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Nos légendes On a retrouvé Jean Perron: il vend des pizzas!

Vainqueur de la Coupe Stanley en 1986 à la tête des Canadiens de Montréal, il avait coaché GE Servette...

Jean Perron coache aujourd'hui son restaurant à Chandler, au Québec.

Jean Perron coache aujourd'hui son restaurant à Chandler, au Québec.

Flavien Conne: «C'était trop tôt pour Genève»



Devenu aujourd’hui entraîneur où il transmet son expérience aux jeunes hockeyeurs tessinois, Flavien Conne n’a pas oublié Jean Perron, même si le Genevois n’avait que 17 ans à cette époque. «C’était un de mes premiers coach à Genève en LNB. Je me rappelle qu’il avait débarqué avec un énorme bagage. Genève était encore un petit club qui cherchait a nager avec un petit budget et à remonter. C’était bien avant Chris McSorley. Tout d’un coup, on était allés chercher ce Jean Perron qui avait remporté la Coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal en 1986. Alors vous imaginez bien le dépaysement pour lui qui était arrivé avec des expectatives qui n’étaient pas en adéquation avec ce que le club genevois pouvait lui offrir à l’époque. Il se trouvait dans une grande ville qui avait des moyens mais ce n’était pas le cas du club de hockey.»

Etant trop jeune, fils d’un des dirigeants qui avait fait venir le coach, Flavien Conne n’avait pas participé à la révolte des quinze joueurs réclamant la peau de l’entraîneur. «Je pense que Jean Perron était arrivé dix ans trop tôt pour Genève et le hockey suisse, estime l’ex-attaquant international, qui a fêté ses 40 ans le 1er avril. A cette époque, il y avait vraiment un écart entre le jeu de chez nous et le hockey nord américain. En plus, il ne faut pas oublier que nous étions en LNB et qu’il n’y avait pas le même soutien du public que maintenant. Il y avait un gros décalage avec ce que l’on pouvait lui offrir au niveau du management sur la glace. Il donnait des entraînements NHL où là-bas ce n’est pas le coach qui entraîne les joueurs, il se concentre sur la vidéo. Et certains joueurs n’avaient pas compris ça!»

Flavien Conne garde, lui, un excellent souvenir de Jean Perron. «C’était quelqu’un d’accueillant qui avait ses idées et à ce que je me souvienne, cela n’avait pas été une catastrophe avec lui. Or, comme je l’ai dit, à un moment donné, on a constaté qu’il n’était pas fait pour ce poste à cette période et les dirigeants n’ont pas pu faire autrement que d’écouter la quinzaine de joueurs qui se plaignaient.» C’est ainsi que Perron a été mis à la porte...

C.MA.

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Il était arrivé un beau matin de décembre avec une chaîne en or autour du cou et une somptueuse chevalière au doigt; qu'il ne quitte jamais. C’était il y a vingt-trois ans et ce jour-là, à Cointrin, c’était une véritable légende qui débarquait de Montréal. Comme si une étoile était tombée du ciel. Son nom: Jean Perron.

Ce Québécois de 51 ans, qui avait remporté la Coupe Stanley avec les Canadiens onze ans plus tôt, était attendu comme le loup blanc ou plutôt un Messie par les dirigeants de GE Servette. Le club des Vernets, qui traînait alors en queue de classement de LNB, avait besoin de lui, de ses mots, de son expérience, de son aura, pour sortir de la zone rouge. L’oeil pétillant et le verbe chantant, cet homme chaleureux et volubile, n’a pas tardé à convaincre son auditoire.

A peine avait-il posé le pied sur le sol genevois, qu’il se présentait à la patinoire devant ses joueurs, pour leur expliquer qu’il fallait «oublier le passé» et qu’ensemble ils allaient «remonter une forte côte». Le soir même, sa nouvelle équipe, emmenée par Yannick Dubé, Claude Verret et Joël Aeschlimann, s’imposait 8 à 1 contre Bienne. Il restera droit comme un «i» devant son banc, sans piper mot, juste pour observer. Il inspirait le respect. «J’aime bien me mettre dans la peau des joueurs», se contentera-t-il de dire, une fois le récital de ses garçons achevé. Même le trou qui s’était creusé sur la glace se bouchera en cours de partie avec un peu d’azote. Le miracle était en route.

