Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 09:39

Ski alpin «En Autriche, cette débâcle est un choc»

Le ski autrichien termine une des pires saisons de son histoire: aucun globe, et même pas le classement des nations. Un journaliste spécialisé raconte.

Le drapeau autrichien n'a pas souvent été hissé haut durant la saison de ski alpin qui s'achève.

Le drapeau autrichien n'a pas souvent été hissé haut durant la saison de ski alpin qui s'achève. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L'annulation du Super-G de Kvitfjell, dimanche, a fait le bonheur de Mauro Caviezel et de la Suisse (un cinquième globe cette saison), mais aussi le désespoir de l'Autriche: elle tenait en Vincent Kriechmayer son ultime espoir de ramener un globe de cristal au pays. Ce ne sera pas le cas, pour la première fois depuis 25 ans, et pour 3 points seulement.

Pire: pour la première fois depuis 30 ans, le classement des nations ne sera vraisemblablement pas remporté par l'Autriche, mais bien par la Suisse: avec son total de 8732 points, contre 7694 pour l'Autriche, l'équipe helvétique ne peut plus être rejointe. Sauf si les Autrichiens réalisaient un triplé lors de chacune des cinq épreuves restantes (5 x 240 = 1200) et que les Suisses n'inscrivaient pas la moindre unité, ce qui leur permettrait de gommer leur retard de 1038 points. Reste que c'est du domaine de l'hautement improbable.

«On n'est pas habitués à rester les mains vides»

Journaliste spécialisé en ski alpin à la «Kronen Zeitung», plus grand quotidien du pays et sponsor principal de la Fédération autrichienne de ski (ÖSV), Georg Fraisl décrit cette débâcle comme «un choc» pour l'Autriche. «Il faut savoir que le ski est le sport No 1 chez nous, lance-t-il. Alors, ne rien gagner après trente ans de domination, cela nous fait quelque chose. Maintenant, la vie continue. Par rapport à l'expansion du coronavirus ou à ce qui se passe en Grèce, il faut relativiser les conséquences de cet échec. Mais tout de même, on n'est pas habitués à rester les mains vides au terme d'une saison.»

Sur son site internet, la «Kronen Zeitung» évoquait ce lundi la «grösste Pleite seit 25 Jahren», la «plus grosse débâcle depuis 25 ans». Avec un montage photo: à gauche, Caviezel triomphant après avoir remporté le globe de cristal de Super-G au nez et à la barbe de Kriechmayer; à droite, les légendes autrichiennes Stephan Eberharter et Michaela Dorfmeister, rayonnantes, leur globe à la main, après avoir remporté le classement général de la Coupe du monde en 2002.

Stephan Eberharter et Michaela Dorfmeister ont d'ailleurs été amenés à dire ce qu'ils pensaient de cette saison calamiteuse dans les colonnes de la «Kronen Zeitung».

«Ces dernières années, il n'y avait que Marcel Hirscher pour remporter les lauriers en Coupe du monde, écrit Eberharter. Alors, ce n'est pas forcément une surprise que l'Autriche ne ramène aucun globe ou ne remporte pas le classement des nations. C'est même presque normal que cela se produise de temps en temps. Mais, pour un pays qui se revendique nation No 1 du ski alpin, ce bilan est clairement insuffisant. La question qui se pose, c'est de savoir si nos athlètes sont vraiment prêts à tout donner et à se faire mal.»

Un avis corroboré par «Michi» Dorfmeister à propos des skieuses: «Nos filles ne sont véritablement entrées dans aucune course. Et, on doit bien l'avouer, elles ont trop souvent produit un ski qui n'était pas bon. À l'image d'une équipe comme celle d'Italie, qui s'est clairement améliorée autour de Federica Brignone ces dernières années, nous devons retrouver des bases, notamment en slalom géant, pour pouvoir faire des résultats en Super-G et en descente, où les tracés sont de plus en plus techniques.»

«Le président ne va pas démissionner»

Notre confrère Georg Fraisl essaie de tempérer les choses: «Hommes et dames confondus, on compte en ce moment 17 blessés. C'est beaucoup. Mais ce n'est pas une excuse. Il nous a manqué de la constance cette saison, celle qu'ont eue un Beat Feuz ou un Mauro Caviezel par exemple. Et puis, on ne remplace pas Marcel Hirscher comme ça. Un Hirscher ou un (Hermann) Maier, on n'en a pas chaque année, même chez nous!»

Le journaliste nuance aussi l'importance du classement des nations: «Si l'Autriche était en tête, comme chaque année depuis 1990, on n'en parlerait même pas. Mais comme la Suisse nous est passée devant, c'est devenu un grand sujet de discussion.»

À tel point que le président de la Fédération autrichienne, Peter Schröcksnadel, aurait dit à Urs Lehmann (le président de la Fédération suisse) qu'il démissionnerait si la Suisse passait devant l'Autriche (lire l'article par ailleurs). «Je suis au courant, rétorque Georg Fraisl. Cela date de l'année passée, et je crois que c'était à prendre comme un witz. Je ne pense pas que le président Schröcksnadel va se retirer. Il m'a affirmé très sérieusement qu'il ne voulait pas partir sur une année vide. Il va donc continuer une saison au moins.»

Et notre confrère ajoute une dernière chose: «Je crois qu'avant de se décider, Peter Schröcksnadel attend la désignation de la ville hôte des championnats du monde 2025. Si Saalbach devait être désignée, il pourrait rester en poste jusque là.»

Mais une station suisse cherche aussi à se voir attribuer ces Mondiaux: Crans-Montana. Gageons que si la station du Haut-Plateau devait battre la candidature autrichienne, en mai prochain lors du Congrès de la FIS en Thaïlande (Pattaya), la Coupe serait pleine pour le président autrichien.

Renaud Tschoumy

Créé: 09.03.2020, 20h12

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.