comme un «cimetière des éléphants». Ça vous angoisse d’être associé à un pachyderme bientôt mort?

Non, ça me fait plutôt marrer. Cimetière des éléphants, oui, parce qu’on est tout proche de la fin. Mais c’est notre métier. Et si on nous demande encore, c’est parce que ce que nous avons fait sur un terrain n’est pas passé inaperçu.

- Vous n’avez plus joué en pro depuis 2011, vous revenez de vacances aux Caraïbes… Franchement, êtes-vous prêt?

Ne vous inquiétez pas, je serai prêt le 12 octobre pour la 1re journée. On se retrouve deux-trois semaines avant pour la préparation, je vais tout mettre en ordre pour me présenter en professionnel et non en touriste. Je demanderai à Arsène (Wenger) si je peux m’entraîner avec Arsenal, j’appellerai le préparateur physique avec qui j’ai travaillé dix ans. Je serai prêt.

- Au niveau tactique, vous l’êtes, puisque vous avez vécu le Mondial au Brésil. Votre France de 1998 et de 2000 aurait-elle battu l’Allemagne?

Je vais être honnête: je pense que oui. Parce que la différence, tout simplement, c’est l’expérience. Les Allemands n’ont pas battu les Bleus en quarts de finale parce qu’ils étaient meilleurs, ils nous ont bousculés au niveau du vécu et du caractère. Le seul but du match est significatif: un duel, Hummels prend le dessus sur Varane.

- Vous êtes consultant pour BeIN Sports. C’est pour chambrer mais quand même… En tant que fils d’ouvrier et de femme de ménage, vous n’avez pas honte de vous vendre aux Qatariens?

Pas de souci, je vais répondre. L’argent qui vient du Qatar, il vient de ressources naturelles, ils ne l’ont pas volé et donc ils l’utilisent comme ils ont envie. Ils investissent dans une télévision, dans le Paris Saint-Germain ou l’immobilier. Mais tant que c’est de l’argent propre, moi, ça ne me dérange pas. Quand BeIN vient me chercher parce qu’ils ont besoin d’une tête d’affiche… Ils ont choisi ma tête, j’y vais! Aujourd’hui ça me permet de rester dans le football; et l’argent qu’ils me donnent, je le prends et j’en fais profiter des autres.

- Vous êtes comme Robin des Bois, en somme?

(Il se marre.) Exactement! J’ai très bien gagné ma vie grâce à Arsenal et la relation que j’ai toujours gardée avec le club me permet de travailler encore comme ambassadeur, d’être là avec la marque Jeanrichard. Personnellement, j’ai une bonne relation à l’argent. D’abord, on en a tous besoin, c’est une évidence. Après, il faut bien l’utiliser. J’en ai gagné beaucoup, mais il faut savoir que j’en ai perdu énormément. Moi, ce que je voulais, c’était aider la famille, les potes. Il y a des gens dont tu penses qu’ils sont des amis et puis, en fait, non. Mais c’est pas grave, c’est la vie, on apprend.

- 896 francs français, c’était le montant de votre premier salaire mensuel, lorsque vous avez signé, à 15 ans, pour le Stade de Reims. Le plus élevé, c’était quoi?

C’était pratiquement 5 millions d’euros par an, au début des années 2000 à Arsenal. Net.

- On ne peut vous voir sans évoquer le portrait hilarant que Julien Cazarre avait dressé de vous en 2011 sur M6. Sa thèse centrale: si vous êtes devenu aussi fort, c’est grâce à votre prénom. Correct?

(Il éclate de rire) Je ne sais pas si tout peut s’expliquer de cette manière. Mais c’est vrai qu’à mon époque s’appeler Robert en France… Ce n’était pas facile avec les filles ni avec les profs – surtout quand ils vous appelaient. Ce n’était pas évident, même s’il y avait Redford ou De Niro. Disons que, Robert, à 14-15 ans... c’était chaud. C’est pour ça que je pleurais de rire sur le plateau. Tellement il a mis le doigt sur des choses vraies.

- «Moi, le sale Portugais, le fils d’immigrés, le cancre de l’Education nationale, décoré par la France…» Votre histoire, telle qu’elle est résumée dans votre biographie, c’est une revanche sur le sort ou un conte de fées?

Plus qu’une revanche, c’est une fierté. Par rapport à mes parents, qui ont galéré pour arriver sur le sol français. Moi, voilà, j’y suis né, j’ai eu le passeport et après vous connaissez toute l’histoire. Et, oui, c’est une belle histoire qu’on peut assimiler à un conte de fées.

- Vous partez d’un club de quartier pour arriver, via Arsenal, sur le toit du monde avec la France. C’est quoi le fil rouge de votre carrière?

En fait, j’ai toujours recherché la tranquillité, la simplicité et surtout la discrétion. Après, quand tu joues pour Arsenal ou les Bleus, c’est dur d’être discret. Mais ce que je veux dire, c’est que, dans ma philosophie, il faut un côté famille, une unité. J’ai toujours fait au minimum quatre ans dans un club. Cela prouve l’attachement que j’avais pour tous ces maillots. Aujourd’hui, sauf exceptions, on ne trouve plus ça.

- Qu’est-ce que ça vous inspire?

Ben, c’est triste, mais on ne peut rien faire. C’est le business et ce que les joueurs recherchent maintenant: avoir le plus d’argent possible le plus tôt possible. A mon époque, pour gagner de l’argent, déjà, il fallait jouer. Il fallait prouver surtout. Aujourd’hui, si tu fais 10 matches, on te donne X millions. Donc ce ne sont plus les mêmes valeurs.

- Il y a une autre phrase de votre autobiographie qui nous a frappé, celle où vous vous définissez comme un «Bounty à l’envers»: noir dedans et blanc dehors.

J’aime le continent africain, quoi. J’ai souvent traîné avec les Noirs et les Arabes, c’est pour ça que je me suis permis de dire ça. Mais je suis toujours à l’heure, par contre…

- Vous vous décrivez aussi comme un sacré «découpeur de chaussettes», un gars qui aime bien rigoler dans un vestiaire.

Oh, ça, c’est quand on était jeunes. Insouciants, même.

- Cette insouciance, cette conviction qu’on peut prendre du plaisir en réussissant, n’est-ce pas ce qui a fait l’une des grandes forces de l’équipe de France des années dorées?

Ouais, peut-être. Il faut toujours un peu de fantaisie, toujours, même dans le foot d’aujourd’hui. (Le Matin)

Créé: 01.09.2014, 12h05

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