«En un mois, Perron a sorti GE Servette des soins intensifs qui a repris goût à la victoire», écrivait La Tribune de Genève alors que Le Matin parlait d'une métamorphose.

A ce moment-là, cet ancien enfant de chœur, qui avait été acclamé par un million de Montréalais en 1986, faisait, par son franc-parler et sa connaissance du hockey, l’unanimité aux Vernets. Mais comme dans toutes les belles histoires, cela n’allait pas durer. Un an plus tard, son message ne passait plus, il était prié de refaire ses valises pour le Canada, bye bye l'artiste.

Vice-président à l’époque, Laurent Strawson se souvient très bien de lui et de cette période. «Je me rappelle que les joueurs avaient fait grève. Quinze d’entre-eux, dont le capitaine Joël Aeschlimann, avaient demandé à voir le président Marco Torriani, à l’Hôtel du Rhône, dont il était le patron. Ils se plaignaient de ses entraînements, répétaient qu’ils ne comprenaient rien à ce que Jean Perron leur demandait, qu’il y avait un problème, que son message ne passait plus, raconte le président actuel. Jean Perron a évidemment répliqué, expliquant qu’il travaillait sur un aspect défensif, avant de montrer sa chevalière frappée du sceau des Canadiens de Montréal, pour lui rappeler qu’il avait gagné la Coupe Stanley, qu’il était le meilleur entraîneur que GE Servette n’avait jamais eu. Cela avait vraiment fâché M. Torriani qui était alors sorti de ses gonds.» Lui, si calme d'habitude...

Il sera remplacé le 15 décembre 1998 par Dan Daoust avant que ne se succèdent devant le banc François Huppé, Paul-André Cadieux et un certain Chris McSorley...

Des spécialités de Gaspesie

Vingt-deux ans plus tard, on a retrouvé Jean Perron, qui tient aujourd’hui une pizzeria à Chandler, où l’on prépare également de délicieuses spécialités gaspesiennes. «On fait aussi à l’emporter, explique-t-il au bout du fil entre deux livraisons. Pendant le confinement, le resto n’était pas ouvert, mais les gens venaient chercher leur nourriture chez nous.» La Loge à Perron est une adresse très prisée par les fans des hockey qui désirent le rencontrer mais aussi les amateurs de pizzas, d’hamburgers et d’ailes de poulet piquantes à la sauce d’érable, sa spécialité. «Nous avons des menus assez variés où la morue est également très populaire en Gaspesie et la poutine du Québec bien sûr, ça n’existe pas en Suisse!» C’est ici que Jean a rencontré son épouse, Carole, avec laquelle il s’occupe aussi du service au restaurant. «J'aimerais bien revenir voir les amis en Suisse, mais quand t’es dans la restauration, tu ne peux pas trop prendre congé. On ferme uniquement en janvier. Et là, on s’en va plutôt dans le sud pour se reposer ou jouer au golf!»

S’il a toujours les genoux qui grincent un peu, à 74 ans, Jean Perron est toujours très actif. Et le hockey reste encore sa passion. «Je vais même voir régulièrement les résultats de GE Servette sur les réseaux sociaux, avoue l’ex-druide des Vernets. Je trouve que Pat Emond, qui était mon adjoint à l’époque, fait du très bon travail avec Louis Matte qui était aussi à Genève lors de mon passage, se remémore le Québécois, qui ne garde aucune rancœur par rapport à son licenciement. On était en LNB et il y avait toutes sortes de problèmes financiers en ce temps-là. Dans la chambre (ndlr: le vestiaire), les joueurs ne parlaient d’ailleurs plus d’argent que de hockey, s’ils allaient être payés ou pas.»

Les souvenirs se bousculent dans sa tête. «Après avoir été analyste dans une radio, j’avais été appelé à San Francisco puis à Manitoba avant de recevoir une offre de Genève. Comme j’avais toujours voulu venir en Europe, c’était une belle opportunité. J’ai adoré mon séjour là-bas, tout comme mon expérience, un peu plus tard, en 2004, en Israël. C’était extraordinaire!» A Jérusalem, le Canadien a découvert une nouvelle culture. «Lors de ma première année, nous avions gagné une médaille de bronze aux Mondiaux juniors et de l’or avec les séniors dans le Groupe C, avant de se ramasser contre l’Allemagne et la France dans le Groupe B», sourit Jean Perron, qui finira par s’en aller, las de collaborer avec des Russes qui ne correspondaient pas à sa philosophie du hockey. Ce sera sa dernière apparition dans un costume de coach.

