Jeudi 21 novembre 2019 | Dernière mise à jour 12:53

Football Stéphane Henchoz: «Etre travailleur, c’est le plus beau des talents»

Entraîneur du FC Sion, le Fribourgeois évoque son rôle, qu’il compare à celui d’un guide. Il décortique aussi la nouvelle éthique de travail qu'il est en train de mettre en place à Tourbillon.

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Dans une saison, la pause internationale représente toujours un moment particulier à vivre pour les clubs de Super League. Qui sont certes, durant cette période-là, privés des joueurs appelés dans leurs différentes sélections mais qui peuvent, à l’inverse et de manière plus positive, travailler dans un environnement souvent plus détendu. C’est aussi un avantage pour les médias dans la mesure où joueurs et entraîneurs sont alors généralement plus disponibles – en tout cas déjà libérés du stress du résultat du week-end qui conditionne habituellement la semaine de boulot au niveau de la préparation.

C’est dans ces conditions-là que LeMatin.ch a pu longuement rencontrer Stéphane Henchoz (45 ans) alors que le FC Sion effectuait la semaine passée un mini-stage de quatre jours sur les hauteurs de Crans-Montana. Au sortir d’un entraînement matinal qui avait conduit les Valaisans sur les magnifiques installations de Bluche, le technicien fribourgeois s’est livré sur le bon départ du club de Tourbillon (3e, dans le sillage de Bâle et YB)). Au-delà des résultats bruts, il a aussi décortiqué plus en détail sa méthode, basée notamment sur la notion de travail et l’investissement de chacun.

-Stéphane Henchoz, 13 points au sortir de cette première pause internationale, c’est plus ou moins qu’espéré?

-C’est déjà très bien, sûrement même un poil mieux qu’attendu. Rester au sein de ce trio avec Bâle et Young Boys, c’est la garantie de se positionner en haut du classement. Cela doit être ça le but du club. S’accrocher aux meilleurs pour devenir à son tour meilleur. Avant le coup d’envoi de la saison, les données étaient claires, avec deux clubs qui visaient les places 1 et 2, et un autre (ndlr: Xamax) qui serait déjà content de terminer 9e. Les sept autres pouvaient se concentrer sur la Coupe d’Europe.

-Vu de l’extérieur, quand vous n’en étiez pas encore l’entraîneur, comment perceviez-vous les difficultés récurrentes du FC Sion à exploiter le potentiel qu’on lui prêtait?

-J’avais l’impression d’une bonne équipe mais trop irrégulière. Il manquait sans doute aussi de la consistance dans ce qui était fait. L’objectif, c’est d’arriver à être performant le plus souvent possible, ce qui passe par une répétition des efforts…

-… et une prise de conscience, non?

-Oui, il a fallu faire prendre conscience aux joueurs qu’individuellement, chacun devait en faire plus. Le travail, c’est la base. Il faut bosser plus et plus durement, avec une haute intensité. Parce que travailler à 2 km/h, ça ne m’intéresse pas. Certains rechignent, d’autres pas, ça dépend des caractères. On a souvent tendance à parler du talent. Mais sans caractère ni travail, le talent ne sert à rien.

-Mais c’est quoi, pour vous, ce caractère que l’on a, ou pas?

-C’est la personnalité de celui qui est d’accord de venir chaque jour à l’entraînement pour progresser. Celui qui n’a pas envie de travailler ou qui tire au cul n’est d’aucune utilité, même s’il est talentueux. Je préfère 100 fois un joueur moins doué qui donne tout. Car en travaillant à bloc, il va automatiquement s’améliorer. Travailler, c’est une forme de talent. Etre travailleur, c’est même le plus beau des talents que l’on puisse avoir. Un mec qui aime bosser s’en sortira toute sa vie. Il encaissera certes des coups durs, se fera peut-être même licencier mais il rebondira toujours en trouvant quelque chose… Même si ce n’est pas forcément ce qu’il recherchait.

-Ce que vous décrivez là n’est pas spécialement la mentalité du footballeur…

-Il y en a qui l’ont, mais pas assez, c’est vrai.

-Avoir commencé à changer les mentalités à Tourbillon, n’est-ce pas déjà là votre plus belle victoire?

-Je ne sais pas vraiment comment cela se passait avant. Je peux juste me l’imaginer. On n’en faisait sans doute pas assez. Avoir changé cette éthique du travail, c’est ça le plus important. Tout le monde travaille, pourquoi un footballeur ne travaillerait-il pas?

-En Valais, vous êtes aussi arrivé dans le rôle de sauveur de NE Xamax alors que vous auriez pu débarquer dans celui d’un looser s’il n’y avait pas eu le miracle du Brügglifeld…

-Ce que l’on a réussi avec Xamax a certainement facilité les choses. Un coach doit arriver à convaincre ses joueurs qu’il peut les amener au sommet. Je fonctionne un peu comme un guide, un peu comme si je disais aux gars: «Maintenant, vous me suivez, on va où l’on a décidé d’aller…»

-Dans cette ascension, où se situe la cordée du FC Sion?

