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Hockey sur glace Débat: faut-il augmenter le nombre d'étrangers en National League?

Longtemps éteint, le sujet retrouve de la vigueur au sein de plusieurs clubs suisses. Deux de nos experts en débattent.

Roman Cervenka (Zurich Lions).

Roman Cervenka (Zurich Lions). Image: Keystone

Cyrill Pasche

Emmanuel Favre

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Les salaires continuent de prendre l’ascenseur dans le hockey suisse et certains clubs semblent très favorables à une augmentation du nombre de joueurs étrangers. Leur argument: une augmentation du nombre d’étrangers - six au lieu des quatre autorisés actuellement par exemple - permettrait d’éviter de surpayer certains joueurs suisses, notamment les seconds couteaux.


CYRILL PASCHE: NON

Cela ne profiterait qu'aux riches

L’augmentation du nombre d’étrangers serait une erreur et ne permettrait pas, à moyen ou long terme, aux clubs de maîtriser leurs coûts. Une telle mesure aurait pour conséquence de creuser encore davantage le fossé entre les clubs «riches» et ceux qui disposent de moyens financiers plus modestes. Le CP Berne, les ZSC Lions ou le HC Lugano, pour ne citer que ces trois exemples, disposeront toujours de davantage d’arguments financiers que GE Servette, Ambri ou FR Gottéron lorsqu’il sera question d’ajouter deux renforts étrangers à leur contingent.

La conséquence la plus grave d’une augmentation de licences attribuées à des étrangers toucherait toutefois la relève: des portes se fermeront sous le nez des jeunes talents, qui souvent peinent déjà à se tailler une place dans l’alignement de l’équipe pro.

Pour maîtriser leurs coûts et éviter de surpayer des joueurs de soutien, les clubs doivent miser sur leurs propres juniors et surtout leur faire confiance. Un exemple: le CP Berne, qui par l’entremise de son CEO Marc Lüthi, fait partie des clubs outrés par l’explosion des salaires offerts aux joueurs Suisses, n’a-t-il pas laissé filer plusieurs juniors formés au club - Marco Müller (Ambri) et Samuel Kreis (Bienne) la saison dernière, Luca Hischier et Dario Meyer partis à Davos cette saison) pour finalement les remplacer par des joueurs plus vieux, plus chers et pas spécialement meilleurs (Matthias Bieber, Daniele Grassi, Gregory Sciaroni)?


EMMANUEL FAVRE: OUI

Les Suisses n’ont pas de concurrence

De tous les sportifs suisses, les hockeyeurs de National League (NL) titulaires d’un Passeport à croix blanche sont ceux qui souffrent le moins de la notion de concurrence. Au moins trois raisons l’expliquent.

D’abord, dans une catégorie de jeu qui demeure l’une des meilleures en Europe (après la KHL), le réservoir des joueurs nationaux susceptibles d’y assumer un rôle est étroit. Si tel n’était pas le cas, bien plus d’individualités de Swiss League obtiendraient une place à l’étage supérieure lors du mercato.

Ensuite, de nombreux jeunes hockeyeurs de talent tentent d’imiter la trajectoire de leurs compatriotes qui se distinguent aujourd’hui en NHL (Hischier, Niederreiter, Bärtschi, Meier, Fiala, Müller, etc.) et s’installent en Amérique du Nord avant d’obtenir leur permis de conduire. A l’aube de la nouvelle saison, Valentin Nussbaumer (Shawinigan), Philipp Kurashev (Québec) Nando Eggenberger (Oshawa), Simon LeCoultre (Moncton) et d’autres seraient assurément des candidats à un poste régulier au sein de l’une des formations de NL.

Enfin, les joueurs suisses sont protégés par un «gentlemen agreement» adopté par la majorité des clubs. A l’ère de la libre circulation des travailleurs, les dirigeants ont choisi de limiter le nombre de postes (quatre) et de licences (huit) dévolus aux étrangers. Aujourd’hui, il ne serait pas sot d’adapter le dernier point à la réalité 2018 de notre hockey. Une réalité qui est toute simple: dans ce business, les hockeyeurs suisses ne tiennent pas seulement la canne. Ils tiennent aussi le stylo.

Dans un environnement où, on l’a dit, la concurrence est quasi inexistante, les directeurs généraux et sportifs accordent des salaires démesurés à des joueurs d’utilité. Des gars qui remplissent un maillot et qui influent rarement le cours d’un match, mais dont le club a besoin pour assumer certaines tâches pendant que les cadors soufflent sur le banc.

Pour modifier les règles du jeu et reprendre le contrôle de leur business, les hommes de bureau seraient bien inspirés de faire passer le nombre d’étrangers autorisés à griffer la glace de quatre à six.

Ils trouveraient aisément des Allemands, des Slovaques ou des Français prêts à accepter des pactes à hauteur de 80'000 francs par saison pour évoluer sur un troisième ou quatrième trio.

Ils ne porteraient pas atteinte au niveau du jeu. Et ils sortiraient les Suisses soucieux de perdre certains de leurs privilèges de leur zone de confort.

Créé: 05.09.2018, 13h39

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