Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 22:37

Football Le blues de l'arbitre régional

Les quinze matches mensuels qu'il passe au sifflet ou à la touche, Patrick Magnenat a dû trouver un moyen de les remplacer. Et forcément, ça laisse un vide.

À la place du drapeau, Patrick Magnenat ressent un immense vide.

À la place du drapeau, Patrick Magnenat ressent un immense vide. Image: Jean-Luc Auboeuf

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Patrick Magnenat flirte un peu avec les limites. Chaque semaine, il se désigne volontaire pour arbitrer deux matches qui n'ont encore été assignés à personne. En soirée, forcément, et peu importe l'endroit. Il pourrait s'arrêter là, bien sûr, mais... non. Le week-end venu, c'est reparti! Deux rencontres de plus à son programme. Soit au sifflet, soit au drapeau, pour mieux varier les plaisirs. «C'est le maximum, glisse le Vaudois, actif de la 2e ligue inter à la 3e ligue. On ne nous autorise pas plus de deux parties jusqu'au vendredi, et deux de plus le week-end.»

Quoi qu'il en en soit, le rythme de Patrick Magnenat inspire le respect. Quelle que soit la saison, un jour sur deux, il arpente les pelouses régionales. Sur Vaud jusqu'à présent, et désormais en terres neuchâteloises, vu qu'il vient de s'y installer. «Certains vont au fitness après le boulot. Moi, j'arbitre. C'est comme ça que je fais mon sport.»

Un match, mais des heures de concentration

Vous comprenez mieux le vide que ressent ce jeune trentaine, père de famille, depuis que son drapeau et son sifflet prennent la poussière au fond de chez lui. «Vide, c'est le bon mot je crois. On ne s'en rend pas forcément compte, mais arbitrer un match, c'est bien plus que nonante minutes sur un terrain.» En général, il commence plusieurs heures plus tôt, pour se terminer souvent tard dans la nuit, la tête sur l'oreiller et l'esprit encore songeur. «Avant, il y a la préparation, la mise en condition. Toutes ces petites choses qui valent le temps d'être faites. Après? La réflexion, la remise en question. Est-ce que j'aurais vraiment dû sortir ce carton? Est-ce que ça valait le coup de remettre à l'ordre cet entraîneur? Bref, tout ce qui sert à revenir meilleur la fois suivante.»

Diriger 22 joueurs occupe le corps et l'esprit. Mais surtout, ce n'est pas une activité qui se remplace. Ni même qui s'entraîne à domicile ou dans son jardin. «Disons qu'on peut toujours aller courir, sourit jaune le Vallorbier d'origine. Pour le reste, siffler une rencontre demeure quelque chose d'assez unique et d'irremplaçable. Je connais peu de situation où il faut avoir un œil sur autant de gens en même temps.»

Pour garder les bons réflexes, une à deux fois par semaine, Patrick Magnenat teste son savoir sur des questionnaires soumis aux hommes en noir. «C'est comme un examen théorique pour le permis de conduire, mais sur les connaissances des règles du foot. » Ça n'a pas exactement l'odeur du gazon, mais c'est mieux que rien.

Rien, par contre, c'est ce qui entre dans son porte-monnaie. Ou plutôt qui n'entre plus. «À vrai dire, je connais peu de collègues qui font ça pour l'argent. En tout cas, c'est loin d'être ma première motivation», assure celui qui exerce comme logisticien à l'Hôpital de Neuchâtel. Sans doute. Malgré tout, fatalement, les fins de mois se veulent un peu moins arrondies en ce moment. Sachant qu'un match à ce niveau rapporte globalement entre 100 et 200 francs. «C'est moins confortable, évidemment. Mais dans mon cas, il s'agit surtout de sommes que je place dans des loisirs ou des vacances.»

«Ça doit être plus vivable pour les petits jeunes qui débutent»

Ce qui ronge peu à peu Patrick Magnenat, c'est surtout le flou lié à la suspension de sa passion. «Je me dis que pour les petits jeunes qui débutent, ça doit être un peu plus vivable. Ils n'ont encore qu'un avant-goût de tout ce qu'englobe l'arbitrage. Mais lorsque ça fait onze ans, comme moi, c'est dur de tenir. Cette habitude est tellement ancrée aujourd'hui...»

Progressivement, les footballeurs vont pouvoir regoûter aux joies du ballon. Le regard envieux, les arbitres, eux, doivent attendre. «Visiblement, on parle de septembre. Au mieux.» Le sevrage continue. Pour mieux apprécier le son d'un coup de sifflet ou d'un drapeau flottant au vent lorsque sera proclamé le début de la prochaine saison.

Florian Vaney

Créé: 14.05.2020, 21h38

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