A la télé et à la radio

Or, avant de s’occuper exclusivement de son bistrot à Chandler, en 2016, l’ex-entraîneur des Nordiques de Québec et des Canadiens de Montréal, a pris encore «la foudre d'escampette» au micro d’une chaîne de télévision. Pour parler de hockey, forcément. Mais en y mettant sa patte, en inventant, à l’antenne, des expressions appelées les «Perronites» (lire ci-dessous) qui ont fait rire des millions de Canadiens. «Je faisais des pléonasmes, c’est vrai, sourit-il. Vous savez, on dit parfois des choses marrantes sans s’en rendre compte!»

Puis, un jour, il en a eu marre de répéter toujours les mêmes choses par rapport à ces Canadiens, qui ne gagnent plus la Coupe Stanley depuis 1993. Aujourd’hui, il préfère des petits mandats à la radio où il continue de s’amuser «sans se prendre au sérieux» entre deux poutines, une pizza et deux hamburgers. «Vous saluerez bien mes amis de Suisse, Pat Emond à Genève mais aussi le grand guérisseur de Fribourg, Denis Vipré, que j’avais connu lors d’un tournoi pe-wee, s’exclame cette véritable légende, qui vous servira toujours ses plats avec sa chaîne en or autour du cou et sa chevalière au doigt...

Christian Maillard


Ses Perronismes...

Voici les mémorables néologismes sportifs de Jean Perron. Le «perronisme» est une forme de dérapage verbal qui a acquis une grande notoriété à la télévision grâce à l'ex-coach de Ge/Servette, qui pratiquait ce «sport» avec beaucoup d'ardeur (d'où le nom).

Morceaux choisis:

Il a pris la foudre d'escampette.

Il y a loin de la soupe aux lièvres.

Je commence à avoir le feu aux poudres.

Ça se vend à la vitesse de l'équerre!

Ça se vend comme des p'tits ponchos!

C'est vraiment charrié par les cheveux.

Il devrait plutôt mettre du vin dans son verre.

Il ne faut pas remettre à plus tard ce qui appartient à César

Il est temps de mettre les points cédilles et les barres obliques.

On traversera la rivière quand on sera rendu au bout du tunnel.

On n'apprend pas à une vieille autruche à faire la grimace !

Je m'en suis rappelé hier comme si ça me serait arrivé demain.

Paris ne s'est pas construit en plein jour!

Il n'arrête pas de tourner autour du pot aux roses!

Ça lui passe comme 10 pieds par-dessus le dos d'un canard!

Je ne tournerai pas ma langue par quatre chemins.

Il ne faudrait pas se flatter les bretelles.

Il a vraiment besoin de redorer son plastron.

Un tiens vaut mieux que ce qui ne t'appartient pas

Il ne faudrait pas qu'il prenne sa lanterne pour le messie!

Il lui a remis la monnaie de son change.

Cette fois-ci, il sont accumulés au pied du mur.

Il ne faut pas tout prendre au pli de la lettre.

Ce joueur-là a vraiment les deux yeux dans la même bottine.

Un jour, il devra arrêter de déborder la chandelle par les deux bouts.

Ça ne prend vraiment pas la tête à Bobino.

Ça commence à sentir l'eau chaude.

Il se débat comme un chat dans l'eau bénite.

L'erreur est humide.

Il ne faudrait pas mettre la peau de l'ours devant la charrue.

Il a intérêt à marcher sur des gants blancs.

Des joueurs comme lui, ça pleut pas les rues. ( entendu à V )

Vous dormez en couleurs.

Les Russes sont durs à pénétrer...

Quand il était commentateur à la radio

Escusez,.. c'est bien intéressant, mais notre horloge se bouscule ici et on va aller à un autre écouteur.

... monsieur, mon opinion n'est pas d'accord avec vous mais je vous respecte!

... monsieur, si vous sachiez les choses que je suis au courant, vous diseriez pas la même opinion !

... écoutez monsieur, je sais dans quoi je parle

... j'imagine Pat(Burns) que tu dois sentir que tu as une épée de Guillaume Tell suspendue au-dessus de la tête ?

... il y a encore beaucoup trop de joueurs qui jouzent avec pas de casques !

Créé: 06.06.2020, 13h43

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