Samedi 21 juillet 2018 | Dernière mise à jour 20:43

Hockey sur glace Sprunger: «Si on me dit d'arrêter, je le ferai»

Commotionné, le capitaine de FR Gottéron n’a plus rejoué depuis le 20 octobre dernier. Sa carrière est-elle en danger? Ou se trouve-t-il sur le chemin du retour? Julien Sprunger se livre, entre doutes et espoirs.

Julien Sprunger a conscience des risques qu’il prend en pratiquant son sport. (Photo: Laurent Crottet)

Julien Sprunger a conscience des risques qu’il prend en pratiquant son sport. (Photo: Laurent Crottet)

LE CHIFFRE: 21

Le nombre de matches consécutifs manqués par Julien Sprunger depuis sa commotion subie le 17 octobre 2017. En son absence, FR Gottéron n’a gagné que neuf matches de championnat.

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Un contact de routine près de la bande. Un patin adverse en plein visage. La scène se déroule à Fribourg, le 17 octobre 2017 contre le HC Bienne. Julien Sprunger a senti ce soir-là que quelque chose n’allait pas. Il a serré les dents et est revenu au jeu. Comme souvent. «Un gros choc, j’avais mal à la tête, mais ça allait», se souvient-il. Trois jours plus tard à Ambri, le capitaine des Dragons est passé au travers de son match à la Valascia. C’est la dernière fois que Julien Sprunger a porté le maillot de FR Gottéron cette saison. Il a déjà manqué 21 matches consécutifs et ne devrait pas rejouer avant la pause olympique.

Comment allez-vous?

Je viens d’être papa pour la deuxième à la fin du mois de novembre. C’est un petit garçon, Achille. Tout se passe bien, je profite de ces instants privilégiés en famille. J’ai eu un long congé paternité (rires).

Sportivement, par contre, vous n’avez plus rejoué depuis le 20 octobre en raison d’une lourde commotion cérébrale…

Oui, et c’est long. Cela fait presque trois mois. J’ai eu plusieurs commotions dans ma carrière, mais c’est la troisième qui prend plusieurs mois à guérir. Les deux autres étaient survenues en fin de saison, avec l’équipe de Suisse à l’époque. J’avais ensuite eu tout l’été pour me rétablir. Cette fois-ci, c’est différent. C’est la première fois que cela m’arrive en pleine saison et que je manque autant de matches.

Quels ont été les symptômes?

Je n’ai quasi jamais eu de maux de tête, ni d’hypersensibilité au bruit et à la lumière. J’ai par contre eu des vertiges et des nausées. Maintenant, je peux toutefois vivre presque normalement. Pour ce qui est de l’effort physique par contre, c’est une autre affaire…

Avez-vous le sentiment d’être proche d’un retour au jeu?

Je suis encore en phase de rééducation. Je m’entraîne seul, je fais de la musculation, du cardio, et j’ai recommencé à patiner cette semaine. Il faut que je retrouve ma forme physique. On peut faire autant de vélo et de cardio que l’on veut, l’effort et la charge ne sont pas les mêmes sur la glace.

Vous êtes sur le carreau depuis presque trois mois. Comment avez-vous vécu cette brusque «mise à l’écart»?

Une commotion est une blessure qui isole. Elle vous laisse seul, à l’écart des autres. Je n’avais pas envie de perdre cette proximité avec mes coéquipiers. J’ai donc essayé de rester proche de l’équipe en participant aux réunions, aux repas de groupe et aux activités. C’est aussi mon rôle en tant que capitaine. J’ai un regard externe qui peut aussi être bénéfique. Je peux discuter avec les gars et prendre la parole lors des meetings. J’essaie d’être présent le plus souvent possible à la patinoire. Je suis certes «déconnecté» sportivement, mais je m’implique dans la vie sociale du groupe. C’est important.

Vous avez consulté des spécialistes. Que vous ont-ils dit et recommandé ?

Je ne suis pas allé dans la clinique spécialisée à Atlanta cette fois-ci. Les moyens de traitement en Suisse se sont considérablement améliorés et je fais aussi entièrement confiance au staff médical qui me suit à Fribourg. Le plus important pour guérir de ce genre de blessure, c’est la patience.

