Dimanche 15 septembre 2019 | Dernière mise à jour 08:59

Hockey sur glace Commentaire: La Suisse a un problème de gardiens

Le feuilleton Reto Berra, qui s’est bien fini pour FR Gottéron, a mis en lumière un dysfonctionnement dans le hockey suisse.

Le nouveau contrat de quatre ans de Reto Berra coûtera plus de trois millions de francs à FR Gottéron.

Le nouveau contrat de quatre ans de Reto Berra coûtera plus de trois millions de francs à FR Gottéron. Image: Keystone

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Christian Dubé, le directeur sportif de FR Gottéron, a des raisons objectives de pousser un «ouf» de soulagement. Mercredi soir, il a conclu un nouvel accord de quatre ans avec son gardien zurichois Reto Berra (32 ans), à qui plusieurs clubs de National League faisaient les yeux doux.

Cette entente à long terme avec l’un des portiers de l’équipe de Suisse a au moins deux effets bénéfiques sur la vie des Dragons.

D’abord, elle évite toute distraction dans le vestiaire de l’équipe entraînée par Mark French à l’aube de la nouvelle saison. Si Berra s’était accordé avec une autre formation dès l’exercice 2020-2021, l’air du vestiaire aurait pu devenir irrespirable dès les premiers coups de patins officiels de la campagne 2019-2020. «Est-il toujours des nôtres?» «Dis, t’as pas l’impression que le troisième, il aurait pu l’arrêter?» «J’te dis, il a déjà la tête à Bienne!» Ces remarques, et tant d’autres, auraient été inévitables dans les couloirs de la BCF Arena.

Ensuite, FR Gottéron, qui a désormais la conviction (à défaut de la certitude) de pouvoir reposer sur l’un des quatre meilleurs portiers du pays sur le long terme, est probablement devenu une adresse plus attractive sur la carte du hockey helvétique. Pour ça, bien joué, Christian Dubé.

Un coût de trois millions

Mais l’issue du feuilleton estival sur le petit marché suisse des transactions soulève des interrogations qui traduisent un dysfonctionnement dans le milieu de la rondelle.

Ne nous voilons pas la face. Berra n’est pas demeuré fidèle à FR Gottéron parce qu’il trouvé la sérénité en se baladant en basse-ville ou parce que le ranz des vaches le transporte dans une autre dimension. Il a saisi le stylo qui lui était tendu parce que le chèque qui l’accompagnait était conséquent. Le pacte lui rapportera un peu plus de trois millions de francs.

Les vaut-il? Oui, parce que deux clubs, au moins, étaient prêts à se délester d’une telle somme.

Est-ce trop? A l’échelle mondiale, oui. Le Zurichois, 58 départs en NHL, gagnera autant que la majorité des derniers remparts No 2 dans la plus prestigieuse ligue du monde, une ligue qui n’avait plus voulu de lui, une ligue où les joueurs disputent 82 matches avant les play-off. A l’échelle suisse, non. Ce qui est rare est cher. Et, chez nous, un gardien titulaire d’un passeport à croix blanche, qui a été rejeté par la NHL et qui demeure plus fiable que les goalies de la nouvelle génération est une denrée rare.

La frilosité des coaches

Le constat dévoile une facette peu glorieuse du hockey suisse. Si, historiquement, les gardiens ont été les premiers ambassadeurs de notre label en Amérique du Nord (Pauli Jaks, David Aebischer, Martin Gerber, Jonas Hiller), ils constituent aujourd’hui un problème pour les directeurs sportifs des clubs de National League. Plusieurs nous l’ont dit: il y a un trou générationnel à ce poste tellement important.

La question consiste donc à savoir pourquoi. En 2019, les portiers de 18 ou 19 ans sont-ils vraiment moins bons que leurs prédécesseurs du début des années 2000? Pas sûr, pas sûr du tout.

Si les jeunes gardiens suisses peinent à franchir le dernier palier, c’est parce qu’ils n’ont pas souvent la chance de pouvoir le franchir. Souvenez-vous des glorieuses années Arno Del Curto à Davos. Dans les Grisons, le coach n’avait pas hésité à lancer les Jonas Hiller, Thomas Bäumle, Reto Berra et Leonardo Genoni dans le grand bain de la LNA alors que tous ces gamins venaient à peine d’obtenir leur permis de conduire.

Aujourd’hui, à quelques très rares exceptions près, les entraîneurs sont frileux et ne courent pas le risque d’envoyer un ado dans la cage. Ils ont peur de perdre, d’en payer la note et de se retrouver au chômage.

Dommage car, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, les solutions existent souvent à l’interne, où des entraîneurs aussi professionnels que spécifiques travaillent avec les jeunes hommes masqués.

Trop souvent pour beurre, hélas.

Créé: 22.08.2019, 20h51

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