Jeudi 21 novembre 2019 | Dernière mise à jour 19:54

Hockey sur glace Gérald Métroz, l’homme aux 1000 vies

Durant 30 ans, le Valaisan a été l’agent de joueurs le plus puissant du hockey suisse. Aujourd’hui, il raconte sa vie vue de son fauteuil roulant dans un livre qui sort ce vendredi.

Dans sa nouvelle vie, Gérald Métroz a réalisé son rêve d’enregistrer un album, qui sortira début 2020.

Dans sa nouvelle vie, Gérald Métroz a réalisé son rêve d’enregistrer un album, qui sortira début 2020. Image: Sedrik Nemeth

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Durant trente ans, mains gantées, crâne à la Kojak couvert d’un chapeau noir, Gérald Métroz (57 ans) a slalomé dans les foules des patinoires sur son fauteuil roulant. Il avait ses repères et était aisément identifiable. Toujours installé à la même place, oreillette et micro branchés sur son téléphone intelligent, il avait la faculté de disséquer l’action tout en enchaînant les conversations en français, en anglais et en allemand. Le match terminé, il se positionnait à proximité de la sortie des vestiaires où des joueurs le rejoignaient pour parler du match, des affaires et de la vie.

En 1989, le journaliste valaisan était devenu le premier agent de joueurs et d’entraîneurs de l’histoire du hockey suisse. Il rentrait du Canada où il s’était imprégné de la culture du berceau du hockey et où il avait rédigé son troisième livre («Au cœur du hockey», Éditions Compton).

Un soir, alors qu’il assiste à un match de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, il se retrouve à côté de Bob Perno, le représentant de Wayne Gretzky, le meilleur joueur de tous les temps. Les deux hommes jasent et, dans l’échange, le Nord-Américain formule une question qui changera le cours de l’existence de Gérald Métroz: «Y a beaucoup d’agents en Suisse?» Une ampoule s’allume sur la tête du jeune homme de Sembrancher, qui avait perdu l’usage de ses jambes à 2 ans et demi après être tombé sur les rails au mauvais moment. «Aucun. Pour l’instant…» Quand il songe à cet épisode, il se remémore une phrase de l’essayiste français Pascal Bruckner qui a rythmé son parcours de vie: «La chance est toujours un choix, le pari d’attraper la main tendue par le hasard.»

De retour au pays, Métroz mijote son projet et déniche dans son cercle d’amis son premier client, l’attaquant de Martigny Thierry Moret. Le bouche à oreille produit son petit effet. D’autres joueurs, qui ont parfois le sentiment de ne pas être considérés à leur juste valeur lorsqu’ils parlent de contrat avec leur président, sollicitent les services de cet ancien rédacteur du «Nouvelliste» qui réalise rapidement s’être aventuré sur un chemin à fort potentiel de croissance.

Alors qu’il tisse sa toile le jour, il gagne réellement sa vie la nuit, où, toutes les heures, il glisse quelques nouvelles dans les «Infos piles» de la Radio Suisse Romande. Mais on décèle peu de passions dans ses interventions. La voix rocailleuse de quelqu’un qui semble avoir ouvert les yeux trois minutes avant la prise d’antenne, il lit les dernières dépêches envoyées par l’Agence France-Presse. À une occasion, on s’était même étranglé en entendant les résultats du passionnant championnat hongrois de handball féminin.

Sphères intimes et discrétion

Comme sa jeune entreprise prend de l’ampleur, il décide de couper le micro et, après quelques années, devient l’acteur le plus influent du hockey suisse, comme l’avait souligné le journaliste alémanique Klaus Zaugg dans son top 100 publié annuellement. En 30 ans, alors qu’il a cédé les parts de sa société à l’ancien défenseur Gaëtan Voisard en 2017, Gérald Métroz a défendu les intérêts de quelque 1500 joueurs, dont des dizaines d’internationaux suisses et de patineurs étrangers qui ont soulevé les foules.

