Samedi 4 avril 2020 | Dernière mise à jour 13:34

Football Le coronavirus pourrait infecter le sport longtemps

On joue au foot en France, pas en Suisse. Finn Mahler, médecin du sport, fait le point sur le coronavirus. Il ne voit pas pourquoi les mesures pourraient être bientôt assouplies en Suisse. Au contraire.

Le Dr Finn Mahler pense qu'on y verra plus clair dans quelques mois.

Le Dr Finn Mahler pense qu'on y verra plus clair dans quelques mois. Image: Keystone

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Finn Mahler n’est pas un virologue ou un spécialiste des épidémies. Mais il est un médecin du sport, il sait de quoi il parle. Il est mieux renseigné que l’immense majorité des gens sur l’épidémie de coronavirus et il en discute ouvertement, notamment des conséquences directes pour le sport en général ou le football en particulier, puisqu’il est le docteur en chef de la cellule médicale qui s’occupe du Servette FC.

Il a rencontré les joueurs genevois samedi matin, pour leur parler du virus et des mesures à prendre. Tous les clubs ont écouté leurs médecins respectifs. Il a été question de recommandations, de mesures d’hygiène, de comportement. Peut-être bien une question a-t-elle été posée, candidement, par un joueur professionnel. L’un aurait pu se lever et demander à Finn Mahler pourquoi on joue au foot à Lyon, par exemple, devant des dizaines de milliers de spectateurs, alors qu’en Suisse, c’est interdit depuis vendredi.

Autrement dit: le gouvernement français a évidemment consulté un spécialiste qui a estimé qu’à part des manifestations en lieu confiné de plus de 5000 personnes, il n’y avait pas de risque, laissant le foot et ses stades ouverts continuer la partie. Alors que les autorités fédérales helvétiques ont fait de même auprès d’un autre spécialiste, qui a vivement conseillé une mesure d’urgence, ce qui a conduit à l’interdiction de toute manifestation privée ou publique dépassant 1000 personnes.

Beaucoup d'avis

Face au même cas d’école, deux réponses totalement opposées. Pourquoi? Finn Mahler dit franchement les choses. «Ce virus est nouveau, explique-t-il. On pourrait croire qu’en comparant avec ce qui s’est passé en Chine, qui a été frappée avec six mois d’avance sans doute, on devrait tirer des conclusions. Mais ce n’est pas le cas, parce que les systèmes sanitaires sont différents. Après, oui, je comprends l’interrogation quand on voit la réponse apportée par la France et par la Suisse. La différence de mesures est étonnante, oui. Comme ce virus est nouveau, je crois bien qu’il pourrait y avoir autant d’avis que de virologues. Ce n’est que le temps qui va dire qui avait raison, entre être trop alarmiste ou trop laxiste, avec ces décisions politiques. Il faut rester humble, la précaution prévaut. Le sport, c’est quelque chose d’important, pour beaucoup de monde. Il y a des enjeux. Mais il y a des choses plus importantes encore. Et dans cette optique, il faut peut-être attendre quelques mois pour que le virus ne nous échappe pas.»

Quelques mois! On ne parle là plus de semaines. «Non, je dirais qu’on y verra seulement plus clair dans trois mois, explique Mahler. Un virologue me sauterait sans doute à la gorge en disant qu’il faudrait même un an ou plus pour avoir une vraie vision. Mais en trois mois, on aura déjà une idée. Il faut se rendre compte que nous n’en sommes qu’à la phase de compréhension de ce qui arrive.»

Trois mois. Cela signifierait donc qu’aux yeux de Finn Mahler, les mesures prises vendredi passé par le Conseil fédéral devraient être sérieusement prolongées. «Objectivement, je ne vois pas comment les choses pourraient changer en deux ou trois semaines, lance-t-il. Je ne vois pas comment on pourrait se dire d’un coup, dans trois semaines, que des matches peuvent désormais se jouer devant 10'000 spectateurs et plus 1000. À moins de pressions considérables pour inverser la décision. Les mois qui viennent sont très incertains et je ne peux pas m’imaginer en l’état des raisons de modifier les mesures déjà prises. Sinon de les durcir éventuellement. Alors oui, cela pourrait avoir des conséquences sur plusieurs manifestations. Le championnat de Suisse de football, bien sûr, celui de hockey, le sport en général. À l’international également. L’Euro 2020, par exemple, pourrait bien être touché, oui.» Comme les Mondiaux de hockey à Zurich et Lausanne, Roland-Garros, voire Wimbledon et tant d’autres manifestations sportives qui pourraient être sacrifiées sur l’autel du principe de précaution sans que cela ne soit incohérent.

Daniel Visentini

Créé: 03.03.2020, 21h44

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