Samedi 30 mai 2020 | Dernière mise à jour 21:09

Football Commentaire: le foot pro joue sa crédibilité

Il n’y a plus lieu de tergiverser. Après l’ASF, qui a dit stop, la Swiss Football League doit à son tour imaginer des solutions équitables et se préparer à tirer la prise.

Les décisions de la SFL sont attendues lundi.

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Nicolas Jacquier, journaliste

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Voici quelques semaines de cela encore, imaginer la suspension de toute activité footballistique en Suisse n’aurait pas manqué de provoquer une levée de bouclier compréhensible. Sans doute aurait-on même crié au scandale, estimant un tel empressement en total décalage avec la réalité d’alors. Tant le Covid-19 paraissait encore loin, étranger à nos vies. A l’époque, souvenez-vous en, on louait le formidable parcours du FC Saint-Gall, on s’inquiétait pour le FC Sion, on se réjouissait déjà de retrouver le Lausanne-Sport en Super League. Ou l’on se plaisait à polémiquer sur une décision d’arbitrage quand d’autres maudissaient la VAR.

L’émotion du sport, les seuls frissons du jeu guidaient encore nos passions partagées. Que cela soit dans le monde des professionnels ou chez les amateurs.

Mais tout a changé depuis, et chaque jour davantage: contaminée à son tour par le coronavirus, la Suisse entière a basculé dans la peur. La peur de l’inconnu en même temps que l’urgence sanitaire commandait, elle, de modifier drastiquement nos habitudes, rendant le sport lui-même accessoire parce que devenu superflu.

Aussi les dirigeants de l’Association Suisse de football, dans la foulée des mesures drastiques prises par le Conseil Fédéral, ont-ils pris la seule décision qui s’imposait et que d’aucuns, depuis 72 heures et l’accélération de la pandémie, appelaient de leurs vœux. Dès à présent, on ne va déjà plus jouer au football dans notre pays pour ce qui est des amateurs, que cela soit chez les juniors, en 5e ligue ou jusqu’en Promotion League. Tant le jeu, dénaturé comparé aux vraies priorités de ce printemps, a perdu son sens. Tant les joueurs eux-mêmes n’arrivent plus à cacher la peur diffuse de partager un même vestiaire. Tant l’envie ni le coeur, fort logiquement, n’y sont plus, tant la crainte a remplacé la joie, avec un sentiment de peur légitime que l’on retrouve chez une écrasante majorité de parents.

Parce que l’importance d’une victoire ou les conséquences d’une défaite s’efface devant la gravité de la situation, on ne peut qu’«applaudir» une telle décision qui va impacter des milliers d’acteurs du football régional.

Au même moment ou presque, les responsables de la Swiss Football League ont pris la décision de prolonger jusqu’au 30 avril la suspension des championnats professionnels. A l’origine de ce report: la recommandation des experts de l’OFSP et des épidémiologistes, lesquels estiment que le football présente un risque accru de contamination. Ce qui impliquerait, si l’on voulait être conséquent et surtout responsable, de supprimer désormais les entraînements (ce qui est déjà le cas pour le FC Lugano).

Aussi difficile à admettre, une vérité naturelle s’impose: plus personne n’a aujourd’hui la tête au football, et il serait bon que les milieux concernés s’en rendent compte. Quand il est question de vie ou de mort pour les plus vulnérables de la société, il n’y a plus lieu de tergiverser ou de fuir la réalité.

Lundi à Berne, la Ligue et les clubs devront trancher un choix somme toute assez simple: faire le dos rond – ou l’autruche - en espérant que le pic d’intensité passe, dans l’espoir d’une toujours plus hypothétique reprise des championnats; ou, selon un scénario de plus en plus réaliste sinon espéré, siffler l’arrêt définitif des compétitions, à l’instar de l’option choisie par les hockeyeurs, peu importe ses conséquences sportives ou économiques.

Car oui, ne nous y trompons pas, il va y avoir de la casse, avec le risque, au bout du compte, de possibles faillites si le championnat ne pouvait pas reprendre. Car oui, des clubs vont pouvoir se trouver plus lésés que d’autres si le championnat ne pouvait pas reprendre. Mais face à un événement de forces majeures, jamais vécu depuis plus d’un siècle au niveau sanitaire, revendiquer un titre ou une promotion paraît presque indécent. Si l’Euro 2020 devait être reporté d’une année, ce que l’on ne saura que mardi, on pourrait certes toujours imaginer bricoler – et certains s’y emploient déjà - une fin de saison s’étalant de fin avril à fin juin mais un tel montage ne semble pas très raisonnable au vu de l’état de crise qui a gagné tout le pays.

D’autant que pour tout ce qui concerne les impacts d’un arrêt, des solutions existent. Entre gens de bonne foi, il doit être possible de trouver des parades intelligentes afin de faire respecter l’équité sportive. En jouant par exemple à douze équipes en Super League dès la prochaine rentrée. Plutôt que d’afficher ses divisions, le football helvétique doit montrer son unité à chaque échelon de la pyramide. Il en va autant de sa crédibilité que de son avenir.

Nicolas Jacquier

Créé: 13.03.2020, 21h12

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