Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 12:19

Football «Sion n’est plus une équipe de Super League»

A l’instar de Stéphane Grichting, les experts s’inquiètent du flou peu artistique que dégage le club valaisan.

Image: René Ruis

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En succédant le 17 septembre à Maurizio Jacobacci sur le banc du FC Sion , Murat Yakin avait provoqué énormément d’attentes. Des attentes qui, il faut bien l’admettre aujourd’hui, se sont avérées jusqu’à présent vaines. Tant la réalité, ne serait-ce qu’au niveau des chiffres, est différente de ce que l’on pouvait en espérer.

Après huit matches (soit sept de championnat et un de Coupe), le bilan de Yakin est pour le moins décevant: avec son nouveau coach, Sion «progresse» à la moyenne insuffisante de 0,71 point par match, ce qui en fait assurément une moyenne de relégué. Pour l’heure, le successeur de Jacobacci, qui semble avoir perdu la main qui avait fait sa renommée, est sauvé par la qualification valaisanne pour les quarts de finale mais force est de reconnaître que cela reste indigne du supposé standing de son nouveau club. «Sion possède certainement de bons joueurs mais au niveau du jeu présenté, ce n’est plus une équipe de Super League», estime ainsi l’ancien international Stéphane Grichting.

Tout aussi inquiétant sinon encore davantage que la faillite des résultats, l’absence d’une ligne directrice, d’un fil rouge clairement défini témoigne d’ailleurs des atermoiements actuels de Yakin. Qui n’en finit pas de brasser ses cartes, allant jusqu’à transformer Tourbillon en laboratoire d’expérimentation et d’idées, sans réussir pour autant à dégager une philosophie de jeu suffisamment convaincante pour pouvoir s’y accrocher durablement.

24 joueurs et 5 systèmes

Si l’on se plaît à éplucher les statistiques, on s’aperçoit du reste que l’ancien coach à succès du FC Bâle ne cesse de retourner le problème dans tous les sens. Depuis son intronisation, Murat Yakin a déjà utilisé pas moins de 24 joueurs (un chiffre considérable dans un contingent pléthorique) et 5 systèmes différents. Après être parti sur une défense à trois, le technicien s’était rapidement rendu à l’évidence que ce schéma-là ne fonctionnait pas. Depuis deux matches, le plus classique 4-4-2 semble avoir sa préférence sans que cela n’apporte au demeurant une réelle progression dans le contenu.

Voici donc le FC Sion, qui souffre considérablement de l’absence prolongée de Carlitos et de la fragilité musculaire d'Adryan, condamné à vivre d’expédients. Ce qui paraît déjà acquis, c’est que son entraîneur, lequel, à sa décharge, n’a pas choisi les hommes composant son effectif, profitera de la pause hivernale pour rééquilibrer le groupe et combler les manquements actuels (absence de leader, trop de profils similaires, etc.).

Toujours dans l’attente d’un véritable déclic dans le jeu – la pourtant probante victoire obtenue à Lucerne n’a jamais été confirmée en championnat -, le club valaisan jouera gros ce dimanche au Letzigrund face à un FC Zurich, certes peut-être fatigué du match d’Europa League qu’il aura livré jeudi soir à Leverkusen mais dont la verve offensive pourrait mettre à mal la fragilité défensive du visiteur.

En attendant ce nouveau rendez-vous capital, LeMatin.ch a demandé à trois observateurs de livrer leur analyse. A chacun d’eux, nous avons aussi demandé de livrer leur équipe-type, basé sur le contingent actuel, indépendamment des blessés. Tous se rejoignent sur un point: faute d’identité, le FC Sion version Yakin ne parvient pas à convaincre. Et cela en devient inquiétant.


