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Hockey sur glace Hans Kossmann voue un culte à la rapidité et à la fluidité du mouvement

Le système de jeu est à FR Gottéron ce que la religion est à un peuple: une litanie d’obligations auxquelles les joueurs doivent se plier au plus près de leur conscience pour apercevoir la lumière.

Image: Charly Rappo/arkive.ch

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S’il pouvait choisir entre les trois meilleurs pointeurs de NHL et un système de jeu parfait, Hans Kossmann écarterait les plus scintillantes étoiles venues d’Amérique du Nord. «Pour attirer tout le canton de Fribourg à la patinoire, ce ne serait pas le bon choix, j’en suis conscient. Pour obtenir le succès, par contre…» Pas sûr que Lucien Favre réponde de la même manière si on lui proposait d’accueillir Messi, Ronaldo et Xavi au Borussia-Park.

Sous la houlette du Canado-Suisse, le vestiaire de la BCF-Arena a tout de suite été mis au parfum: avec lui à la barre, il y a des préceptes tactiques fondamentaux à respecter sur lesquels on ne transige pas. Cela en a surpris plus d’un. «Normalement, durant deux à trois semaines, tu commences par peaufiner ta forme physique patins au pied, explique Michael Ngoy. Ce n’est pas fin juillet-début août qu’un entraîneur insiste sur la manière dont une sortie de zone sera effectuée en septembre.» Normalement. «Cette saison, dès le premier jour, le coach nous a parlé tactique. Tout le monde s’est dit: waouh, ça commence bien!»

Cinq mois plus tard, le défenseur boit du petit-lait. «Quand je reçois le puck, je sais immédiatement ce que je dois faire», témoigne-t-il, presque reconnaissant. Cela réduit fortement les moments de flottements pouvant être perçus sur l’aire de jeu, augmente la vitesse d’exécution d’une escouade semblant organisée et rapide comme jamais. La clé du succès de FR Gottéron cette saison? Elle fait en tout cas partie du trousseau dont dispose Hans Kossmann.

Le mouvement divin

«Mon équipe pratique un hockey qui me correspond», tient à souligner le technicien. Qui correspond à ses certitudes amassées durant une vie de sacerdoce passée sur la glace, une canne à la main en guise de croix, pour tenter de convaincre une trentaine d’hommes de la justesse de sa vision.

«Au début, certains ont eu de la peine à se plier à ma façon de voir les choses», se rappelle l’homme fort de la BCF-Arena. D’où un début de saison compliqué? «Cela fait partie de l’explication.» Tout le monde étant rentré dans le droit chemin, on se met à rêver d’exploit dans les travées d’un temple fréquenté religieusement. Avant d’entrevoir cette mystique et hypothétique lumière, FR Gottéron est condamné à parcourir un chemin encore long et tortueux. Tout le contraire de la sortie de zone parfaite, verticale et rapide à souhait.

La rapidité et la fluidité du mouvement, Hans Kossmann l’a voulu dès les prémisses de sa prise de pouvoir. «La première chose sur laquelle il a insisté dès notre première journée de travail en commun, c’est la transition entre la défense et l’attaque. Cela m’a marqué, et je ne suis pas le seul dans l’équipe», se rappelle Michael Ngoy.

Le fore-cheking à deux

Pas étonnant, dès lors, de voir systématiquement se ruer, avec une belle vitalité, deux attaquants sur le puck dès qu’il atterrit dans le camp ennemi. Cela empêche l’adversaire d’opérer des changements de ligne propres. Cela le prend à la gorge. Cela explique les multiples situations de 2 contre 1 ou de 3 contre 2 favorables à FR Gottéron observées depuis le mois de septembre 2011.

«Il ne faut pas non plus oublier le talent individuel de quelques joueurs récemment arrivés au club ou qui y évoluent depuis longtemps, souligne Frédy Bobillier, ancien défenseur de ligue nationale qui suit de près les pérégrinations de son ancien club. Gamache, Dubé, Sprunger et Bykov sont en permanence capables de créer quelque chose de dangereux. Ils ont en eux le génie nécessaire pour mettre le feu dans n’importe quelle défense du pays.»

Le risque de se perdre

L’objectif n’est pas d’enfermer ces joyaux offensifs dans un carcan castrateur. Le risque existe. «Il ne sert à rien de polluer l’esprit des gars avec mille et une manières d’attaquer différentes, souligne Hans Kossmann. Une certaine simplicité peut s’avérer davantage payante qu’un matraquage en règle du joueur avec des plans tactiques multiples. Cet aspect-là de notre sport, il faut l’apprivoiser avec beaucoup d’humilité. J’ai vu des coaches se perdre parce qu’ils avaient en tête de révolutionner la discipline.» L’effet peut s’avérer destructeur.

Destructeur pour les défenses d’en face, le jeu vers l’avant vif et huilé voulu par Hans Kosmann l’est. Il se développe toutefois sur des bases arrières solides. Quand deux attaquants s’aventurent pour fore-checker chez «l’ennemi», un troisième reste systématiquement en retrait. But: anticiper le contre.

La zone interdite

Car en zone défensive, FR Gottéron met un point d’honneur à se regrouper rapidement autour de son gardien dans un rectangle devant être aussi hermétique que possible. Autour de cette zone, l’adversaire peut tourner comme une hélice. Dès qu’il tente de s’y aventurer, il est immédiatement pris en charge. Objectif: l’empêcher de se ruer sur les éventuels rebonds accordés par Cristobal Huet. «Hans Kossmann a longtemps côtoyé Chris McSorley et Larry Huras, deux entraîneurs très pointilleux dans le comportement défensif de leur équipe, relève Frédy Bobillier. Cela explique sans doute la rigueur affichée cette saison par son équipe dans les situations de 1 contre 1 observées dans son camp.»

Au-delà d’une rigueur tactique qu’il a patiemment inculquée à ses ouailles, le Canado-Suisse peut s’appuyer sur une belle palette d’artistes lui permettant de proposer un jeu mâtiné d’une certaine flamboyance. «Le succès de FR Gottéron s’explique avant tout par la présence de ce type de joueurs dans le vestiaire», insiste Frédy Bobillier.

Cela permet à FR Gottéron d’élaborer un jeu incomparable à celui pratiqué notamment par Bienne ou Ambri. Leurs équipes, composées de loyaux soldats, sont disposées devant leur gardien comme un carré de légionnaires romains s’apprêtant à subir les foudres barbares. «Je pourrais inculquer à ces équipes le système de jeu plutôt offensif et rapide que j’essaie de produire avec Fribourg. Mais je ne suis pas sûr que nous aurions autant de points au classement», se marre le Canado-Suisse.

On ne demande pas à un cuisinier de mijoter de la haute gastronomie quand il œuvre au piano d’un fast-food. (Le Matin)

Créé: 15.01.2012, 09h27

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