Dimanche 16 décembre 2018 | Dernière mise à jour 01:15

Football Et si la Belgique, une fois?

En France, se moquer du voisin belge est l’un des sports favoris. Mais avant la demi-finale explosive de ce soir, personne n’a le cœur à blaguer…

Image: AFP

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La France et la Belgique s’affrontent pour la 74e fois, ce soir à Saint-Pétersbourg, depuis 1er mai 1904 (3-3), au stade du Vivier d’Oie à Uccle (banlieue de Bruxelles). La Belgique mène par 30 victoires à 24 pour 19 nuls. Dans les tournois majeurs en revanche, la France s’est toujours imposée: 3-1 en 8e de finale de «sa» Coupe du monde 1938, 5-0 en poule de «son» Euro 1984 et 4-2 lors de la «petite finale» du Mondial 1986.

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En marquant contre le Brésil, De Bruyne est devenu le neuvième buteur belge de ce Mondial, après Lukaku (4 pions), Hazard (2), Mertens, Batshuayi, Januzaj, Vertonghen, Fellaini et Chadli. Si un nom venait s’ajouter à cette liste, les Diables rouges égaleraient l’Italie de 2006 et la France de 1982.

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Comme le nombre de Français et de Belges à être coéquipiers en club. À Manchester City, Mendy évolue avec Kompany et De Bruyne; à United, Pogba côtoie Fellaini et Lukaku; à Tottenham, Lloris voit de près la charnière Vertonghen-Alderweireld et Dembelé; Giroud a rejoint cet hiver Kanté, Hazard et Courtois à Chelsea; Mbappé, Kimpembé et Areola connaissent bien Meunier (PSG), suspendu ce soir; Umtiti et Vermaelen sont concurrents à Barcelone; Lemar et Sidibé fréquentent Tielemans à Monaco.

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La France a toujours adoré les histoires belges. Le phénomène, qui connut son apogée durant les années Coluche, remonte à bien plus longtemps, pour des raisons un peu moins drôles: dès la seconde moitié du XIXe siècle, les mineurs et ouvriers grévistes du Nord galéjaient – parfois méchamment – à propos des travailleurs flamands qui venaient piquer leur boulot et dont ils déploraient le manque de culture syndicale.

La Belgique fait peur

Ce soir à Saint-Pétersbourg, dans le cadre somptueux d’une demi-finale de Coupe du monde, tout l’Hexagone redoute de vivre une histoire belge susceptible de faire pleurer dans les chaumières; mais pas de rire.

Parce que ces Diables rouges, si talentueux, si étincelants puis solides voici quatre jours contre le Brésil, ont de quoi faire peur. «J’ai la trouille pour demain», nous confiait hier Maxime Brigand, confrère français du magazine «So Foot». Façonnée de main de maître depuis bientôt deux ans par Roberto Martinez, l’homme qui leur a «donné davantage de foi, de confiance en nous et en notre faculté à battre les meilleurs» (dixit l’attaquant de Manchester City Kevin De Bruyne), la Belgique n’engage plus à la carabistouille, mais au respect le plus profond.

Entre princes français de l’arrogance et rois belges de l’autodérision, c’est un peu comme si quelque chose s’était inversé, ces derniers jours. L’amour vache, entre ces deux pays qui adorent se friter plus ou moins gentiment, est-il en passe de connaître un tournant historique? On verra ça ce soir sur le terrain, où les Bleus ne manquent certes pas non plus d’arguments, puis ensuite dans les gazettes. Toujours est-il qu’en attendant, le Manneken-Pis (55,5 centimètres) ne semble plus si petit; et la tour Eiffel (324 mètres antenne comprise) paraît moins grande. «La Belgique est l’équipe la plus complète de ce Mondial», a convenu – ou bluffé – Hugo Lloris, gardien du temple tricolore.

Il régnait d’ailleurs une insigne bonne humeur (ça c’est normal) hier dans le coin belge de la salle de presse à Saint-Pétersbourg, pour ne pas dire un parfum d’optimisme (ça c’est nouveau). «Ce n’est pas Waterloo, mais c’est le moment de clouer le bec à nos si gentils voisins», se marrait un confrère du quotidien «Le Soir», en jetant un regard à la fois ferme et amusé vers le camp d’en face.

L’atout Thierry Henry

Annexée par Napoléon entre 1795 et 1814, la Belgique rêve de faire de son éternel complexe d’infériorité face au prestigieux voisin une arme fatale. Outre son impressionnante armada offensive, elle possède un atout de choix, 100% français: Thierry Henry, recordman du nombre de buts marqués avec les Bleus (51), deuxième coach assistant. «Il nous a amené son expérience, celle qui consiste à savoir briller aux yeux du monde entier, a loué Roberto Martinez. Il était l’élément parfait qui manquait à cet ensemble.»

Une Belgique multicolore et soudée qui, d’ailleurs, ressemble un peu à la France «black-blanc-beur», championne du monde en 1998. Pour rajouter encore un peu de sel à cette confrontation déjà si épicée, il y a les nombreuses affinités qui unissent les joueurs des deux sélections (voir le chiffre ci-contre), que Didier Deschamps, sélectionneur des Bleus, a gentiment suggéré de «laisser de côté afin de saisir cette opportunité unique».

Hier, Bruxelles a baptisé un parc au nom d’Annie Cordy afin de célébrer ses 90 ans (nonante, pas quatre-vingt-dix), rappelant ainsi que la chanteuse n’était pas Française. Parce que l’histoire belge, pour une fois, les Belges veulent l’écrire eux-mêmes, une fois.


L'édito de Tim Guillemin

Le football reste un bastion européen

Les demi-finales de la Coupe du monde débutent aujourd’hui avec quatre équipes européennes: la Belgique, la France, la Croatie et l’Angleterre. La dernière fois qu’une nation sud-américaine a soulevé le trophée le plus convoité du monde du sport remonte à 2002, une éternité. Africains et Asiatiques? Balayés. Seul le Japon a réussi à se hisser en huitièmes de finale.

Là où, dans le domaine économique, l’Europe perd du terrain face aux nations émergentes que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, sans même parler des pays du Moyen-Orient, le football reste un bastion à part, où l’Europe garde une avance très conséquente. L’argent venu du Qatar, des Émirats arabes unis, de Chine et de Russie est souvent investi dans des clubs du Vieux-Continent plutôt que de servir au développement du football local.

L’Europe n’est pas près de perdre son avantage, car elle arrive plus que jamais à attirer les meilleurs talents mondiaux. En ce qui concerne le football de clubs, l’UEFA donne le ton. Des clubs de légende comme Boca Juniors en Argentine ou Corinthians au Brésil ne peuvent plus lutter avec les moyens des cadors européens.

Les sélections nationales souffrent de problèmes organisationnels. Pour aller disputer les très fatigantes éliminatoires sud-américaines, les joueurs doivent traverser l’Atlantique, la tête parfois ailleurs. Et les championnats locaux ne sont plus assez forts pour compenser. L’Afrique, elle, souffre du manque de continuité et de ses structures défaillantes. Malheureusement, la face du monde ne va pas changer de sitôt. (Le Matin)

Créé: 09.07.2018, 22h48

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