Samedi 4 avril 2020 | Dernière mise à jour 11:13

Hockey sur glace Cela s'est passé un 25 mars: le LHC battu mais grandi

Il y a six ans, Lausanne s'inclinait au 7e match des quarts de finale des play-off contre Zurich. Surtout, le néo-promu bouclait une saison historique en appelant d'autres.

Juha-Pekka Hytönen et le LHC étaient passés tout proche de l'exploit.

Juha-Pekka Hytönen et le LHC étaient passés tout proche de l'exploit. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’était le 25 mars 2014. Le Lausanne HC s’inclinait au septième match des quarts de finale des play-off face à Zurich. Au Hallenstadion et sur le plus petit des scores (1-0). Surtout, le néo-promu vaudois bouclait sa première saison depuis son retour dans l’élite en ayant poussé le futur champion de Suisse dans ses derniers retranchements. Au terme d’une série à l’image de son tour de qualification, où il avait soufflé la 8e place au grand CP Berne à force de bravoure, de travail, de discipline et de solidarité. Pour atteindre les play-off de Ligue nationale A pour la première fois de son histoire.

«En début de saison, c’était pourtant un peu l’inconnue, se souvient Benjamin Antonietti, déjà joueur du LHC à l’époque. Il avait notamment fallu intégrer deux nouveaux étrangers et un nouveau coach. Mais Heinz (ndlr: Ehlers) avait mis en place un système défensivement très structuré qui était sans doute la tactique la plus efficace pour notre équipe. Offensivement, on n’avait pas suffisamment de talent pour se permettre du spectacle. Et puis, l’objectif était de stabiliser l’équipe et le club en LNA. Cela en étant arrivé tard sur le marché des transferts et en ayant conservé une grande partie de l’effectif qui était le nôtre en LNB. Disons qu’on n’avait pas vraiment le choix de jouer comme on a joué, même si ce n’était pas beau à voir. Mais le truc, c’est que ce système, on l’appliquait tous à fond. Et que derrière, Cristo (ndlr: Huet) faisait le reste. A vrai dire, avec un tel gardien, on n’avait pas besoin de marquer beaucoup de buts pour gagner des matches.»

Cristobal Huet avait été élu gardien de l'année.

Avec 92,86% d’arrêts et la plus petite moyenne de buts encaissés par rencontre disputée dans la Ligue (2,06), le dernier rempart franco-suisse avait été le grand Monsieur de cette saison lausannoise 2013-2014. Lui préfère parler collectif, comme à son habitude. «On savait qu’on était moins forts que les autres, mais on avait un super groupe qui respectait les consignes de son coach à la lettre. Bon, il faut dire que mes coéquipiers n’avaient pas trop le choix», rigole Huet.

«On a tous eu l’impression qu’il nous détestait»

«Heinz avait parfois des mots durs, reprend Antonietti. Et je crois qu’on a tous eu, à un moment ou à un autre du championnat, l’impression qu’il nous détestait. Attention, on n’était pas persécutés! Mais disons qu’il était cash. Je pense que ça nous a forgés. Et que ça a renforcé notre solidarité. Chaque fois que quelqu’un passait un sale quart d’heure, il savait qu’il pouvait compter sur les autres, que ses coéquipiers comprenaient ce qu’il était en train de vivre, parce qu’ils avaient déjà vécu ça eux aussi. Au final, et cela peut paraître étonnant après ce que je viens de dire, je crois que j’ai rarement eu autant de plaisir que cette saison-là. Et j’étais loin d’être le seul.»

Le chaudron de Malley.

Ce n’est pas John Fust qui dira le contraire. «On était parvenus à créer une identité, une énergie, confirme l’entraîneur-assistant de l’époque. Et on sentait la ferveur de la ville, des supporters, excités de retrouver la Ligue nationale A. Les émotions étaient fortes, c’était l’ancien Malley, ça nous poussait vraiment, notamment en play-off.» Jusqu’à revenir dans ce quart de finale après avoir vu Zurich s’envoler (3-1 dans la série) un soir de claque à Malley (7-1). «Malgré cela, on est restés dans notre truc. Et puis, on n’avait rien à perdre, notre championnat était réussi. On savait aussi que Zurich n’aimait pas jouer contre nous. Et qu’on pouvait gagner au Hallenstadion puisqu’on l’avait fait lors du premier acte», explique Antonietti, double buteur à cette occasion. «Dont le premier but en play-off dans l’histoire du club, s’il vous plaît», se marre le No 46. Et quel but! «J’avais voulu faire une passe, le puck avait heurté le patin de Blindenbacher et était rentré dans la cage. Sur mon premier shift de la rencontre...»

Les adieux précipités

Dans la remontée lausannoise de ce quart de finale, un événement avait joué un rôle sous les casques des joueurs. «Dans les dernières minutes de la défaite 7-1 de l’acte IV à Malley, le public nous faisait ses adieux et nous remerciait pour la saison, se remémore Cristobal Huet. Les supporters étaient persuadés que c’était terminé. Qu’on perdrait le match V au Hallenstadion. Dans le vestiaire, après cette claque, on a parlé. Et on s’est dit qu’on allait offrir aux fans une rencontre de plus. On est partis à Zurich dans cette idée, on l’a fait, et je suis persuadé que ce qu’il s’est passé en fin d’acte IV nous a donné de l’influx.»

En fin de carrière, Alain Reist avait été salué et remercié après la défaite de l'acte IV, que les supporters lausannois avaient jugée fatidique. Mais leurs joueurs favoris reviendront une fois de plus à Malley quelques jours plus tard.

Assez pour revenir dans la folie de Malley, mais pas pour faire plier le Z au bout du compte. «Malgré le score (1-0), le match VII avait été dur, très dur, concède l’ancien gardien de NHL. Et au final tout s’était joué sur un rien.» Et si Lausanne avait fait le break en remportant l’acte II, au lieu de le laisser filer aux tirs aux buts après avoir concédé l’égalisation à 67 secondes de la sirène sur un tir de pénalité consécutif à un surnombre?

«Et puis j’ai vu la tête de Heinz…»

«Ah, ce fameux surnombre, soupire encore John Fust. Je m’en souviens très bien. En tant que responsable des défenseurs, mon premier réflexe a été de contrôler si c’était de ma faute. J’ai jeté un oeil sur le banc. Tous les défenseurs à part les deux sur la glace étaient là. Ouf. Et puis j’ai vu la tête de Heinz… Quelle histoire. A 2-0, la série aurait peut-être été différente. A part ça, je reste convaincu aujourd’hui que sur l’ensemble de ce quart de finale on méritait de passer.»

Heinz Ehlers dans ses oeuvres.

Lausanne avait dû se contenter d’une défaite des plus honorables. Mais cette saison-là, il a écrit les premières pages de son histoire moderne dans l’élite du hockey suisse. Une histoire bien plus ambitieuse que celle à laquelle il était cantonné jusque-là.

Jérôme Reynard

Créé: 25.03.2020, 12h41

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.