Lundi 24 février 2020 | Dernière mise à jour 13:36

Football Décryptage: Saint-Gall, allégorie de l’intensité

Troisièmes, les Brodeurs bâtissent leur réussite sur leur capacité à étouffer l’adversaire. Avec et sans ballon.

Peter Zeidler exhorte en permanence ses hommes à récupérer le ballon au plus vite.

Peter Zeidler exhorte en permanence ses hommes à récupérer le ballon au plus vite. Image: Keystone

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Comment définir la réussite du FC Saint-Gall? Troisièmes de Super League après les deux premiers tours, les Brodeurs ont ébloui toute la Suisse pour leur approche offensive et leur capacité à s’accrocher aux deux leaders que sont Young Boys et Bâle.

Rien ne dit que cela continuera au printemps, qui commence dimanche avec la réception de Lugano, mais rien ne dit non plus le contraire. Car Peter Zeidler et ses hommes ne doivent rien au hasard. Leurs principes sont cohérents et s’imbriquent parfaitement. Ils visent tous le même but: la recherche de l’intensité.

Derrière ce terme vague résident plusieurs aspects du jeu que veut mettre en place Saint-Gall. Tout ou presque est fait dans le but d’étouffer l’adversaire. Avec une idée centrale: plus vite et plus près du but opposé la balle est récupérée, plus l’opportunité de se créer une occasion est importante. Le projet consiste alors à maximiser ses chances d’y parvenir.

Le pressing à la perte au cœur de tout

Aussi surprenant soit-il, le Saint-Gall tellement tourné vers l’avant (meilleure attaque du championnat en termes de buts marqués et de tirs tentés) a bâti le cœur de son succès sur sa manière de défendre. Ou plutôt sur une attitude défensive. A l’entraînement, témoignent certains joueurs, Peter Zeidler ne jure que par une chose: récupérer rapidement la balle. C’est même plus que ça. Lorsqu’une balle est perdue, le pressing se veut immédiat, à plusieurs si besoin, et vers l’avant. Le point de départ du style de jeu saint-gallois ne se trouve pas ailleurs. Le reste en découle.

La vidéo ci-dessus est éloquente. Chaque ballon perdu résonne comme un signal pour le récupérer. L’effort est instantané, qu’importe le joueur. C’est ici une question d’attitude, forcément. Mais pas seulement. Car pour être efficace, cette approche suggère un levier tactique.

Pour y parvenir, Saint-Gall parvient à installer une densité autour de la zone du ballon. C’est-à-dire que, lorsqu’un joueur possède le cuir, il a plusieurs options à proximité, beaucoup moins plus loin. Donc, s’il manque sa passe, il a suffisamment de coéquipiers prêts à lui venir en aide sans que ceux-ci n’aient un effort énorme à produire. L’adversaire n’a donc pas le temps de ressortir proprement.

Les chiffres confirment cette intensité sans ballon. Les deux indicateurs généralement privilégiés pour étudier cette phase de jeu sont formels: Saint-Gall est l’équipe qui laisse le moins de passes à l’adversaire dans sa propre moitié de terrain sans tenter d’intervenir (PPDA), tout comme elle est celle qui agresse le plus son vis-à-vis lorsque celui-ci a le ballon (Intensité). Mais de telles statistiques ne sauraient être produites sans une approche très définie en phase offensive.

La largeur négligée

Réputé pour son style offensif, le FCSG de Zeidler a des codes bien à lui. En Suisse, personne n’attaque vraiment de la même façon. Plutôt, son approche rappelle celles des équipes Red Bull (Leipzig et Salzburg). A savoir, un jeu très axial et réduit, où les côtés ne sont que très peu utilisés. Les latéraux par exemple (Silvan Hefti et Miro Muheim) centrent beaucoup moins que leurs homologues du même poste. La réflexion derrière cette approche? Les chances d’être dangereux sont plus importantes lorsqu’on arrive depuis la zone qui fait face au but.

Les latéraux n’ont pas un rôle vain. Ils participent à la construction des actions, notamment pour servir de porte de sortie lorsque la solution ne vient pas de l’intérieur. Mais très vite, leur jeu consiste à trouver un partenaire dans l’axe, par une passe diagonale (plus compliquée à intercepter qu’une passe latérale ou verticale). Il faut dire que le système tactique saint-gallois le contraint aussi.

