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Nos retrouvailles Pour Patrick Trotignon, Servette aurait dû aller plus haut

Durant cinq ans, le Berrichon a été le manager général du club «grenat». Il est aujourd'hui président délégué du Thonon Evian Grand Genève FC, récemment promu en N3.

Image: Keystone

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Durant cinq ans, jusqu'en 2002, Patrick Trotignon a été l’un des hommes forts du Servette FC, dont il était officiellement le manager général. Son passage à Genève coïncide avec l’ère Canal + qui, en janvier 1997, sous l’impulsion de Michel Denisot et de Daniel Roux (membre du comité), avait racheté le club «grenat» à l’homme d’affaires Paul-Annick Weiller, un bienheureux mécène ayant sauvé le club de la faillite deux ans et demi auparavant.

Quand il découvre les Charmilles, Trotignon débarque de la Berrichonne de Châteauroux où il a fait la connaissance de la star des animateurs TV. «Lorsque je suis arrivé à Genève, raconte-t-il, je venais d’un club de paysans. Là-bas, un sou était un sou et la gestion y était particulièrement rigoureuse. On gérait le club de la même manière que l’on aurait géré un budget familial.» Né à Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, le nouveau visage du Servette FC avait poursuivi ses classes de footballeur au FC Bourges après avoir effectué ses études à Vierzon et obtenu un diplôme universitaire de technologie en gestion des entreprises.

A Genève, où Christian Hervé (ci-dessous, à gauche) est parachuté président, le Berrichon s’emploie à développer le centre de formation et à restructurer le club. C’est également lui qui lancera le chantier du Stade de Genève.

Le recul aidant, que (lui) reste-t-il de ses années servettiennes? «Ce qui l’emporte, répond-il, ce ne sont que des belles choses, avec un parfum très particulier. A Genève, j’ai fait partie de la transition entre l’ancien monde aux Charmilles et le nouveau à la Praille. J’ai pu côtoyer des joueurs de très haut niveau à l’instar d’Alex Frei. J’ai aussi eu le privilège d’assister en 2001 aux débuts européens de Vitorino Hilton qui, à 42 ans, joue toujours à Montpellier. Avec Gérard Castella et Lucien Favre sur le banc, j’ai connu l’excellence, sans comparaison avec ce que j’ai connu avant et après eux.»

«On avait constamment les pieds sur le frein»

Il y a certes aussi quelques regrets, principalement liés au positionnement du club sur la carte. «On n’a pas réussi à aller au bout de notre projet, déplore l’ancien dirigeant. Servette avait tout pour devenir un plus grand club. On aurait pu aller plus haut et plus vite. Mais on avait constamment les pieds sur le frein. Alors qu’à Paris, au PSG, on dépensait sans compter, nous, à Genève, on avançait prudemment. Peut-être ai-je mis trop de temps à comprendre la philosophie d’un grand groupe comme Canal +.»

Ainsi Trotignon regrette-t-il encore aujourd’hui le départ de Patrick Müller à Grasshopper à Noël 1998. «Je n’ai pas réussi à le garder alors qu’il incarnait le joueur formé localement par excellence. Je me suis attaché à faire de la gestion à dix balles… Patrick est parti six mois avant notre titre de champion.» Le 2 juin 1999, sous le déluge de la Pontaise, Servette avait fêté le dernier de ses 17 titres de champion de Suisse au détriment du LS (5-2).

Son départ à Rennes a duré 48 heures

Cette période avait coïncidé avec son vrai faux-départ à Rennes. «J’y suis resté deux jours, ne faisant qu’un aller-retour en Bretagne. J’avais été recruté par François Pinault, le propriétaire du club, mais celui-ci n’avait pas prévenu son président. Alors forcément, cela n’a pas matché. Et je suis revenu illico à Genève…»

