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Football Le Valaisan qui sait tout du Brésil

Ancien agent de Ronaldinho, Éric Lovey décortique le mystère de la Seleção et son ancrage dans la société. Et met la pression sur Neymar avant le match contre la Suisse.

Éric Lovey, expert du football brésilien. Photo: Maxime Schmid

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Si tout le monde, à tout le moins les amoureux du «joga bonito» originel, possède un avis tranché sur l’évolution du Brésil, celui d’Éric Lovey n’est pas le moins superficiel ni le moins intéressant. Ce Valaisan peut se vanter d’être l’un des plus fins connaisseurs du football brésilien, dont il a aussi su largement tirer profit. À l’époque, on l’avait souvent vu aux côtés de Ronaldinho, qu’il a en partie découvert avant d’en devenir l’agent exclusif. Parmi ses pépites plus récentes figure Matheus Cunha, qu’il a placé au FC Sion pour devenir l’une des révélations du dernier championnat. Ancien musicien reconverti, l’homme a aussi travaillé pour la FIFA lors du Mondial 2014 avant d’œuvrer pour le compte de la Fédération brésilienne, la puissante CBF (marketing).

C’est à ce titre qu’on l’a récemment rencontré, afin qu’il nous explique l’importance de la Seleção dans la vie quotidienne de l’autre côté de l’Atlantique. «Au Brésil, toute la vie est basée sur la notion de jeu. Même l’économie représente un jeu. Les gens eux-mêmes sont créatifs. Ils ont la moitié du mental des Allemands mais 50% d’imagination en plus.» Sauf quand la Mannschaft étrille son hôte comme en 2014.

Tite comme Klopp

La vie du ballon constitue surtout un point d’ancrage dans des existences trop souvent chahutées. «Le foot constitue le seul échappatoire d’un peuple qui souffre. Pour les classes les plus défavorisées, c’est même l’unique chose à quoi pouvoir s’accrocher.»

Éric Lovey a vu la transformation sportive du Brésil, un renouveau qui doit beaucoup à Tite, sélectionneur aussi adulé que Dunga, son prédécesseur, avait été détesté. «Dunga s’est fourvoyé en adoptant une ligne européenne où il n’y avait que de la rigueur. Tite a rétabli la fantaisie. C’est un homme qui vient du sud, d’un milieu rural. Il est à la fois dur dans ses exigences et protecteur dans son style de management. Les joueurs le considèrent comme un père. Il se rapproche d’un Klopp. Avec ces gens-là, on va au-delà du foot.»

Devenu moins académique dans son jeu, le Brésil entend exorciser en Russie l’humiliation de 2014. «Seul le titre mondial pourra effacer cette cicatrice de l’histoire. Et encore...» Au moment où tout un pays s’accroche à Neymar, Éric Lovey est plus circonspect sur l’apport de la star du PSG. À l’entendre, c’est surtout dans l’image dégagée que pourrait se glisser un potentiel désamour. «Neymar est hors du temps. Il n’a aucune conscience de la réalité du monde ni de ses problèmes. Au Brésil, où l’on aime d’abord l’humilité, certains peinent déjà à s’identifier à lui. En cas de Mondial raté, le peuple ne lui pardonnera pas son côté enfant gâté.».


«Un premier match compliqué»

Installé durant dix-huit ans au Brésil, Éric Lovey partage aujourd’hui son temps entre São Paulo et la Suisse. «Au Brésil, tout est politique, avec une corruption élevée. Les clubs misent sur la quantité, ils ne font qu’empiler des joueurs.» En sélection, le travail d’un psychologue a permis de surmonter les blocages qui s’étaient insinués dans les esprits depuis 2014. De quoi faire du Brésil le favori naturel? «Au moment où l’Allemagne peine à se régénérer, les Brésiliens ont tout pour aller au bout. Même si leur match contre la Suisse, demain, s’annonce délicat à gérer. Dans un tournoi, un premier match est toujours particulier. Il l’est encore davantage quand le monde entier vous attend.» Cela peut constituer la chance de la Suisse, peut-être même la seule.

Créé: 15.06.2018, 21h45


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