Depuis l’automne, le 4-3-3 de Zeidler s’est transformé en un 4-3-1-2 sans ailiers, de façon à aligner les trois attaquants axiaux du contingent (Demirovic, Babic et Itten, plus Guillemenot comme remplaçant).

En fait, Saint-Gall néglige la largeur, alors que d’autres équipes (comme YB, beaucoup plus porté sur les centres) la recherchent. La réflexion revient à l’idée de départ: en passant par l’intérieur où la plupart de l’équipe se trouve, les chances d’être en supériorité numérique à la perte de balle sont augmentées. Et donc la récupération se fait plus vite et plus haut.

Plus direct, plus intense

Cela est de nature à asphyxier les adversaires. C’est le principe même de l’intensité: mettre toujours l’adversaire sous pression. Si celui-ci n’a pas la balle, mais que le jeu continue à se passer dans son camp, voire ses trente mètres, il est plus susceptible de craquer. Alors les Saint-Gallois ont pour idée de faire en sorte que le jeu ne se passe que dans le camp adverse. Concrètement, dès qu’il est possible de repartir le plus loin de leurs propres buts, ils saisissent l’opportunité.

A tel point qu’il y a des exemples systématiques: les dégagements du portier sont presque tout le temps longs alors que les coups d’envoi sont toujours effectués vers l’avant, avec trois joueurs qui tentent de porter la balle immédiatement dans le camp adverse. Forcément, la maîtrise technique n’est pas absolument demandée, puisque ce jeu comporte son lot de risques: Saint-Gall est l’équipe qui perd le plus souvent la balle, alors que la possession n’est pas une obsession.

Les Saint-Gallois sont ainsi ceux qui tentent le plus de passes vers l’avant. Et si Xamax affiche une proportion semblable, les deux équipes se distinguent par un style bien différent. Chez les Neuchâtelois, la balle vers l’avant est souvent consécutive d’une récupération très basse où le long ballon sert à trouver un attaquant esseulé. A Saint-Gall, ces transmissions verticales sont accompagnées par des courses dans la même direction qui permettent non seulement de remonter le bloc, de créer du danger, mais surtout de garder la compacité entre les lignes.

Les joueurs de la Suisse orientale passent moins de temps dans leur camp avec ballon que les autres. Cela signifie qu’en parvenant dans celui de l’adversaire, ils sont capables d’y rester. Car ils récupèrent vite la balle face à des défenseurs qui n’ont pas de solution pour ressortir proprement. Avec cette proactivité, Saint-Gall se donne la possibilité de remporter les deuxièmes ballons et donc de maintenir des temps forts proches des buts adverses. Ce qui augmente in fine considérablement les chances de marquer.

Le risque paye. Pour l’instant.

Si le projet de jeu de Peter Zeidler semble abouti, il n’en demeure pas moins fragile. Un coup de mou, des lignes moins serrées, une réactivité moindre à la perte de balle et le danger peut être prégnant. Parce que pour être aussi efficace, le plan saint-gallois suggère un bloc très haut et, surtout, une défense centrale qui laisse beaucoup d’espace dans son dos.

Lorsque la balle n’est pas récupérée rapidement, l’adversaire a souvent un champ important pour aller créer du danger. Si bien que parvenir à tirer au but face à Saint-Gall rend la possibilité de marquer plus importante que contre n’importe qui (0,123 expected goal par tir subi, le pire score de Super League).

L’approche tient donc sur la capacité des jeunes défenseurs Leonidas Stergiou et Yannis Letard (17 et 21 ans) à couvrir la profondeur. Et puis, pour couper rapidement les actions adverses, le portier Dejan Stojanovic jouait un rôle capital en se comportant comme un libéro. Sauf que celui-ci a filé à Middlesbrough pendant l’hiver. Son remplaçant Lawrence Ati Zigi, arrivé de Sochaux, devra donc être au même niveau. Le point rassurant? Le Ghanéen est formé dans les écuries Red Bull et a croisé Zeidler à Sochaux. Le temps d’adaptation devrait être moindre: l’intensité, ça lui connaît.

Valentin Schnorhk

Créé: 23.01.2020, 13h10

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