Sportivement, Trotignon n’a pas oublié non plus l’incroyable parcours réalisé en Coupe de l’UEFA lors de l’exercice 2001-2002. «Je revois encore le but d’Oruma contre Saragosse dans les ultimes instants (ndlr: 1-0 le 1er novembre 2001). Aux Charmilles, le public pouvait toucher le maillot des juges de touche.» Quelques semaines plus tard, le Servette de Lucien Favre, qui avait déjà éliminé Slavia Prague lors du 1er tour, avait été infligé un camouflet historique au Hertha Berlin sur sa pelouse (3-0, buts signés Hilton, Frei et Obradovic) après avoir partagé l’enjeu aux Charmilles (0-0). «Avec nos moyens, on avait obtenu de meilleurs résultats que le PSG au niveau européen.» En février 2002, Servette allait finalement tomber contre Valence en huitièmes de finale (ci-dessous, Patrick Trotignon avec un représentant espagnol, lors du tirage au sort).

En coulisse, quelques épisodes croustillants feront sourire sinon grincer quelques dents dans la République, concernant notamment le sulfureux actionnaire Didier Piguet lors de la prise de pouvoir de celui-ci. Souvent critiqué, Canal + allait finir par totalement se désengager du Servette en 2002. Le passage de Trotignon au SFC devait aussi être marqué par le rocambolesque transfert de l’Argentin Eduardo Tuzzio à l’Olympique de Marseille sur fond de commissions occultes - par deux fois (en première instance puis lors du procès en appel), l’inculpé avait été relaxé contrairement aux sept autres prévenus, dont les peines avaient été confirmées.

Jusqu'en Ligue 1 et en finale avec l'ETG

Après un deuxième passage à Châteauroux (de 2002 à 2008), qui demeurera à jamais son «club de cœur», l’ancien boss «grenat» allait rebondir de l’autre côté de la frontière, du côté de l’Olympique Croix de Savoie 74 devenu en 2009 l’ETG (Evian Thonon Gaillard), un club qu’il conduira jusqu’en ligue 1 sous l’impulsion financière de Franck Riboud, le patron de Danone. A la clé, plusieurs promotions et une finale de Coupe de France perdue 3-2 contre Bordeaux au stade de France en 2013.

Entre deux étapes aussi éphémères que curieuses qui devaient le conduire à Grenoble d’une part puis en Russie de l’autre, dans le giron du Rubin Kazan, Patrick Trotignon avait œuvré au sein du Paris FC avant de retrouver en septembre 2017 l’ETG et de participer à la renaissance de celui-ci sous l’appellation Thonon Evian Grand Genève FC. «Notre bassin se situe effectivement d’Evian à Genève. D’où la volonté d’élargir quelque peu notre territoire…», glisse l’habitant d’Hermance (GE).

On ne peut pas dire que l’on est des pauvres

Avec le millionnaire Ravy Truchot, impliqué dans le projet et déjà propriétaire du FC Miami City, il a ouvert une année plus tard une académie destinée aux jeunes footballeurs internationaux, à l’enseigne de l’International Center of Européen Football, basée sur l’ancien centre d’entraînement de l’ETG.

Après l’arrêt de tous les championnats suite au décret du Premier ministre, le club savoyard, alors leader de son groupe en division régionale, a été automatiquement promu en National 3.

«L’ambition est de retrouver rapidement le niveau professionnel, en Ligue 2. On a des moyens. On ne peut pas dire que l’on est des pauvres», assure celui qui occupe la fonction de président-délégué.

Le football devrait soigner son image

A 66 ans, qu’il a fêtés le 23 mars, Patrick Trotignon est idéalement placé pour mesurer l’évolution du football, ses dérives également. «Le football doit mieux soigner son image, estime-t-il. Il cristallise tous les excès aux yeux d’une société qui pourtant s’en nourrit souvent. Comme les hommes politiques, les footballeurs sont devenus des cibles en envahissant toujours davantage l’espace public.»

Après avoir fait de sa passion son métier, jusqu’à devenir un «dirigeant professionnel» comme il aime à le rappeler, Patrick Trotignon s’étonne parfois toujours du comportement de ses homologues. «Quand je vois l’attitude de certains présidents, je me dis que c’est l’école primaire.» Il en résulte des chamailleries de préau d’école qui ne serve pas la cause défendue.

N.JR

Créé: 16.05.2020, 19h11

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