Mardi 17 septembre 2019 | Dernière mise à jour 23:19

Football Raphaël Nuzzolo, êtes-vous l'arbre qui cache la forêt?

Trois matches, trois buts: le Neuchâtelois est en tête du classement des buteurs de Super League. Mais il en est convaincu: d'autres peuvent marquer.

Pour Raphaël Nuzzolo, «à Xamax le collectif compte avant les individus.»

Pour Raphaël Nuzzolo, «à Xamax le collectif compte avant les individus.» Image: KEYSTONE

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Depuis le début de cette saison, quand on parle de Ne Xamax, on vous répond Raphaël Nuzzolo. A croire qu'à la Maladière, il n'y a que lui qui a le niveau de la Super League, qu'il est« l'arbre qui cache la forêt» comme on l'a écrit après le nul des «rouge et noir» contre Saint-Gall. S'il est vrai que le Biennois (36 ans) a rendu banal l'exceptionnel en inscrivant les trois buts de sa formation lors de ces trois premières rencontres, il a aussi reçu de bons ballons. Le goaleador nous explique son secret.

Y a-t-il une atmosphère spéciale à La Maladière, un air plus pur qu’ailleurs pour marquer autant de buts?

(rires) Non non, pas du tout, pourquoi dites-vous ça?

Parce que vous claquez but sur but, que vous êtes à 36 ans le meilleur marqueur du championnat et qu'on se dit qu'avec un tel niveau vous auriez pu fêter deux titres avec Young Boys au lieu de finir vos vieux jours à Neuchâtel...

Non non, je pense que chacun essaie de faire au mieux par rapport au rôle qu’il a dans l’équipe. Il ne faut pas oublier non plus les coéquipiers derrière qui font énormément de boulot pour que je sois aussi performant à la finition. Vous savez, chez nous, n’importe qui peut marquer, il n'y a pas de stars à Xamax. C’est le collectif qui compte avant les individus.

Mais comment vous expliquez-vous cette réussite insolente? Y a-t-il eu un déclic à un moment donné pour que vous soyez devenu un métronome?

Il est vrai que plus tu arrives à marquer, plus la confiance est là et plus cela devient simple dans le dernier geste. Après, la régularité se travaille. C'est le rôle des anciens comme moi de l’obtenir pour libérer les autres, les plus jeunes, à coté de nous. Il est important que les leaders tiennent l’équipe. Mais je ne cherche pas trop d'explications. Je joue comme je sais le faire.

Le fait de jouer désormais en pointe est-il aussi une des raisons de cette réussite?

C'est il y a deux ans, en Challenge League, que Michel Decastel m'avait fait jouer centre-avant, comme lorsque j'étais junior. Il y avait des blessés devant et je me suis retrouvé en pointe. Je me souviens qu'à l'époque, c'étaient des grands plutôt balèzes qu'on utilisait en pivot qui jouaient dans cette position. A ce moment là, je m'étais dit que si je voulais avoir un avenir pro, il fallait changer de registre et me décaler sur le côté...

De revenir aux sources, c'est une manière pour vous de boucler la boucle?

Je dirais qu'avec l'évolution du football moderne, le travail défensif est moins important que sur les côtés. Et quand tu prends de l'âge, courir à chaque fois entre 50 et 70 mètres pour revenir, ce sont des efforts supplémentaires que je peux m'éviter. Les purs attaquants comme moi maintenant sont un peu moins en mouvement.

On pensait qu'en quittant Young Boys en 2016 pour rejoindre NE Xamax en Challenge League, vous veniez en pré-retraite finir en roue libre: ce n'est finalement pas le cas...

J'admets toutefois qu'il est toujours compliqué de revenir dans le club qui t'a formé, parce que les gens vont rester sur l'image qu'ils avaient de toi avant. Je voulais vraiment revenir pour apporter quelque chose, pas uniquement jouer.

Mais on imagine que cela n'a pas été évident pour vous de rejoindre un club de Challenge League...

Mentalement, je me suis préparé à vivre ce défi personnel en redescendant d'une ligue. Pour moi, il était important que je garde mon niveau pour aider à remonter l'équipe. Avec l'âge, tu dois toujours te prouver, malgré tout, que tu es capable des mêmes performances, même en Challenge League. Le football n'est qu'un éternel recommencement, où tu recommences chaque saison de zéro. J'ai fini en juin avec de bonnes stats, mais c'est déjà derrière...

Comment faites-vous pour remettre à chaque fois les compteurs à zéro?

Il est vrai que lorsque ça recommence, à la reprise, tu te demandes si tu seras capable de refaire la même chose. Je pense que c'est bien de se remettre constamment en question. Jamais rien n’est acquis. Si tu veux être régulier, il faut toujours un bon niveau d’exigence avec soi-même. Ce n'est pas ma vision des choses de me contenter de peu...

