Samedi 16 novembre 2019 | Dernière mise à jour 02:18

Hockey sur glace L'entraînement «à la carte» bientôt la norme?

Les fastidieuses préparations en équipe se démodent. La nouvelle génération aspire à plus de liberté avec des entraînements individuels. Reportage.

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Sur les bords du Léman, à Lausanne, un groupe de cinq joueurs de hockey sur glace sue à grosses gouttes. Aux pyramides de Vidy, les patineurs effectuent des sprints en côte sous la direction de Julian Calefato, préparateur physique mandaté spécialement pour eux. Non loin de là, un groupe d'enfants est en pleine ingestion de chips. «On peut courir avec vous», braillent-ils? Flanqués des gamins, le quintet poursuit inlassablement ses aller-retours.

Et dire qu'une heure plus tôt ils étaient dans la salle de musculation à soulever des quintaux de fonte. «Nous faisons le programme dans cet ordre, car il serait dangereux pour eux d'être exténués par les exercices de cardio au moment d'effectuer le renforcement musculaire», nous confie le coach. Et l'homme sait de quoi il parle. Le Sud-Africain, détenteur d'un master en science et physiothérapie, est actif dans le domaine du sport depuis une quinzaine d'années. Les cinq joueurs à souffrir sous ses ordres sont Damien Riat (Bienne), Arnaud Riat (GE Servette), Valentin Pilet (Ajoie), Makai Holdener (Chaux-de-Fonds) et Joel Wüthrich (Lyss). Les cinq hommes ne s'entraînent pas avec leurs équipes respectives mais en petit groupe. «Même si j'adore mes coéquipiers, cela fait du bien de voir d'autres têtes», souffle l'Aigle Arnaud Riat.

Moins de blessure

Au-delà de l'aspect psychologique, Julian Calefato est convaincu de sa méthode. «Cela fait désormais une dizaine d'années que je prépare un joueur comme Damien Riat, détaille-t-il. Avec l'expérience, nous avons mis sur pied un programme de développement athlétique à long terme.» Force est de constater que la longévité de l'ailier du HC Bienne plaide en sa faveur. Lors des quatre saisons disputées en première division suisse, il a joué respectivement 45, 46, 48 et 48 matches sur 50. «Cela va de soi qu'une commotion ne peut pas être anticipée, poursuit le préparateur. Par contre, je constate une diminution des blessures bénignes telles que les adducteurs qui sifflent d'environ 30%.»

S'il est persuadé que sa méthode est bonne, le Sud-Africain doit encore convaincre les clubs. «Ce n'est pas forcément évident, remarque Arnaud Riat. Mais GE Servette a vu avec mon frère (ndlr Damien) que les résultats étaient bons. Alors ils me font confiance.» Dans la structure mise en place par Platform International, l'agence qui représente tous ces joueurs, un élément n'a pas été autorisé à faire bande à part. Il était présent les autres années. Preuve que tout le monde n'est pas encore convaincu. Toujours est-il que Julian Calefato constate que le hockey suisse doit prendre cette direction s'il veut évoluer: «Lorsque je vois les moyens à disposition, je me dis que nous devrions être capables de faire bien mieux, soupire-t-il. Mais il y a une vraie évolution. Le fait que ces joueurs puissent travailler à l'écart du groupe est un signal très positif.»

Cela nous aide même

S'il est un entraîneur avec qui il n'a pas fallu négocier bien longtemps, c'est Gary Sheehan. Coach d'Ajoie, le Canado-Suisse a bien volontiers laissé Valentin Pilet faire bande à part. «Pour une formation de Swiss League, cela nous aide même, remarque-t-il. Comme nous ne payons pas les joueurs sur 12 mois, nous ne pouvons pas exiger d'eux une présence quotidienne pour les entraînements. Les gars vivant sur place ont un programme à suivre avec notamment du cross-fit, mais je ne peux pas demander à quelqu'un d'effectuer deux heures de voiture pour faire du cross-fit, quand même.»

L'expérience de Julian Calefato a terminé de convaincre Gary Sheehan, si besoin était. «Ses résultats sont bons, apprécie l'entraîneur ajoulot. Pour travailler avec lui, les joueurs acceptent de mettre un peu d'argent de leur poche. C'est aussi une preuve de leur motivation. De mon côté je n'y vois que du positif.» Un suivi est-il mis en place pour s'assurer de la bonne évolution de cette préparation? Surtout pas! «Si un joueur me dit qu'il va travailler tout seul, car il sait ce dont il a besoin, je serais obligé d'émettre des réserves. Mais pas dans ce cas. Là, c'est quelque chose de très solide qui est mis en place. Valentin vient parfois nous rendre visite pour passer du temps avec le groupe et ne pas débarquer dans le vestiaire au mois d'août pour le retour sur la glace. Mais pour le reste, nous avons une totale confiance.»

Est-ce à dire que, petit à petit, la préparation individualisée fait sa place dans les mœurs? C'est plus que possible.

Créé: 19.06.2019, 10h46

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