Lundi 21 octobre 2019 | Dernière mise à jour 15:27

Hockey sur glace Débat: ouvrir les vestiaires aux médias, une bonne idée?

Quatre des douze clubs de National League - Lausanne, Lugano, Zoug et Davos - ouvrent les portes de leur vestiaire aux représentants des médias après les matches. Nos journalistes en débattent.

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POUR: «Tout le monde y gagne»

Grégory Beaud, journaliste

Un chiffre: 35 millions par année. Le hockey sur glace est entré dans une autre dimension le jour où il a rapporté une pellée d’argent. Aujourd’hui, le produit (car c’est bien le mot qu’il faut utiliser) n’a plus rien à voir avec celui d’avant cette période bénie d’un point de vue purement économique. Aujourd’hui, le spectateur est devenu un consommateur qui en veut toujours plus pour son argent.

Les Américains ne font pas tout juste. Loin s’en faut. Peut-être même qu’ils ont parfois tendance à dénaturer le sport en le sur-commercialisant. Mais une chose est sûre, ils savent vendre quelque chose en le rendant attractif. Il paraît que Gary Bettman et Adam Silver, respectivement commissionnaires de la NHL et de la NBA, ont été aperçus en train de refourguer un tas de sable à des bédouins. Ce n’est pas un hasard, dans ce contexte, que l’ouverture des vestiaires ne soit pas une thématique en Amérique du Nord. Et pour cause, le cas a été réglé il y a plusieurs décennies déjà (voir nos récents articles à ce sujet).

«Mais quel est le bénéfice?», me direz-vous? La visibilité. Je vais prendre un exemple que je connais assez bien: moi. Désolé, c’est hautement prétentieux, je sais. Mais il nous est parfois demandé de faire des interviews en format vidéo après un match. Une fois sur deux, le fond est un mur gris triste. Dans le pire des cas, on filme devant une ribambelle de gens (bénévoles, joueurs, autres journalistes). Bref, une catastrophe. La seule fois que j’ai eu la chance de travailler dans les mêmes conditions qu’en Amérique du Nord, c’était avec l’équipe de Suisse lors d’un match à Genève. L’interview de Romain Loeffel s’est faite devant son casier. Un joli fond avec ses affaires et même son nom. Bref, rien à voir.

Devinez où je vais continuer de faire des vidéos? Dans des couloirs glauques ou dans le vestiaire? Point de voyeurisme ici. Juste une qualité d’image plus intéressante. Et qui dit meilleures images, dit meilleure visibilité. Pas vrai, Messieurs les sponsors?


Contre: «De la poudre aux yeux»

Cyrill Pasche, journaliste

L’ouverture des vestiaires aux membres des médias n’a rien d’innovant ou de révolutionnaire. Au contraire, il s’agit d’une pratique nord-américaine préhistorique qui renvoie à une époque durant laquelle les journalistes masculins faisaient «partie de l’équipe» et où les femmes, lorsqu’il y en avait, étaient obligées de sagement attendre derrière la porte. Une tradition mise en place par des mâles, pour des mâles, dans un monde de mâles. En 2019, il serait justement temps de se moderniser et… de fermer la porte des vestiaires!

Pour les journalistes, il n’y a strictement rien de plus à obtenir dans un vestiaire – si ce n’est d’y faire un selfie pour dire qu’on y était... - que dans un couloir étroit ou une zone mixte. Les athlètes qui n’aiment pas les interviews ne les apprécieront pas davantage parce que ceux-ci ont lieu dans leur espace de vie. Les traditionnels «on a travaillé fort» et «on prend match après match» ne se transformeront pas en une analyse détaillée de la sortie de zone appliquée par la deuxième unité de powerplay, les questions des journalistes ne seront ni moins sottes ni plus brillantes parce que l’on se trouve dans un vestiaire de hockey.

Ouvrir ses portes après un match pour soi-disant offrir un meilleur accès aux joueurs est en réalité une hypocrisie. Dix minutes, montre en mains et responsable(s) de «comm» sur les talons, avant que les portes se referment aussi brusquement qu’elles s’étaient ouvertes est justement un moyen très brillant de réduire et de filtrer encore davantage les interactions entre les athlètes et les médias.

Une véritable avancée aurait été de mettre les joueurs à disposition des médias immédiatement après le coup de sifflet final (cinq minutes après la fin du match en NHL) afin que l’étau se resserre un peu moins sur les nombreux journalistes qui doivent tenir des délais de plus en plus courts. La véritable ouverture aurait aussi été d’offrir un meilleur accès aux joueurs durant la semaine (certaines organisations le font spontanément), entre deux rencontres de championnat, sans tracasseries ni obstructions de la part des clubs. Le reste n’est que de la poudre aux yeux.

Créé: 19.09.2019, 11h40

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