Lundi 1 juin 2020 | Dernière mise à jour 21:59

Football Alain Geiger: «On devrait passer à douze et fermer la ligue!»

Le coach du Servette FC craint qu'avec une reprise à huis-clos de nombreux clubs soient en danger de mort...

Alain Geiger se pose beaucoup de questions...

Alain Geiger se pose beaucoup de questions... Image: ERIC LAFARGUE

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Le ballon, gonflé à bloc depuis peu, roule à nouveau un peu partout en Suisse où la reprise du championnat est imminente, nous assure-t-on. A Genève, le cuir, qui a été bichonné et désinfecté, a repris aussi de la vie du côté de Balexert. «On doit encore faire attention avec ces distances entre nous et cela va encore prendre du temps pour retrouver notre liberté d’expression et de la spontanéité dans le jeu, mais tout le monde est en santé et motivé à reprendre la compétition.» Entraîneur du Servette FC, Alain Geiger a retrouvé avec bonheur ses joueurs, ce mardi, après deux mois de confinement.

Mais, «dans l’expectative», «dans l’attente de vraies réponses,» le technicien valaisan des Grenat se pose beaucoup de questions sur la suite de la saison. Et, surtout, par rapport à la survie de certains clubs suite à cette pandémie. Pour l’ancien international, la ligue doit vite trouver des solutions pour éviter le pire. Il y a, selon le coach du SFC, urgence..

On sent, comme vous le dites, «qu’on va dans la direction de rejouer», mais à huis-clos, comme en Bundesliga. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Pour moi, ce n’est pas la solution. Pour avoir vu les matches de Bundesliga à la télé ce week-end, il y avait beaucoup de frustration, pas de douzième homme, pas d’ambiance, ce partage avec le public si important. Car il ne faut pas oublier qu’on joue aussi pour lui. Je pense, en effet, qu’on va terminer ce championnat ainsi, mais il va faudra vite se préparer à revenir avec du monde.

Il semblerait que ce ne sera pas vraiment pour cette année...

Pour moi l’idée de Christian Constantin n’est pas mauvaise. On pourrait remettre des spectateurs avec une distanciation sociale dans le stade. On le fait déjà dans les trains, dans les bus ou dans les centres commerciaux. Il y a de la place dans les tribunes. Pour moi, c’est vraiment une prochaine étape à étudier.

Mais pas forcément en juillet ou en août quand la nouvelle saison reprendra, cela risque d'être encore compliqué, non?

Il faudra se préparer aussi à jouer encore à huis clos, c’est vrai. Mais à un moment donné, il faut se dire que les clubs ont besoin de recettes. Ils ont des abonnés qui doivent faire partie de ce spectacle avec des espaces raisonnables. Je le répète, on peut bien aller dans des supermarchés ou dans les trains qui sont bondés, alors le public, qui est un acteur très important, doit pouvoir revenir dans un stade. Avec des gradins pouvant accueillir entre 15 à 20 000 places, il est possible d’espacer 3000, 4000 ou 5000 personnes. On ne pourra peut-être par les faire participer tout de suite mais c’est une réflexion que nous devons avoir pour que le football ne meurt pas.

Avec Servette, votre équipe est encore bien en vie, avec des vues sur l’Europe. Vous imaginez déjà recevoir Tottenham ou Nice ou Lille en Europa League sans public?

Là nous sommes quatrièmes et bien placés pour un strapontin européen, c’est vrai, mais c’est toujours la même chose quand on arrête. Nous étions dans le rythme, en pleine confiance, avec un très bon résultat (2-2) à Bâle. Mais cet arrêt nous a pénalisés. Maintenant, on ne doit pas trop pleurer la-dessus et prendre cette situation comme elle vient. Il y a des choses bien plus graves avec ce Covid 19. Cela dit, comme tous les joueurs ont été sages, qu’ils ont bien respectés les consignes, on va reprendre le travail avec sérieux pour jouer le haut de tableau, oui. Même si sans public pendant plusieurs semaines et des partenaires qui ne vont plus aidé le sport amateur et professionnel, il va surtout falloir penser à se reconstruire tout en remettant le jeu au premier plan. On n’a pas le choix, on doit regarder devant.

Avez-vous déjà fixés des matches amicaux?

Là aussi, on attend des infos si on peut jouer ou pas des rencontres de préparation. Maintenant il y a une autre question à poser.

Laquelle?

