Jeudi 22 août 2019 | Dernière mise à jour 13:12

Football «Vous ne me verrez jamais porter un costard, pas moi»

Martin Schmidt est l’entraîneur du FC Mayence. Son club cartonne et sa personnalité fait des ravages en Allemagne. Rencontre avec le Valaisan qui monte, du FC Rarogne à la Bundesliga.

«Je n'oublie jamais que je suis Martin Schmidt de Naters. Vous pouvez demander à mes amis, je n'ai pas changé.»

«Je n'oublie jamais que je suis Martin Schmidt de Naters. Vous pouvez demander à mes amis, je n'ai pas changé.» Image: Keystone

EN DATES

1967
Naissance.
Il voit le jour à Naters, où il grandit parmi cinq sœurs et un frère.

1992
Premier métier.
Il ouvre un garage dans son village, et s’y consacre pleinement.

2003
Deuxième métier.
Après une modeste carrière de joueur qui le conduit jusqu’en LNB, il devient assistant, puis entraîneur du FC Rarogne en 2e?ligue.

2008
Professionnel.
Il prend en main la relève du FC Thoune, avec succès.

2015
Aboutissement.
Engagé pour coacher les espoirs, il se voit confier la première équipe de Mayence.

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- Vous êtes le meilleur coach suisse du moment. Si on vous avait dit cela il y a cinq ans, vous y auriez cru?

«Je vous aurais conseillé d’aller faire un tour chez le psy! Mais Marcel Koller n’est pas mal non plus, avec l’équipe nationale d’Autriche.»

- Oui, mais si on fait abstraction des équipes nationales, vous êtes le Suisse qui coache au plus haut niveau...

«Alors non, franchement, je n’y aurais pas cru. Je voulais juste être entraîneur, et vivre de ma passion. Peut-être que j’ambitionnais à l’époque d’entraîner une équipe de Challenge League en Suisse, mais la Bundesliga, je n’osais même pas en rêver.»

- En gros, comment passe-t-on du FC Rarogne à la Bundesliga?

«A force de travail, bien sûr. En acceptant aussi de renoncer à plein de belles choses que la vie nous offre. Mais il faut aussi la chance de se trouver au bon endroit au bon moment, même si je pense que la chance se provoque. Par exemple: lorsque Bernhard Von Gunten, responsable de la relève au FC Thoune, m’a repéré, j’entraînais une équipe de jeunes en Valais. Il venait détecter des talents, et c’est moi qui lui ai tapé dans l’œil. Ce jour-là, j’imagine que j’avais fait du bon boulot, et ça n’a rien à voir avec la chance.»

- Vous avez une réputation d’exigence. Quelle est la qualité que vous recherchez chez un joueur?

«Il y a quatre compétences clés: technique, tactique, mentalité et condition physique. Vous remarquerez que ce sont toutes des compétences qui peuvent être améliorées avec le travail. A la base, le joueur doit avoir la capacité et l’envie d’apprendre. C’est ça la clé. Je ne lui demande pas d’être parfait.»

- Votre équipe est l’une de celles qui court le plus de Bundesliga, avec 120 kilomètres de moyenne par match. C’était un objectif?

«Oui, car la performance physique est planifiable. Durant l’été, avec nos capacités financières, nous nous sommes demandés comment nous pouvions compenser notre petit budget par rapport à la concurrence. Très vite, nous sommes tombés d’accord sur la condition physique. Nous voulions que notre équipe soit non seulement celle qui court le plus, mais aussi celle qui court le plus vite. Nous avons établi un programme en fonction de cette ambition, pour faire mal à l’adversaire physiquement.»

- Vous êtes très apprécié en Allemagne. D’où vient ce capital sympathie?

«Parce que je suis Valaisan! Sans rire, ma personnalité doit beaucoup à mes racines. Je viens d’un canton touristique, ouvert sur le monde. Les Valaisans ont la culture de la convivialité. Et j’ai aussi grandi au sein d’une famille nombreuse. J’adore le contact humain, le partage, l’ouverture. Mes compétences sociales viennent de mes racines.»

