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Commentaire Tami, ce pompier qui n'a plus rien à éteindre

Nommé manager de l’équipe de Suisse une année après la crise «russe», le Tessinois hérite d’un cahier des charges aux contours très flous. Il devra aussi renforcer le lien entre l'équipe et les supporters.

Tami a été officiellement présenté ce lundi à Berne.

Tami a été officiellement présenté ce lundi à Berne. Image: Keystone

Nicolas Jacquier

Journaliste

(Image: Sébastien Anex)

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Voici une année, en pleine Coupe du monde en Russie, la polémique de l’aigle bicéphale avait enflammé la Suisse entière et reposé le toujours très sensible débat sur l’appartenance des double-nationaux de l’équipe de Vladimir Petkovic. En mimant l’aigle bicéphale lors de la victoire contre la Serbie (2-1 le 22 juin à Kaliningrad), Xherdan Shaqiri, Granit Xhaka et Stephan Lichtsteiner avaient alors relancé la délicate question identitaire. Une polémique accentuée par le dérapage du secrétaire général Alex Miescher, poussé plus tard à la démission.

De grossiers couacs (ou absences) de communication en sorties verbales non maîtrisées, la Suisse avait alors montré ses limites, en dehors du terrain également… De tout ce pataquès survenu durant l’été 2018, il ne reste aujourd’hui plus rien. L’aigle s’est envolé depuis longtemps, le soufflé est retombé et tout le monde a oublié ses chaudes semaines de ballon en Russie.

Sauf qu’un rapport détaillé avait été commandé par les pontes de l’Association Suisse de football auprès de MM. Bernhard Heusler et Georg Heitz (respectivement ancien président et directeur sportif du FC Bâle) et que dans leurs conclusions présentées en novembre passé, les deux experts avaient recommandé la création d’un poste de manager afin d’éviter de reproduire les erreurs ayant conduit à une telle gabegie.

Plusieurs candidats ont refusé le poste

Dès l’automne dernier, l’ASF s’est donc mise en piste dans le but louable de trouver l’homme idéal; c’est là que les problèmes ont surgi. A commencer par la réticence du sélectionneur lui-même, Vladimir Petkovic appréciant peu qu’on veuille lui imposer un garde-chiourme dans les pattes. Faute d’être suffisamment attractif, avec un cahier des charges de surcroît encore très flou, le poste n’a en tout cas pas suscité des vocations. Christoph Spycher (le très efficace directeur sportif d’YB), Andres Gerber (son pendant à Thoune), Peter Knäbel (directeur technique de Schalke), Adrian Knup ont tous décliné la proposition. Vendredi passé, c’est encore Alain Sutter, promu entre-temps nouveau favori, qui renonçait à quitter son poste de directeur sportif du FC Saint-Gall pour s’immiscer dans la lourde machinerie de Muri…

C’est en fin de compte Pierluigi Tami, demeuré sans club depuis son licenciement du FC Lugano au printemps 2018 après sa volonté de s’offrir une année sabbatique, qui a été nommé ce lundi directeur de l’équipe de Suisse. Un choix presque par défaut - même si son nouvel employeur s’en défend vigoureusement - qui ne signifie pas que le Tessinois ne puisse faire l’affaire. Quand bien même celui-ci, qui supervisera aussi les espoirs helvétiques (M21), se retrouve aujourd’hui parachuté dans un rôle de pompier qui n’a plus rien à éteindre.

A 57 ans, Tami est assez intelligent et depuis suffisamment longtemps dans le business pour ne pas venir empiéter sur les plates-bandes de Petkovic. Alors même que son cahier des charges demeure assez flou, son rôle ne sera en aucun cas d’être la «doublure» du sélectionneur, encore moins de vouloir le déboulonner. Dorénavant, l'ancien technicien ne doit plus réfléchir en tant qu’entraîneur (ce qu’il a toujours été jusqu’à présent) mais comme un superintendant – ou manager – appelé à mettre de l’huile dans des rouages parfois grippés. Compte tenu de l’inertie ambiante, il faudra peut-être beaucoup d’huile…

Un rôle d'homme de liaison

Supérieur hiérarchique du coach national, il lui incombera aussi d’assurer une fonction d’homme de liaison en allant faire le tour de nos internationaux en Europe, un service de VRP de luxe que Petkovic n’aimait guère effectuer. Gérer l’équipe de Suisse de manière plus professionnelle à l’instar d’un Oliver Bierhoff avec la Mannschaft, voilà ce que l’on en espère. Lors de sa présentation officielle ce lundi à Muri (BE), au siège de l'ASF, l'ancien coach de notamment Grasshopper et Lugano a déjà prévenu qu'il n'entendait mener aucune «grosse révolution», laissons-le déjà commencer par des ajustements.

Nommé comme un cheveu sur la soupe au plus fort des vacances, Tami, dont le contrat initial court jusqu'en 2021, devra surtout démontrer l’utilité de sa fonction dès les échéances de la rentrée. Si la Suisse de Petko ne jouera probablement ni mieux ni moins bien qu’avant, ses joueurs s’investiront peut-être autrement sous la responsabilité de leur nouveau top manager. En prenant davantage conscience de leur devoir de représentativité en toutes circonstances.

C’est ce lien fragile qui unit l’équipe au peuple des supporters «rouge et blanc» que l’engagement de Tami doit aussi permettre de renforcer. Ce qui va impliquer de travailler au niveau de l'image offerte par l'équipe nationale, au-delà des éléments qui la composent.

Créé: 01.07.2019, 22h07

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