Samedi 7 décembre 2019 | Dernière mise à jour 23:11

Hockey sur glace Comment le Dragon s'est métamorphosé

Fribourg-Gottéron est la meilleure équipe de la ligue lors des 10 derniers matches. L’arrière-garde est un facteur clé de ce retour au premier plan.

Reto Berra et Ryan Gudnerson mettent en échec Andres Ambühl.

Reto Berra et Ryan Gudnerson mettent en échec Andres Ambühl. Image: Keystone

Corsi - définition

Il s’agit de la totalité des shoots générés par une équipe. Buts, tirs cadrés, hors-cadres et bloqués sont décomptés. Cette statistique peut être utilisée aussi bien pour une équipe que pour un joueur.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis l’arrivée de Christian Dubé à la bande le 5 octobre dernier, Fribourg-Gottéron a repris des couleurs. Dernière après six journées de championnat, l’équipe de la BCF Arena est désormais au-dessus de la barre. Lors des dix dernières rencontres, elle totalise 21 points. Sans faire de bruit, les Dragons remontent la pente grâce à un jeu plus attrayant offensivement et une plus grande implication offensive en zone défensive. Voilà pour schématiser. Penchons-nous sur ce dernier point plus en détails pour tenter d’y voir plus clair.


Imperméabilité

Sous Mark French, Gottéron n’a disputé que six matches. Le temps de capituler à 19 reprises pour une moyenne de 3,16 buts encaissés par sortie. L’entraîneur ontarien, qui était arrivé en 2017 sur les bords de la Sarine, avait amené dans ses bagages une vraie structure défensive. C’est d’ailleurs grâce à cela qu’il avait rapidement obtenu du succès avec les Dragons. Peu à peu, cette stabilité s’est étiolée.

Depuis la prise de pouvoir de Christian Dubé et, ensuite, de son assistant Sean Simpson, plusieurs modifications ont été opérées. Malgré des gardiens avec un taux d’arrêt quasi identique (de 92,34% à 92,35%), la défense s’est stabilisée. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer.

Tirs bloqués

Tout d'abord, le nombre de tirs bloqués a augmenté. De 10 tentatives stoppées par un joueur de champ lors de chaque rencontre, la moyenne a grimpé à 13,52. Et ce sont notamment les attaquants qui ont provoqué cette différence. Avec 23 tentatives déviées, David Desharnais montre le chemin, tandis que l'intransigeant Ralph Stalder (27 blocks) est le meilleur arrière à ce petit jeu.

Zone où les attaquants fribourgeois bloquent les pucks. A gauche, sous Mark French et à droite sous Christian Dubé (Source: nlicedata.com).

Slot mieux protégé

Le volume total de shoots adverses a drastiquement baissé après les six premiers matches (cinq défaites). De 58,04, le Corsi (lire définition ci-contre) est passé à 55,60 tandis que les tirs adverses sont descendus de 34 par match à 29,75. Et ce n'est pas tout. La qualité des chances laissées aux adversaire a suivi la même tendance. Très fréquemment repoussés en périphéries, les attaquants adverses se créent des actions largement moins franches.

Zone où les équipes adverses shootent. A gauche, sous Mark French et à droite sous Christian Dubé (Source: nlicedata.com).

Sur le schéma ci-dessus, on peut remarquer un plus grand volume de shoots de la ligne bleue notamment le long des bandes, là où les essais sont moins dangereux. Sur la gauche du gardien, l'accès au but est largement moins aisé, tandis que l'enclave devant le but est mieux protégée. Ce n'est pas un hasard si une poche plus foncée se trouve à mi-chemin entre le goal et la ligne bleue.

Si les attaquants adverses ont une liberté de manœuvre moindre, les défenseurs adverses également. Sur le schéma ci-dessous, on peut remarquer un net recul du nombre de tentatives à gauche du gardien. Grâce à l'activité des attaquants fribourgeois autour de Reto Berra (et Ludovic Waeber), les arrières adverses ont également moins de liberté sur la droite du but.

Zone où les défenseurs adverses shootent. A gauche, sous Mark French et à droite sous Christian Dubé (Source: nlicedata.com).

Meilleur box-play

Commençons par les chiffres bruts. Le pourcentage de réussite en box-play est passé de 78,57% à 83,33%. Au vu de l'échantillon à disposition (surtout pour l'ère Mark French), la différence n'est que difficilement significative. La masse de tirs adverse est par contre notoirement moindre. Ainsi les tirs cadrés des opposants de Gottéron sont passés de 1,45 par minute de power-play à 0,96. Dans le même temps et de manière finalement bien logique, le Corsi par 60 minutes de box-play est passé de 151 à 102.

Zone où les équipes adverses shootent en power-play A gauche, sous Mark French et à droite sous Christian Dubé (Source: nlicedata.com).