- Donc, vous ne jouez pas un rôle…

«Je suis 100% moi-même et naturel. Mes racines m’empêchent de prendre la grosse tête. Elles ont un effet régulateur sur ma personne. Je n’oublie jamais que je suis Martin Schmidt de Naters. Vous pouvez demander à mes amis, je n’ai pas changé. Vous ne me verrez jamais porter un costard sur le banc par exemple. Ça, ce ne serait pas moi.»

- Au-delà de votre personne, c’est tout votre contingent qui a très bonne réputation. Vous appréciez?

«Oui, c’est très important pour moi. Je ne fixe pas uniquement des objectifs de performance à mon équipe. Je lui demande aussi d’être compétente au niveau social: de serrer la main aux gens, de prendre le petit-déjeuner ensemble, de respecter l’arbitre, de saluer les fans après les rencontres, et j’en passe.»

- D’après nos infos, vous avez toujours entraîné des clubs qui avaient comme couleurs le rouge et le blanc. Juste?

«Oui, toute ma vie est rouge et blanche, à commencer par le drapeau du Valais. Ensuite le FC Naters, le FC Rarogne, le FC Thoune et maintenant Mayence. A mon avis, ce n’est pas du hasard.»

- Alors, à quand l’équipe de Suisse?

«Elle est aussi rouge et blanche, c’est juste. Mais actuellement, je ne pense pas aussi loin. Je sais seulement que j’ai un contrat jusqu’en 2018 à Mayence. Pour le reste, j’ai de la chance que le rouge et blanc soient portés par beaucoup de clubs…»

- Sélectionneur, c’est un poste qui pourrait vous plaire? Ou êtes-vous plutôt un entraîneur de clubs?

«Pour devenir sélectionneur, il faut acquérir beaucoup plus d’expérience. Il ne suffit pas d’avoir entraîné un bon club, mais au moins trois ou quatre. Je ne pense pas avoir ces capacités. Peut-être dans dix ans… Actuellement, il y a des entraîneurs comme Murat Yakin, Christian Gross, Marcel Koller ou encore Lucien Favre. Dans mon esprit, je suis encore un apprenti par rapport à eux.»

- Rouge et blanc, ce sont également les couleurs du FC Sion. Christian Constantin vous a-t-il déjà appelé?

«Comme tous les Valaisans, je suis un fan du FC Sion. Je vais à toutes les finales de Coupe depuis 1980. Sion est mon club de cœur. Constantin? Je ne le connais pas, mais je trouve qu’il accomplit un travail exceptionnel en termes d’investissement personnel.»

- Avez-vous regardé les deux derniers matches amicaux de la Suisse?

«Je les ai vus en replay, car mon boulot consiste à me concentrer sur l’équipe d’Allemagne. Mais je sais parfaitement comment les Suisses jouent…»

- Et comment jouent-ils?

«C’est difficile, et dangereux, de tirer des conclusions hâtives à ce stade de la préparation. C’était la dernière occasion pour Vladimir Petkovic d’effectuer des essais, on ne peut donc pas juger précisément les schémas tactiques, d’autant que de nombreux joueurs étaient blessés. Ce que l’on peut juger, par contre, c’est que la Suisse s’est qualifiée pour l’Euro. Maintenant, il faut la laisser se préparer tranquillement.»

- En termes d’éducation et de valeurs, qu’avez-vous appris et conservé de votre Valais natal?

«La volonté, la tête dure des Valaisans. Je sais aussi à quel point la nature est la plus forte: lorsqu’il fait grand beau et qu’une demi-heure plus tard le ciel est sombre. Ce monde de la montagne, dur et magnifique à la fois, est ancré dans mon cœur. A la maison, j’ai des photos des montagnes. Lorsque je les vois, cela me donne de la force.»

Créé: 11.04.2016, 13h41


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