Dimanche 7 juin 2020 | Dernière mise à jour 08:41

Football Christian Gross: «Envie de passer à autre chose»

A 65 ans, le technicien le plus titré du football suisse a choisi de tirer la prise. Installé aux Grisons, le Zurich évoque ce qui l’a conduit à dire stop.

Christian Gross est l'entraîneur le plus titré de l'histoire du foot suisse.

Christian Gross est l'entraîneur le plus titré de l'histoire du foot suisse. Image: Keystone

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Voici quelques jours, Christian Gross (65 ans) a surpris tout son monde en annonçant en direct à la SRF, sur le plateau de «Sportpanorama», la fin de sa carrière d’entraîneur. Gross, c’est 32 ans vécus sur un banc de touche, depuis un premier poste de coach au FC Wil. C’est surtout le plus beau palmarès d’un technicien helvétique, lourd de 15 titres, dont six de champion de Suisse.

«Cela faisait plusieurs mois que je mûrissais cette décision, raconte l’intéressé. Durant toutes ces années, j’ai eu la chance de côtoyer des gens et des joueurs extraordinaires. J’ai pu les accompagner et cela m’a permis de rester jeune. J’ai toujours de l’énergie mais j’ai envie de passer à autre chose.»

«J'ai appris à faire moins d'erreurs»

Joueur, Gross s’était fait connaître sous le maillot de Grasshopper avant de traverser la barrière de rösti pour s’établir en Suisse Romande, à Lausanne (de 1975 à 1978), puis à Neuchâtel, où il devait porter les couleurs de Xamax jusqu’en 1980, avant son transfert en Bundesliga, à Bochum (29 matches/4 buts). Milieu de terrain défensif, il allait ensuite poursuivre son tour de Suisse avec des étapes à Saint-Gall, Lugano, Yverdon et Wil enfin, où il devait y entamer sa reconversion.

«Pour moi, reprend-il, c’était le club idéal pour apprendre mon nouveau métier. J’ai commencé discrètement en 2e ligue, un peu à l’ombre, mais sans pression aucune. J’ai aussi pu commettre quelques erreurs sans trop de conséquences, ce qui est impensable si vous êtes sous les projecteurs de la Super League. Et j’ai fini par apprendre à faire moins d’erreurs! (Rires)»

De sa carrière de joueur ou de celle de manager, laquelle a-t-il préférée? «L’approche est totalement différente, les responsabilités aussi, forcément. En tant que joueur, j’ai rapidement pris conscience des limites de mon talent. Pour la suite, cela a peut-être été ma chance. Je pensais certes rapidement, mais je n’étais pas le plus rapide avec un ballon.»

S’il n’a oublié aucun des trophées qu’il a soulevés, Christian Gross avoue une préférence émotionnelle pour le premier - une Coupe de Suisse fêtée avec Grasshopper en 1994 – et le dernier, remontant au 26 mai 2019. Ce jour-là, à Alexandrie, le Zurichois remportait avec les «Chevaliers blancs» de Zamalek la Coupe de la Confédération africaine, en dominant les Marocains de la Renaissance sportive de Berkane 5-3 aux tirs au but (1-1 sur l’ensemble des deux finales) dans un délire indescriptible.

«Lors de cette dernière saison en Égypte, j’ai vécu des choses absolument incroyables. Avant de pouvoir soulever cette Coupe, on avait été joué au Kenya, en Angola, au Tchad, etc. C’était chaque fois des expéditions. On prenait l’avion comme d’autres prennent le bus en Suisse.» A ses côtés, en tant qu’adjoint, Pierre-André Schürmann.

En 2002, Bâle attendait un titre depuis... 22 ans

Dans notre pays, le parcours de Christian Gross demeure intimement associé à celui du FC Bâle, qu’il a entraîné pendant dix ans, de 1999 à 2009. «Le premier titre, en 2002, a été le plus important. Parce que la ville de Bâle et toute sa région l’attendaient depuis vingt-deux ans. Je n’oublierai jamais la parade qui avait suivi.» Il y a aussi eu la magie des soirées européennes à Saint-Jacques, les victoires de prestiges à domicile autant que les exploits à l’extérieur (à Anfield ou au Camp Nou par exemple).

Après ses années rhénanes, l’homme avait signé à Stuttgart, avant de rebondir à YB en 2011, avec un succès relatif – installé alors sur la troisième marche du podium, le club de la capitale avait terminé loin derrière Bâle, précédé encore par Lucerne.

Aucune offre pour entraîner la Suisse

S’il a porté le maillot de l’équipe nationale à une reprise, Christian Gross, élu à… neuf reprises coach de l’année en Suisse, ne s’est curieusement jamais vu proposer un poste de sélectionneur qui semblait pourtant taillé pour lui. «A l’époque, j’avais eu quelques contacts informels avec le président de l’ASF d’alors (Peter Gilliéron), ainsi qu'avec le patron de l’équipe nationale (Peter Stadelmann). Mais ils ne m’ont jamais proposé quelque chose de concret.»

Après son ultime poste en Arabie Saoudite, sur le banc d’Al-Ahli, qu’il a été contraint de quitter en février dernier suite à son limogeage, Christian Gross s’était fixé un ultime défi lors des JO de Tokyo, qu’il aurait pu suivre pour le compte de la FIFA. Le coronavirus en a décidé autrement.

Installé depuis plusieurs années aux Grisons, le jeune retraité vit à Saint-Moritz. «Depuis une première expérience avec Tottenham, j’avais pris l’habitude d’y emmener systématiquement toutes mes équipes. J’ai fini par y emménager à l’année.»

Il aime bien le Servette de Geiger

Jusqu’à l’interruption du championnat, Christian Gross se tenait informé, suivait tout – «J’aime bien ce qu’Alain (Geiger) fait avec Servette», dit-il. Voici plusieurs années, il avait créé une société destinée aux entraîneurs sur le marché, Teamtalk.ch. «C’est autre chose que d’aller sur un terrain au quotidien, mais c’est un service que je propose aux coaches et que j’entends développer.»

Et si, demain, une nouvelle opportunité s’offrait à lui? «Comme James Bond, j’ai appris à ne jamais dire plus jamais. Mais il faudrait vraiment que cela soit une offre parfaite, à laquelle on ne peut pas dire non.»

Nicolas Jacquier

Créé: 16.05.2020, 08h32

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