Stéphane Grichting, 39 ans, ancien international

Quand il se penche sur le cas du patient qu’est le FC Sion, Stéphane Grichting a la désagréable sensation de devoir se répéter. «Année après année, c’est chaque fois pareil, regrette-t-il. Les mêmes changements d’entraîneur à la même période, les mêmes problèmes. On peut mettre la photocopieuse, il n’y a qu’à changer la date…» Ce qui le frappe en premier lieu dans le cas présent, c’est le manque de substance, de base solide sur laquelle Yakin pourrait s’appuyer pour construire. «Lorsque la stabilité fait défaut, reprend l’ancien défenseur de Sion, Auxerre et Grasshopper, ça noie les individus. A mes yeux, les gens d’expérience n’ont pas le niveau requis. Faute de colonne vertébrale, personne ne parvient à s’épanouir.» Avec un technicien dont on attendait sans doute trop, condamné désormais à tâtonner, un peu à l’aveuglette. «A sa prise de fonction, sans doute Murat a-t-il parlé un peu vite en se félicitant de la qualité de l’effectif à sa disposition. Yakin n’a pas trouvé à la fois les hommes qui correspondent à sa vision du jeu ni le système qui collerait à ses joueurs. C’est un double problème pour l’heure insoluble.» Avec de surcroît trop de joueurs qui s’annulent en raison de profil trop similaire. «En défense, Neitke fait tout juste mais il le fait avec une seconde de retard. En attaque, Sion ne possède aucun ailier de métier. Il lui faudrait retrouver un Carlitos, mais… un Carlitos trois ans plus jeune!»

Son équipe-type: Mitryushkin; Maceiras, Raphael, Ndoye, Abdellaoui; Adryan, Toma, Kouassi, Lenjani; Kasami, Djitté.


Johann Lonfat, 45 ans, ancien international

Comme beaucoup d’autres observateurs, Johann Lonfat s’interroge sur l’identité de jeu du FC Sion, sans réussir à définir, faute de certitudes sur lesquelles s’appuyer, celle qui se dégage. «Plus d’un tiers du championnat a déjà été joué, et Sion et son nouvel entraîneur en sont toujours en train d’essayer à trouver une équipe-type, observe l’ancien international. Comme si l’on était encore en période de préparation et que l’on pouvait se permettre de multiplier les essais.» A ses yeux, c’est l’absence de continuité qui provoque ce sentiment de naviguer à vue, sans objectif de résultat. «On sent une instabilité chronique, reprend notre interlocuteur. Comment espérer dégager une philosophie de jeu quand le brassage de joueurs, de coaches ou de système est permanent ? Au rayon des entraîneurs, on repart chaque fois de zéro, croyant toujours que le suivant est meilleur que le précédent. Cela dit, la dernière bonne expérience, c’était Peter Zeidler. A l’époque, il y avait du jeu.» Et Sion parvenait encore à imposer sa loi à Tourbillon, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. «Il n’est pas normal, conclut Lonfat, que cette équipe doive se battre pour son maintien alors que ses ambitions initiales, compte tenu de la valeur du contingent, étaient de jouer le podium…»

Son équipe-type: Fickentscher; Lenjani, Bamert, Neitzke, Maceiras; Toma, Kouassi, Kasami, Grgic; Djitté, Itaitinga.


Christophe Moulin, 60 ans, ancien entraîneur du FC Sion

«Qui peut faire la différence aujourd’hui? Franchement, je ne vois pas... Sion souffre trop de l’absence de leaders techniques, notamment d’un grand No10 qui apporte de la créativité…» Lorsqu’il évoque son ancien club, Christophe Moulin jette un regard sans concession: «Les jeunes qui sont là ont certainement du talent mais ils sont surtout livrés à eux-mêmes, constate le technicien, qui avait fêté le retour en Super League sur le banc de Tourbillon au printemps 2006. Quand Sion flambait, l’équipe pouvait s’appuyer sur un Carlitos ou sur un Akolo pour mettre le feu.» La politique sportive de Christian Constantin - miser essentiellement sur des jeunes dans l’espoir de rééditer le coup de Cunha (avec une plus-value de 15 millions) – constitue elle-même un frein à l’épanouissement collectif. «Au fond de lui-même, le président doit très bien savoir pourquoi Sion n’y arrive pas. Christian tente des paris pour faire vivre son club mais cela ne suffit pas pour le faire progresser. » Christophe Moulin, lui, imagine aussi l’embarras de Murat Yakin, condamné à bricoler avec un contingent qu’il n’a pas choisi. «Murat doit se poser plein de questions, cela doit tourner dans sa tête. On voit bien qu’il a peur de prendre des risques dans la mesure où quel que soit le système choisi, il ne parvient pas à verrouiller sa défense (...) Les gars ne trichent pas mais ils n’ont pas la hargne suffisante.»

Son équipe-type: Mitryushkin; Maceiras, Neitzke, Ndoye, Abdellaoui; Kasami, Kouassi, Toma, Lenjani; Uldrikis, Carlitos.

(nxp)

Créé: 08.11.2018, 19h17

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