Un long voyage qui l’a fait entrer dans la sphère intime de ses clients. «Le rôle de l’agent va bien au-delà de l’image dont le public s’en fait. Je n’étais pas seulement la personne qui négociait les contrats avec les directeurs sportifs des clubs: je connaissais tout de la vie de mes clients. Je vivais leurs bonheurs et leurs problèmes en direct. J’étais invité à leur mariage et le confident des soucis de couple, des maladies de leurs enfants, etc.» Il ne pouvait rien divulguer, mais défendait toujours ses ouailles confrontées à des pépins de vie lorsqu’il estimait que la critique devenait irrévérencieuse.

Plus «Super Mario» que «Fortnite»

Le job est énergivore et chronophage. Après les matches, à des heures indues, on avait à quelques occasions pu mesurer que Gérald Métroz se muait en opérateur d’un service clientèle. Dans leurs bus, les joueurs et les entraîneurs devaient attendre la fin de la conversation précédente pour pouvoir refaire le match avec leur représentant. «Mais ce n’est pas ce qui m’a incité à me retirer, explique-t-il. Un choc générationnel a agi comme détonateur. Je suis de l’époque «Super Mario», pas de celle de «Fortnite». Je n’étais plus vraiment à la page pour être le bon confident et la bonne oreille de joueurs qui ont 30 ou 40 ans de moins que moi.»

Durant son long cheminement, il lui est même arrivé d’être le conseiller d’un papa, puis celui de son fils, notamment avec les Fuchs et les Aeschlimann. «Et puis, dans le registre du business, il n’y avait plus vraiment d’adrénaline et de surprise. Avant même d’amorcer les négociations avec les clubs, je pouvais écrire sur un bout de papier les montants sur lesquels nous allions nous entendre.»

Chanter pour se consoler

Lundi dernier, on s’est entretenu pendant trois heures avec Gérald Métroz dans un café de Martigny. Durant ce laps de temps, le téléphone du désormais ex-agent n’a vibré que deux fois. Il y a quelques mois, le Valaisan aurait passé la moitié de la soirée à rassurer, stimuler ou enguirlander ses joueurs. «Il y a quand même de solides amitiés qui perdurent, glisse-t-il. Mais c’est normal que les gens passent à autre chose.» Comme lui est passé à autre chose.

D’abord à travers l’écriture de «La vie d’en bas», un ouvrage dans lequel l’homme qui avait pris part au tournoi de tennis des Jeux paralympiques d’Atlanta raconte la vie de l’angle d’une personne qui se déplace dans un fauteuil roulant. Il évoque notamment les regards et les préjugés auxquels il est confronté ainsi que l’exclusion et l’injustice auxquelles il a dû faire face. «Dans un chapitre, j’aborde mes années hockey. Vu d’en bas, j’ai parfois eu l’impression de ne pas y exister. Je peux vous garantir qu’il n’est pas simple de se frayer un chemin parmi les personnes amassées devant les entrées pour fumer une cigarette durant les pauses.» Il y a quelques années, il ne lui était pas possible de retirer de l’argent au bancomat. Mais le témoignage aborde aussi des facettes réjouissantes telles la naissance et l’entretien de solides amitiés.

Ensuite, parce qu’il s’est toujours défini comme un saltimbanque dans l’âme, à travers la chanson. Interprète et parolier, celui qui s’était toujours volontiers emparé du micro lors des soirées karaoké, et qui passe ses après-midi à travailler sa voix avec une professionnelle, a concrétisé une envie qui l’habitait depuis plus d’une décennie: enregistrer un album. «On», dont il est parolier et interprète, sortira le 15 janvier 2020 et un premier concert est programmé à l’Alambic de Martigny le 9 février. «On chante pour se consoler», souffle-t-il. Il chante aussi pour se faire plaisir avec la furieuse envie de partager cette passion avec le public.

Emmanuel Favre, Martigny

«La vie d’en bas», Empiric Vision, 163 p. Sortie en librairies ce vendredi 8 novembre.

Créé: 08.11.2019, 10h17

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