A l'instar du jeu à 5 contre 5, la gauche du gardien est mieux protégée tandis que les défenseurs adverses ont nettement moins l'occasion de s'avancer dans la zone.

Voilà pour l'aspect défensif. Et de l'autre côté de la patinoire?


Le rôle de Gunderson

S'il est un joueur de Fribourg-Gottéron qui symbolise cet impact toujours plus grand des arrières, c'est bien Ryan Gunderson. Le défenseur, qui devait être l'atout offensif No 1 des Dragons, n'avait que rarement justifié ce statut sous Mark French. En six rencontres, il n'avait aucun but à son compteur et deux pauvres passes décisives. Depuis l'arrivée de Christian Dubé? C'est l'explosion. «C'est un style de jeu davantage porté vers l'attaque qui me convient plus», nous a-t-il confié après quelques matches sous son nouveau coach. Et cela se constate déjà en terme de statistiques. En 17 rencontres, il totalise quinze points dont deux réussites.

Surtout, Ryan Gunderson soutient largement plus l'attaque qu'en début de saison. Il n'est désormais pas rare de le voir emmener une contre-attaque ou épauler ses coéquipiers en offrant de nouvelles options de passes comme on le voit lors de ces deux exemples lors du dernier match à Genève. Sur le second, il poursuit même en fond de zone au lieu de rester cantonner à la ligne bleue. Un changement d'esprit qui le valorise terriblement.

Cette plus grande liberté offensive se voit principalement à 5 contre 5, là où la rigidité de Mark French avait tendance à brider les élans des uns et des autres. Sur le graphique ci-dessous, cette tendance est d'ailleurs très visible. En six matches, Ryan Gunderson n'avait tiré qu'une fois dans le slot.

Zone d'influence de Ryan Gunderson sous Mark French. Source: nlicedata.com

Depuis le 5 octobre et le licenciement de l'Ontarien, ses rushs sont largement plus nombreux et, par conséquent, ses tentatives en bonnes positions sont également largement plus fréquentes. Cela a pour l'heure surtout résulté par un plus grand nombre de passes décisives. Mais nul doute que les buts vont suivre.

Zone d'influence de Ryan Gunderson sous Christian Dubé. Source: nlicedata.com

De manière plus surprenante (au premier abord), son nombre de shoots a diminué en supériorité numérique. Son rôle est davantage dans la distribution depuis la ligne bleue. D'un shoot toutes les 3 minutes 30 de power-play, sa production est passée à un shoot toutes les 5 minutes 20. Il est probable que le retour de Julien Sprunger soit lié à cette différence. Capable de distribuer des passes parfaites pour des tirs sur réception, Ryan Gunderson excelle dans ce rôle et son nombre de shoots en baisse est à voir comme une bonne nouvelle.


Tous les défenseurs plus impliqués

Mais il n'y a pas que Ryan Gunderson qui a profité de ce changement d'entraîneur. Tous les arrières de la BCF Arena ont vu leur impact offensif progresser. Si l'on prend le Top 5 (Gunderson, Furrer, Chavaillaz, Kamerzin et Stalder), les valeurs ont toutes progressé. De quasi anecdotique lors des six premières rencontres de la saison, la production des arrières en tirs, buts et assists s'est constamment accrue depuis comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous.

L'exemple de Benjamin Chavaillaz est peut-être le plus significatif. Le Vaudois de Gottéron n'avait qu'un tir cadré sous Mark French et n'avait aucun point à son compteur. Depuis, il totalise cinq unités (2 buts, 3 assists). De 0,16 tir par match, il a vu sa moyenne grimper à 0,76. «On peut davantage créer, mais tout le monde a conscience de son rôle, nous a-t-il confié. Ce n'est pas parce que l'on est plus offensifs que je vais désormais tirer dans toutes les positions. Parfois, il vaut mieux mettre le puck dans l'arrondi plutôt que de risquer de se faire contrer. Mais c'est surtout une question d'état d'esprit général.»

Doté d'un bon coup de patin, Benjamin Chavaillaz n'hésite désormais plus à imiter Ryan Gunderson et à se projeter vers l'avant. Une initiative qui a été couronnée de succès notamment contre Zoug pour son premier but de la saison.

La différence majeure? Le jeu au centre de la glace. Auparavant, Fribourg-Gottéron usait (et abusait) des bandes. «J'avais l'impression de toujours être appuyé contre la balustrade, a souri Viktor Stalberg. Depuis, on a l'occasion de prendre d'autres chemins.» Un constat que valide Christian Dubé: «Il y a trois options pour attaquer. Les deux ailes et le centre. Cela permet aux joueurs offensifs d'avoir plus de place pour évoluer.» Pour l'heure, avec un certain succès.

Grégory Beaud

Créé: 02.12.2019, 13h19

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.