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Hockey sur glace Markus Boesiger, l’homme qui flirte avec les Russes

Markus Boesiger, le businessman qui se cache derrière le projet des «Helvetics» – un club suisse aligné dans la prestigieuse KHL – a appris ses métiers sur les circuits. Portrait d’un touche-à-tout au caractère bien forgé.

La KHL, une réelle menace

La KHL, la ligue professionnelle russe, rêve depuis des années d’élargir ses frontières. Des projets ont été plus ou moins avancés en Italie, en Allemagne, en Suède et en République tchèque (la Biélorussie, la Lettonie, le Kazakh-stan et la Slovaquie y sont déjà représentés). Pourquoi la Suisse? Premièrement parce que le géant du gaz russe, Gazprom, le principal bailleur de fonds de la KHL, veut créer une filiale dans notre pays (des bureaux existent déjà à Zoug); ensuite, parce qu’il est très difficile de trouver, en Europe, une patinoire qui n’abrite pas déjà un ou deux clubs. Sauf à Huttwil, où Markus Boesiger peut accueillir demain une série de matches, s’il le désire.

Si l’opération va à son terme, pour le début de la saison 2014-2015, elle aura des conséquences directes sur le hockey suisse, parce que les salaires proposés en KHL n’ont aucun rapport avec ceux qui sont appliqués en LNA. Et les joueurs qui rechignent encore à aller s’installer à Magnitogorsk, même si c’est pour multiplier par dix leurs revenus, auront moins de scrupules à venir à Huttwil, au centre longitudinal du pays.

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«Boesiger? Il est la réponse emmentaloise à Christian Constantin»: notre informateur, proche du dossier, a le sens des formules. Celui, aussi, d’une froide analyse: de Roggwil, où son empire est né, à ses bureaux de Langenthal, en passant par le Centre sportif d’Huttwil, Markus Boesiger, 54 ans, ne laisse personne insensible. On l’adore ou on le hait, on sait surtout qu’avec lui aucun obstacle n’est considéré comme infranchissable. Et tant pis si, au passage, il doit bousculer les habitudes, renverser quelques politiciens trop sûrs de leurs faits. Ou faire fondre la glace de la patinoire d’Huttwil. Quand ce n’est pas mettre à la porte un client comme la Fédération suisse de football.

La Russie en Haute-Argovie?

Depuis une semaine, Markus Boesiger est l’homme qui est derrière un projet fou: la présence possible, dès la saison 2014-2015, d’un club professionnel suisse dans la prestigieuse KHL russe, en importance la deuxième ligue du monde derrière la NHL. Quelle est l’histoire de ce personnage d’un abord extérieur bourru, mais doté d’un immense cœur? Elle commence les mains dans le cambouis, mais l’esprit déjà focalisé sur les idées nouvelles, sur ces paris que les bien-pensants considèrent perdus d’avance.

On est dans les années 1990. A Berthoud, à quelques encablures du premier atelier de Markus Boesiger, une équipe de jeunes ingénieurs a développé un moteur 250 cm3 turbo: c’est le premier pas vers les courses motocyclistes d’une entreprise qui sera bientôt connue sous le nom de Swissauto. Reste à trouver un pilote qui accepte de prendre les risques – sportifs, mais aussi les risques au sens premier du terme, puisque ce moteur est pour le moins capricieux – de l’aligner en compétition: Markus Boesiger, qui s’intéresse aux side-cars de course, sera cet homme. On le découvre ainsi sur les circuits, plutôt renfermé, parce qu’encore timide; parallèlement, il a une première idée de génie en implantant à Roggwil un centre spécialisé dans la vente et le montage de pneumatiques pour automobiles, mais aussi pour les engins les plus improbables. Les garagistes voisins ont beau rogner sur leurs marges, il leur est impossible de concurrencer ce nouveau spécialiste, qui commande les enveloppes par milliers quand ses concurrents le font par dizaines. Un empire est né.

Le side-car assis

Sur les circuits, le moteur 250 cm3 fait plus de flammes que d’étincelles; le projet est bientôt mis au rancart, Boesiger poursuit sa carrière en Mondial de side-cars avec plus ou moins de réussite. A la retraite du roi Rolf Biland, il a compris que la discipline va sombrer et il monte une fois encore aux barricades, en proposant un side-car dans lequel le pilote est assis: «La position normale du side-cariste, posé sur ses genoux et ses bras appuyés sur son guidon, est totalement contre nature. Avec un pilote assis, on pourrait convaincre de jeunes gars venant du karting de faire le pas, pour redynamiser le peloton.» Il n’est pas écouté par le pouvoir sportif. Battu par la tradition? Peut-être, mais pas abattu. Rapidement, notre homme qui jongle désormais entre plusieurs garages et qui investit toujours plus dans l’immobilier se lance dans un nouveau défi: les courses de camions, de plus en plus populaires, très spectaculaires. En 2007, il devient champion d’Europe. Depuis, il est régulièrement classé aux avant-postes.

Du HC Napf aux Huttwil Falcons

Parallèlement à ses activités sur les circuits, Markus Boesiger continue de flairer les bons coups. Quand le Centre sportif national d’Huttwil fait faillite, en 2008, il en devient le nouveau propriétaire. Le HC Napf est immédiatement rebaptisé Huttwil Falcons, l’équipe est renforcée et va bientôt gagner le championnat amateur; las, pour une sordide affaire de dossier déposé hors délais, la promotion en LNB est refusée. Rira bien qui rira le dernier. Propriétaire des lieux, Boesiger en fait ce dont il a envie, provoquant l’ire des autorités locales. Ainsi, l’Association suisse de foot, cliente d’Huttwil pour son centre de formation du football féminin, a régulièrement du retard dans le paiement de ses locations; on ne discute pas, à la fin du contrat, les jeunes filles et le staff technique sont priés de quitter les lieux dans l’heure. «C’est un nouveau style de gestion, reprend notre informateur. Pourquoi maintenir pendant quatre mois de la glace, alors que seul trois ou quatre gamins viennent patiner dans la journée? Boesiger réfléchit différemment: il fait fonctionner ses installations lorsque la demande est là, pour un événement particulier. Ainsi, il diminue nettement ses charges.»

Désormais, il est l’homme qui flirte avec les Russes. Il est surtout celui qui vient de mettre le feu dans la maison hockey sur glace. ()

Créé: 27.12.2011, 11h09

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