A ce rythme, vous pouvez jouer jusqu’à 40 ans, non?

Non. Le corps a tout de même ses limites. Alors oui, on constate que les joueurs ou les sportifs jouent de plus en plus tard, ce qui n'était pas le cas à l'époque quand j'ai débuté - même si à 30 ans, on te catalogue comme un vieux joueur. Mais regardez en tennis, il y a des vétérans comme Federer qui sont au top même après 32, 33 ou 34 ans.

Quelles sont pour vous les secrets de cette longévité?

Je pense que cela vient des méthodes d'entraînement de plus en plus performantes aujourd'hui, mais aussi de l’alimentation, devenue primordiale. Le fait de mieux connaître le corps humain aide aussi. Quand j’ai commencé le football, on effectuait des courses en forêt et il n'y avait pas vraiment de contrôles ou de théories sur l’alimentation. Tout cela a bien évolué à vitesse grand V.

Mais ce ne sont pas les seules raisons...

Disons que j'ai aussi la chance de posséder un corps qui tient, ce qui explique aussi le fait que je joue encore aujourd'hui. Autant en profiter, même si je dois avouer qu'après les matches, je suis assez fatigué. Cela a toujours été un but pour moi de pouvoir évoluer le plus longtemps possible en évitant les blessures qui peuvent souvent être un crève-cœur. Maintenant je suis conscient qu'à un moment donné, il faudra passer à autre chose, qu'il y a une vie après avoir été footballeur.

Raccrocher, vous y songez?

Il va falloir voir comment cala se goupille, mais ma priorité est de voir saison après saison comment mon corps réagit. Je pense franchement avoir dépassé mes attentes. A 36 ans, je dois être le joueur de champ le plus âgé de Super League. Il n'y a que deux gardiens qui sont plus âgés que moi...

Votre fils doit être drôlement fier de son père. On se trompe?

Je suis content de pouvoir partager ces moments-là avec lui, qu’il me voie encore jouer. Pour un sportif, c'est toujours important, même s'il est encore très jeune, de lui transmettre une belle image de notre vie. C'est déjà un bonheur d'arriver professionnel, au plus haut niveau. Mais quand en plus il y a les enfants qui sont là, qu'ils vous salent avant le match, c'est vraiment un plaisir.

Est-ce le futur attaquant de NE Xamax?

On joue déjà un peu ensemble dans le jardin, mais Pablo n'a que 4 ans et demi, il n'est pas encore au club. Maintenant, il est gaucher. Attention, les gauchers ont du talent, mais ils pensent souvent à autre chose. De toute manière, je ne vais pas le pousser, qu'il prenne surtout du plaisir!

Du plaisir, vous en avez vraiment sur le terrain. L'avez-vous transmis à Taulent, votre jeune coéquipier, avec lequel votre entente semble intéressante? Je me souviens de lui quand je jouais encore à Young Boys. Il n'avait que 17 ans et arrivait de Macédoine. Il a une très bonne mentalité. Sérieusement blessé, il a passé deux ans sans jouer avant de se relancer la saison dernière à Winterthour. C'est un garçon qui a énormément de talent avec un petit côté foufou. Quand il aura trouvé l'efficacité, il pourra revendiquer une place ailleurs qu'à Neuchâtel pour évoluer à YB ou au plus haut niveau. Il a envie d’apprendre, de progresser, il est à l'écoute. C'est intéressant et gratifiant pour moi de lui donner ce que j'ai reçu dans ma carrière. C'est notre rôle à nous les anciens.

A Neuchâtel, êtes-vous l'arbre qui cache la forêt?

Non, non. Comme je l’ai dit auparavant, je trouve dommage de ne réduire notre performance qu'à ça. On est une équipe avec un petit budget qui essaie d’être solide et qui se bat avec ses armes. Là, c'est moi qui suis à la finition, mais en football, que je connais bien depuis le temps, on sait qu'on a tendance à mettre le buteur dans la lumière. Mais ce n'est pas comme cela qu’on réfléchit à Neuchâtel. Je ne cherche pas du tout à être l’arbre qui cache la forêt. Je suis certain que lors des prochaines journées d’autres joueurs vont se révéler et marquer.

D'autres Xamaxiens vont donc sortir du bois?

Il est important pour nous de tirer l’équipe et d’avoir des résultats pour la confiance. Mais comme l’an passé, d’autres joueurs s'étaient révélés en fin de championnat, comme Pululu, Amedi et Pickel. A d'autres Xamaxiens de prendre plus le jeu à leur compte et leurs responsabilités pour gagner des matches, c'est le but. Maintenant, il y a tellement longtemps que je suis ici que, forcément, quand mon nom sort, on pense à Xamax. Mais ce n'est pas ce que je recherche.

Créé: 08.08.2019, 08h23

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