Pourquoi toutes les équipes n’ont-elles pas repris l’entraînement en même temps? C’était le devoir de la Ligue d’uniformiser une date sinon l’équité sportive est bafouée. Les clubs les plus riches ont pu payer les salaires et d’autres ont préféré poursuivre le chômage partiel. Par conséquent, la préparation sera différente entre le club qui aura repris le 1er mai ou le 1er juin: quatre semaines c’est beaucoup. Il y aura forcément plus de blessures d’un côté que de l’autre...

D'où l'adage qu'on ne prête qu’aux riches...

Comme vous le dites! Maintenant, on espère surtout repartir dans la normalité car quand on voit ces huis-clos en Allemagne, si c’est ça l’avenir du foot, c’est terrible. Moi j’ai bien aimé la réflexion de Swiss Hockey qui a décidé d’interrompre le championnat dans la mesure où 80% des recettes provenaient des spectateurs et des buvettes. Le fait également d’annuler toute relégation en National League va permettre aux clubs d’introduire des jeunes dans leur effectif qu’ils vont devoir reconstruire. Les dirigeants du hockey ont pris de très bonnes décisions alors que nous, dans le foot, on est toujours un peu dans le vague, surtout par rapport à la formule du championnat. Combien y aura-t-il d’équipes en Super-League l’an prochain? Il va bien falloir trouver des solutions pour protéger certains clubs de la relégation. Le football helvétique doit se poser des questions mais apparemment on a de la peine à le faire en Suisse!

Pour vous, Alain, passer à douze est-elle la solution?

Bien sûr mais pourquoi avoir voté pour dix il y a trois semaines? On marche sur la tête! Grasshopper et Lausanne sont en deuxième division, Servette l’était encore l’an passé, on doit éviter de faire trop de relégations ou alors organiser, dans une ligue à douze, un barrage entre le dernier de Super League et le premier de Challenge League. C’est quoi l’intérêt qu’un Rapperswil, un Vaduz ou un Chiasso, qui n’ont pas d’infrastructures, de monter? Une fois que tu as une Ligue professionnelle à douze, de clubs qui ont un budget entre 10 et 15 millions avec de beaux centres de formation, il faut savoir ce qu’on veut pour le foot suisse de demain. On s’en fout de cette formule écossaise, c’est le nombre d’équipes dans l’élite qui est important.

Etes-vous favorable, comme en Amérique du Nord, à une ligue fermée?

Avec ce Covid, tous les clubs ont perdu de l’argent et baissé leur budget. Pour cette raison, on devrait, en effet, fermer notre Ligue à douze équipes durant quelques années, ce qui éviterait de mettre chaque saison deux gros clubs en péril. C’est ce qu’ils ont fait au Portugal pour éviter des allers-retours en première et deuxième division. Cela leur permet aussi d’incorporer des jeunes dans les formations au lieu d’aller chercher trop de joueurs ailleurs en Europe. Cela devrait être notre réflexion en Suisse.

Mais vous n’êtes pas le seul à revendiquer douze clubs en Super League?

«A vrai dire, c’est la Suisse romande qui en parle le plus parce que le football suisse vit uniquement des derbys. Outre-Sarine, on est forcément content de cette formule puisque avec leur triangle d’or entre Zurich, Saint-Gall et Berne, ils sont servis. Nous, pour intéresser les gens, les médias, les sponsors et remplir des stades de 10 à 15000 spectateurs, on a besoin de représentants de la région, de Sion, Xamax. Lausanne et Servette en première division. Tous les dirigeants devraient avoir cet esprit de solidarité. Je le répète: qu’on s’inspire du Portugal, on monte le LS et Grasshopper, on fait jouer des jeunes et on ne parle plus de relégation durant les cinq prochaines années. Ce championnat à dix peut mettre en péril un Sion ou un Xamax pour faire monter Aarau ou Vaduz, à un moment donné il faut arrêter de vouloir faire plaisir à tout le monde.»

On vous sent inquiet pour le football suisse, Alain. On se trompe?

«N’oublions pas qu’avec ce Covid, si on n’a pas d’entrée de spectateurs jusqu’en décembre prochain, pour boucler nos budgets cela va être très compliqué. Trouvons une formule pour aider les clubs en danger, sinon il y aura des morts. Maintenant, il faut que les dirigeants de la ligue nous écoutent...»

Propos recueillis par Christian Maillard

Créé: 20.05.2020, 17h15

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