Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 07:49

Football L'arbitre agressé témoigne: «Un jour il y aura un cadavre sur un terrain!»

L'arbitre qui a été roué de coups dimanche à Onex (GE) s'exprime. Il a eu très peur mais il n'arrêtera pas de siffler.

C'est sur ce terrain de foot, au centre sportif des Evaux à Onex, qu'un arbitre a été violemment agressé dimanche.

C'est sur ce terrain de foot, au centre sportif des Evaux à Onex, qu'un arbitre a été violemment agressé dimanche. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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C’est un homme en colère qu’on a atteint mardi matin à son domicile. Un arbitre encore sous le choc après avoir été agressé dimanche au centre sportif des Evaux à Onex (GE). Le directeur de jeu amateur, qui nous a demandé de ne pas divulguer son identité, dirigeait une rencontre de cinquième ligue opposant le FC Tordoya au FC Satigny 3.

Après la rixe de Versoix en juin, on a franchi un nouveau pas dans la violence: trois joueurs de cette équipe hispanophone ont cru bon rouer de coups un directeur de jeu qui a eu le malheur de sortir un carton jaune, puis un rouge. «Le match avait pourtant bien commencé avant cette 74e minute, raconte le Genevois. Je lui ai juste demandé de se calmer...»

C’est alors que tout a dégénéré, que des insultes ont volé avant que des coups de poings et de pieds de ces trois individus du FC Tordoya mettent à terre le pauvre directeur de jeu. En danger, il a bien tenté de s’enfuir. Mais en vain. Ce père de famille, passionné de sport, qui était venu avec plaisir pour qu’un match de football puisse se disputer, a perdu connaissance avant de terminer sa journée à l’hôpital.

Décidément, cela devient dangereux d’arbitrer des rencontres en 5e ligue...

De champions league? (Il rit, ça lui fait du bien...) Plus sérieusement, c’est effectivement un problème dans les ligues inférieures et plus spécialement à Genève. Il y a malheureusement quelques éléments qui prennent du plaisir à gâcher le nôtre.

En 23 ans d’arbitrage, aviez-vous déjà vécu de tels débordements?

Non et c’est vraiment malheureux, dangereux et honteux d'en arriver à de telles dérives. Le foot genevois va se faire une drôle de pub dans le monde entier.

Comment vous sentez-vous, physiquement et mentalement, deux jours après ces incidents?

Psychologiquement, je suis assez fort. Avec mon expérience, on est préparé à ça. Maintenant, j’ai pris beaucoup de coups à la tête et dans les côtes, ce n’est pas évident.

Et vous avez aussi perdu connaissance...

Oui, après avoir tenté de m’enfuir ils m’ont poursuivi pour me frapper encore une fois au sol. Et là, j’ai perdu connaissance. Je suis allé ensuite passer des radios à l’hôpital avant de rentrer dans la soirée. Aujourd’hui, j’ai des craintes par rapport à ma vue car j’ai un oeil qui est touché. Il va falloir faire encore des examens approfondis.

Est-ce que la nuit vous revoyez les images de vos agresseurs, vous faites des cauchemars?

Pas des cauchemars, non. Mais je dois avouer que la journée, ça me travaille. Je pense tout le temps à ces scènes, je revois l’action et je me pose des questions. Pourquoi ont-ils réagi ainsi? Ce n’est tout de même pas la fin du monde de prendre un carton jaune. Même un rouge n’autorise pas un joueur à se comporter ainsi.

Est-il exact que même leur entraîneur avait peur de ces trois énergumènes?

C’est juste. Que ce soit l’entraîneur ou le président, ils ont bien essayé de les empêcher d’en arriver là, mais ils n’ont pas réussi à les canaliser. Ils ont aussi été poussés et insultés avant de s'en prendre à moi.

Y a-t-il eu des menaces de leur part?

Oui, surtout de l'un des trois, plus virulent que les autres. A un moment donné, une dame qui promenait son chien avec son mari m’a prêté son téléphone pour que je puisse appeler la police. Et là, quand il m’a entendu, il m’a proféré des menaces de mort: «Je te tue, je te tue», qu’il disait. Même une fois que les policiers sont arrivés, il a continué. Alors que les agents prenaient des notes, il me faisait des signes pour me signaler qu’il allait m’égorger. C’est grave.

Craignez-vous encore des représailles, qu’on s’en prenne à vous mais aussi à votre famille?

Oui, je prends ces menaces très au sérieux et j’ai peur.

Avez-vous pris des précautions auprès de la police?

Comme je suis en arrêt de travail, je suis en train de faire les démarches pour déposer plainte. J’ai aussi contacté le procureur. Si je fais ça, ce n’est pas seulement pour moi mais pour la génération derrière. Je ne veux pas que les choses en restent là. Pour nos enfants, pour l’image du sport et du foot genevois. C’est tellement grave.

Et tout cela pour gagner trois fois rien à la fin...

Il suffit que je me fasse flasher en allant au stade pour que je doive sortir de l’argent de ma poche. Je ne suis pas en Champions League pour gagner des milliers d’euros. Je gagnerais quatre fois plus en effectuant des heures de nettoyage!

Etes-vous prêt à recommencer à arbitrer?

Une fois que je n’aurais plus de douleurs et de problème de vue, cela va me donner de la force pour continuer à faire mon devoir! Je ne vais pas laisser ces gens là gâcher ma passion.

Mais n’avez-vous pas peur d’autres agressions?

Je pense même que si on ne met pas en place une sécurité digne de ce nom dans les ligues inférieures, un jour il y aura un cadavre sur le terrain. Que ce soit un arbitre, un joueur, un entraîneur, un président ou un parent, on est tous exposé à une telle menace. Je connais même des entraîneurs qui ont peur d’effectuer des changements.

Faut-il être masochiste pour arbitrer aujourd’hui?

Comme ce n’est pas un job, on le fait parce qu’on aime faire ça, pour servir le sport, car un match sans arbitre ce n’est pas possible. Mais quand il y en a un...

Avez-vous reçu des appels de vos collègues?

Oui, que ce soit des autres arbitres, des copains ou la famille, cela n’arrête pas de sonner. Ils ont tous eu peur.

Le fait que la corporation se mette en grève le week-end prochain, c’est un signal fort...

Oui, bien sûr. Mais vous savez, il y a aussi des arbitres qui ont besoin d’argent de poche ou d’une petite entrée financière qui ne vont pas forcément observer cette grève. Mais des présidents de club ou des joueurs vont peut-être enfin tirer la leçon, qu’il est temps de respecter l’arbitre. (TDG)

Créé: 11.09.2018, 12h57

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