Il n’est donc pas totalement exclu que cette saison soit perdue pour vous?

Je n’ai pas de délai. On ne me met aucune pression pour que je revienne rapidement. Ce qui est le plus frustrant avec une commotion, c’est qu’il n’y a pas de date de retour au jeu. Certains joueurs sont blessés et savent qu’ils manqueront les six prochaines semaines, par exemple. C’est long, mais ils savent. Une commotion, c’est un saut dans l’inconnu. Il reste trois semaines jusqu’à la pause des Jeux olympiques. Dans ma situation, est-ce que cela vaut vraiment la peine de se dépêcher pour jouer encore un ou deux matches avant le break international? Je ne sais pas…

La question de mettre un terme à votre carrière s’est-elle posée?

Je me l’étais déjà posée après mon accident aux championnats du monde à Berne avec l’équipe de Suisse (ndlr: en 2009), lorsque je m’étais gravement blessé aux cervicales et que j’étais resté paralysé des bras et des jambes durant plusieurs heures. Je m’étais demandé s’il valait vraiment la peine de continuer à mettre ma santé en danger. Aujourd’hui, je suis dans un autre état d’esprit : je veux tout mettre en œuvre pour guérir à 100%. Je vois les progrès, même si j’ai connu des rechutes depuis octobre. Si un jour je me rends compte que les symptômes sont omniprésents, que je me sens mal le matin en me levant, et le soir aussi en allant me coucher, alors je tiendrai un discours différent.

Il reste une importante zone d’ombre: la médecine, qui poursuit ses recherches, ne sait pas encore précisément quelles sont les séquelles liées aux commotions, et à quel moment elles se manifestent. Est-ce que cela vous inquiète?

Je ne peux pas ignorer les conséquences possibles. C’est normal. Le hockey est un sport extraordinaire, je me sens privilégié. Je suis aussi conscient qu’il y a un gros facteur risque dans mon métier. J’ai été prêt à le prendre jusqu’ici parce que j’aime le hockey, j’aime Gottéron. Maintenant, je ne sais pas quel prix je suis encore prêt à payer…

Vous êtes père de famille, vous êtes aussi plus proche de la fin de votre carrière que du début. Est-ce que cela influence votre façon de penser et de voir les choses?

A 20 ans, on ne se pose pas les mêmes questions qu’à mon âge. J’ai 32 ans, j’ai une famille, qui compte plus que tout à mes yeux. Bien sûr que ma santé me préoccupe. Les médecins ont été clairs: une commotion, c’est déjà trop. Si on les accumule, c’est évident que cela devient dangereux. On ne sait pas exactement quels seront les séquelles dans dix, 20 ou 30 ans. Il y a eu des cas de démence, de dépression et autre, en Amérique du Nord dans le hockey et le foot américain notamment. Il y a un flou qui est effectivement inquiétant. J’ai effectué quantité de tests neurologiques ces dernières années. Tous ont été rassurants.

Vous êtes donc prêt à continuer à prendre des risques pour jouer au hockey ?

Oui, mais pas n’importe lesquels. Je connais des gars qui jouent chaque soir avec des maux de têtes et prennent des médicaments pour tenir le coup. Pour moi, la santé passe avant tout. Je ne veux pas la mettre en danger. Mais ce n’est pas parce que ma guérison prend plusieurs mois que je vais envisager de tout arrêter. J’essaie simplement de me soigner le mieux possible. Si un jour plusieurs spécialistes sont d’avis que c’est trop risqué et qu’il faut dire stop, alors je le ferai. A ce stade, ce n’est heureusement pas le cas.

Craignez-vous de ne plus être le même joueur, d’avoir perdu votre sens du but, lorsque vous reviendrez au jeu?

C’est dans la nature de tout sportif d’avoir certains doutes. Le meilleur moyen de tourner la page après chaque blessure que j’ai eue dans ma carrière a été de marquer un but. C’est à ce moment-là que je me suis à chaque fois dit: c’est bon, je suis de retour, tout va bien. (nxp)

Créé: 10.01.2018, 20h18

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