-Oh, on vient de décoller, le chemin est encore long et escarpé. Ce n’est pas le moment de commencer à s’enflammer mais de redoubler de travail.

-Chaque formation possédant une marge de progression, quelle est celle de votre équipe?

-On a montré que l’on pouvait gagner des matches autrement qu’en jouant bien. Parvenir à gagner en étant moyen, voire très moyen, apporte déjà une certaine confiance. On peut se dire que l’on n’a pas besoin d’être super bon pour l’emporter. Quand l’on voit ce que font les meilleures équipes sur la planète foot, il leur arrive aussi de gagner en ne jouant pas terrible. Pendant 70 minutes, elles ne sont pas dans le coup, elles sont dominées mais à un moment donné, elles en plantent un et ça passe. Et la «petite» équipe enrage parce qu’elle était meilleure jusque-là. A la fin, elle a quand même perdu 1-0.

-Et la part du fameux jeu, quelle est sa réelle importance?

-La finalité de notre sport, ce sont les points. Il n’y a pas de note de style comme en patinage artistique. Rares sont les clubs dans lesquels simplement gagner ne suffit pas, où il importe aussi de produire du spectacle en permanence. Mon rôle est de faire gagner le FC Sion, pas de le faire bien jouer. Dans l’idéal absolu, j’aimerais les deux. C’est déjà bien d’avoir un idéal devant soi, sachant que produire du jeu offre davantage de chances de gagner. Donc on ne doit pas se contenter de se dire «on gagne en jouant moyen», non. On doit tendre vers plus de maîtrise.

-Par rapport à Bâle et YB, que vous manque-t-il?

-Ces deux clubs ont sûrement un temps d’avance dans ce qu’ils font, en termes d’organisation, de culture de la gagne, de contingent peut-être mais là, on peut discuter. Ce retard, il faut faire en sorte d’essayer de le rattraper.

-Comment la culture de la gagne, si précieuse, se travaille-t-elle au quotidien?

-En abordant chaque match pour le gagner, peu importe contre qui et où, que l’on joue Thoune à Tourbillon ou Bâle à l’extérieur. On ne doit pas choisir un match en se disant «ah, celui-là, on a peu de chances» pour mieux se focaliser sur celui que l’on peut gagner. Il faut jouer chaque rencontre pour prendre quelque chose, idéalement les trois points. Si on ne peut pas gagner, cela arrive, on ne doit au moins pas le perdre. C’est valable aussi bien en Coupe qu’en championnat, quel que soient les circonstances.

-Si l’on vous dit Sion champion…

-Pourquoi pas? Pourquoi dire non maintenant? C’est peut-être utopique. Mais je ne vais pas me lancer dans des déclarations tapageuses, je connais trop le milieu. Il suffirait que l’on perde deux matches de suite et certains ne manqueraient pas de me dire «l’autre, avec sa grande gueule», il est maintenant 7e». Il s’agit donc de demeurer réaliste. On sait qu’au niveau du jeu, on doit progresser, on est d’accord là-dessus. Mais on ne doit pas non plus se dire, non, ce n’est pas possible. Mon rôle est de faire progresser les joueurs pour les amener le plus haut possible, certains peut-être à l’étranger dans un championnat plus relevé, où le jeu est plus agressif que chez nous. En Suisse, à ce niveau-là, tout le monde est assez gentil.

-En quoi votre carrière de joueur, d’avoir notamment évolué à Liverpool, vous aide-t-elle?

-Mon ressenti d’ancien joueur représente un avantage. J’ai été à la place de ceux qui m’écoutent aujourd’hui. Devant moi, il y a 25 joueurs, tous différents, qui ne ressentent pas les choses comme moi je les ressentais, j’en suis conscient. J’ai l’avantage de connaître ce qu’il faut pour arriver à un certain niveau. C’est un vécu qui ne s’achète pas. Beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte. Ils parlent de choses sans les connaître parce qu’ils ne les ont pas vécues. Ils pensent qu’il faut ça, alors que c’est souvent autre chose. Sans doute certains joueurs se la coincent-ils parce que j’ai joué à Liverpool. Mais ce qu’il faut, c’est être crédible devant eux. Il n’y a pas de miracle: les gars se rendent vite compte si tu ne sais pas t’exprimer devant eux ou que tes analyses ne sont pas justes.

-Au bord de la touche, vous ne tenez pas en place... Est-ce à dire que vous êtes toujours joueur au fond de vous, et même en surface?

-Comme guide, j’essaie d’accompagner mes joueurs. Souvent, il m’arrive de voir des choses depuis la touche et de me dire: «Là, Stéphane, tu rentres sur le terrain et tu vas régler le cas toi-même!» Au bout du compte, on est tous dans le même bateau. J’encourage autant que j’élève la voix parce que certains ont besoin de ça.

-Finalement, qu’avez-vous de plus valaisan en vous?

-Sans doute mon tempérament, une certaine fierté aussi. Je suis Gruérien, il y a certaines similitudes. Je suis plus valaisan que genevois! Dans mon éducation comme dans mes racines, je me considère davantage comme un terrien qu’un gars de la ville.

Créé: 10.09.2019, 14h14

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