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Dopage La réanalyse contre la triche

Le CIO a demandé d’analyser à nouveau certains tests antidopage effectués lors des Jeux 2008 et 2012. Décryptage avec Martial Saugy, directeur du Laboratoire antidopage de Lausanne.

Martial Saugy, directeur du Laboratoire antidopage de Lausanne.

Martial Saugy, directeur du Laboratoire antidopage de Lausanne. Image: Keystone

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Dans un monde idéal, les athlètes dopés seraient pincés immédiatement après leur exploit, trahis par la couleur suspecte de leurs échantillons. Mais dans le monde que nous connaissons, ces mêmes athlètes ont souvent une longueur d’avance, et pas seulement sur leurs adversaires.

Pour les empêcher de sévir aux Jeux de Rio cet été, le Comité international olympique (CIO) vient de demander la réanalyse de certains échantillons des JO de 2008 et de 2012. Trente et un athlètes issus de douze pays et engagés dans six sports différents, il y a huit ans à Pékin, viennent d’être contrôlés positifs. Dans sa lutte, le CIO a procédé à 250 nouvelles analyses des échantillons de Londres 2012. Les résultats seront «publiés prochainement», annonce-t-il.

Devant l’efficacité des mesures, le CIO ne devrait-il pas entreprendre la réanalyse systématique de tous les échantillons dans les dix années qui suivent chaque compétition, puisque telle est la durée de conservation prévue par le nouveau Code mondial antidopage (la précédente était de huit ans)?

L’instance suprême de l’olympisme y répondra. Avant elle, Martial Saugy, directeur du Laboratoire antidopage de Lausanne, décrypte le processus de réanalyse des échantillons.

Qui décide quels échantillons réanalyser?

L’autorité antidopage, donc ici le CIO. Les prestations de réanalyses ne sont toutefois pas forcément demandées au laboratoire où sont contenus les échantillons. Ces derniers peuvent voyager d’un laboratoire à un autre. Ils doivent simplement être stockés dans de bonnes conditions, répondant à des standards internationaux.

Combien coûte une réanalyse, et qui paie?

C’est un montant négocié en fonction du nombre. Cela oscille entre 200 et 300 francs. Tout dépend des analyses spécifiques à faire. Parfois, c’est très ciblé. En réalité, ce n’est pas l’analyse seule qui coûte le plus cher. C’est toute l’organisation qu’elle requiert. Il faut déjà aller rechercher l’échantillon. Bref, il y a toute une logistique à mettre en place, et elle a un prix. L’autorité antidopage étant demandeuse, c’est elle qui paie pour chaque réanalyse.

Lors d’un nouveau test, cherche-t-on un produit spécifique ou soumet-on les échantillons à une analyse beaucoup plus large?

En général, on soumet l’échantillon à une analyse beaucoup plus large. Cela permet de trouver des produits qui n’étaient pas détectables à l’époque. Il y a de nouveaux métabolites, donc des produits de transformation que l’on peut détecter plus longtemps maintenant, avec les technologies dont nous disposons.

Combien de fois un échantillon est-il réutilisable?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Cela va dépendre du volume restant. En fonction de la décision de réanalyse, comme on recherche assez souvent un spectre assez large de substances, il est rare que l’on puisse réutiliser l’échantillon à plusieurs reprises une fois la première réanalyse effectuée. Ce serait possible, potentiellement, mais ça dépend du volume restant et de plusieurs circonstances. En général, pragmatiquement, il n’y a qu’une seule réanalyse.

Prélève-t-on toujours la même quantité de sang et d’urine lors des contrôles?

Oui. Il y a des normes: c’est 90 ml pour l’échantillon A, et 30 pour l’échantillon B. On en prend suffisamment pour avoir de la réserve dans le cas où il faudrait affiner des analyses. Cela nous permet de faire un screening complet. Cela dit, quand des analyses spéciales sont exigées, on demande naturellement un peu plus de volume.

Après combien de temps un échantillon est-il périmé?

Le Code mondial antidopage nous permet de conserver les échantillons durant dix ans, mais il s’agit là d’une notion juridique. En fait, tout dépendra de la substance. Mais pour la majorité d’entre elles, il n’y a pas de dégradation après dix ans de congélation. Cela signifie qu’on pourrait garder les tests plus longtemps, mais il faut bien s’arrêter à un certain moment… Quand on est passé de huit à dix ans, on savait qu’on ne risquait pas d’avoir une dégradation très importante en ajoutant ces deux années supplémentaires.

Où sont stockés tous ces échantillons?

Dans un espace loué par le CIO. Il s’agit d’une enceinte avec triple sécurité, gérée par le laboratoire de Lausanne. Il y a bien sûr des échantillons dans d’autres laboratoires, mais le CIO a décidé de centraliser les siens dans un seul et même espace. Il est de toute façon demandé à tous les laboratoires d’avoir une certaine capacité de stockage à long terme, puisqu’en dehors du CIO, avec le nouveau Code mondial antidopage, qui incite les Fédérations internationales à conserver les échantillons à long terme, il y a de la demande. Cela fait donc partie des prestations que doivent fournir les laboratoires aux Fédérations internationales et aux agences nationales.

Créé: 19.05.2016, 06h47

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