Mardi 20 février 2018 | Dernière mise à jour 19:36

JO 2018 Beat Feuz: «Mon pied gauche, c'est le métronome»

Beat Feuz, grandissime favori de la descente olympique, raconte comment il a développé son incroyable toucher de neige.

Image: Keystone

Notre journaliste Florian Müller et Beat Feuz. (Image: Dr)

Minibio

ORIGINE: Naissance à Schangnau (BE), le 11 février 1987 (30 ans).

PROFIL: Spécialiste de vitesse, 1,72 m pour 87 kg.

PALMARÈS: 30 podiums en Coupe du monde, dont dix victoires. Champion du monde de descente en 2017.

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Ne vous fiez pas à sa brioche, Beat Feuz est bien le meilleur descendeur du moment. Ses cinq podiums cette saison, dont trois victoires, en font le grand prétendant à l’or olympique dans la nuit de samedi à dimanche (3 h, heure suisse). En exclusivité pour «Le Matin», le Bernois a accepté de dévoiler les secrets de son ahurissant toucher de neige.

Question sensations, quel est votre type de neige favori?

La neige artificielle et agressive. C’est la neige où il faut faire preuve du plus de doigté, car elle est extrêmement réactive. Sur ce type de neige, c’est là où je suis le meilleur. On la trouve en Amérique du Nord ou à Saint-Moritz. C’est-à-dire dans des endroits, généralement en haute altitude, où le froid est particulièrement mordant.

Quelles sont ses caractéristiques?

Cette neige répond à la moindre impulsion. C’est là que la relation entre le skieur et le revêtement est la plus directe, la transmission d’informations entre la spatule et le corps ne souffre d’aucune interférence. Ça pose problème à pas mal de skieurs, notamment à ceux qui préfèrent la glace pure et simple, où le ski se dérobe volontiers.

Et si vous vous fiez au chronomètre, c’est aussi sur la neige agressive que vous êtes le plus rapide?

Pas forcément. Il m’est aussi arrivé de briller à Kitzbühel par exemple, où, du fait de la faible altitude, le revêtement est travaillé de manière à le rendre glacé. Mais, quand ça tape fort, ce n’est pas vraiment ce que je préfère.

Et ici, en Corée du Sud, c’est comment?

Statistiquement, il ne tombe que 30 cm de neige par année. Mais, par contre, il fait très froid. On a donc un revêtement assez proche de celui qu’on trouve en Amérique du Nord, avec beaucoup de neige artificielle agressive, ce que j’affectionne.

Lequel de vos deux pieds a le meilleur toucher de neige?

Le gauche, sans hésiter. Depuis que je me suis déchiré le tendon d’Achille de ce pied, il a compensé son manque de force par plus de sensations. C’est lui, le métronome: il décide de la pression que je peux mettre. Alors que le droit, qui est plus musclé et au bout de ma jambe forte, sert de garde-fou. Il est là pour récupérer ce que j’aurais mal estimé.

Le speaker de Val-d’Isère a une fois dit «Beat Feuz a des pieds aussi agiles que les mains d’un pianiste», en parlant de la subtilité de vos appuis. Vous savez jouer du piano avec vos orteils?

Non, et avec mes doigts non plus d’ailleurs, même si j’aimerais bien.

Est-ce que vous avez une agilité particulière au niveau des pieds?

Non, du moins pas que je sache. Je crois que ce n’est pas vraiment une question de pieds, mais plutôt de relation entre l’athlète et les skis. C’est quelque chose que j’ai dû développer, la faute à mes blessures. En fait, je n’avais pas le choix: si je voulais continuer ma carrière, alors je devais skier en sensation, et pas en force.

C’est une décision que vous avez prise ou est-ce que c’est venu naturellement?

Je crois que mon corps a de luimême pris cette décision. Mon style n’a pas changé radicalement. Qu’on s’entende: je n’ai jamais été un adepte de la force pure. Mais, au fur et à mesure des entraînements, le corps va naturellement se diriger vers ce qui le fait le moins souffrir. J’ai aussi un centre de gravité très bas, proche de la neige, ce qui m’aide à bien la sentir, à faire corps avec elle. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’on m’appelle le «Kugelblitz».

L’intuition a une part prépondérante dans votre manière de skier. Elle vient de la tête ou du ventre?

En tant que descendeur, on peut prévoir pas mal de choses concernant sa course. Mais, au final, toutes les prises de décision se font à l’instinct et sur le fait. Là, il faut faire confiance à ses tripes. C’est elles que j’écoute lorsqu’il s’agit d’improviser.

Tout va si vite durant une descente. Est-ce que vous avez le temps de réfléchir?

Pendant la descente, il m’arrive de cogiter par moments. De là à dire que je réfléchis… Vous savez, c’est marrant: sur le coup, tout va tellement vite que seul l’instant présent compte; si j’ai fait une erreur, elle est directement oubliée et je me concentre sur l’obstacle suivant. À l’arrivée, c’est la sensation d’ensemble qui prend le dessus: est-ce que c’était bien ou pas? J’oublie les détails. Ce n’est que lorsque je revois la course à la vidéo que je me rappelle des réflexions ponctuelles que je m’étais faites.

Il faut une énorme concentration et aussi beaucoup de relâchement pour skier à l’instinct. Comment trouver le juste équilibre entre les deux facettes?

Pour le coup, c’est difficile de mettre des mots sur ce processus. Ce qui est sûr, c’est que certains ont de la peine – mentalement – à trouver cet équilibre. Heureusement, ce n’est pas mon cas. Il faut être tendu et détendu à la fois. Tendu dedans, et détendu dehors. Ou le contraire. (Rires.) Il n’y a pas de recette miracle. Il faut trouver cette zone, au risque de courir après toute sa carrière.

Vous semblez l’un des plus heureux à skier, avant, pendant et après les courses. Et si c’était ça, la recette miracle?

C’est un privilège de pouvoir faire de sa passion son métier, je suis ravi que vous ressentiez mon bonheur. Vous savez, j’ai dû surmonter tellement de blessures qui ont entravé mon bonheur d’être sur la piste que, depuis, je regarde chaque jour qui se lève avec un regard différent. Au travers de ces épreuves, j’ai franchi un cap psychologique. Chaque course est une forme de bonus.

À vous regarder skier, tout a l’air facile. On se trompe?

Tant mieux si vous avez cette impression, ça veut dire que je ne suis pas le pire à voir skier d’un point de vue esthétique. Mais, de l’intérieur, chaque course est un combat. J’ai l’impression d’être très souvent à la limite, alors que, souvent, les gens me demandent si j’ai pris des risques. J’en déduis que mon style n’est pas le plus spectaculaire, ce qui ne l’empêche pas d’être efficace. (Sourire.)

Votre physique aussi – et je le dis avec beaucoup de respect – est particulier. Vous n’êtes ni le plus grand ni le plus fit. C’est que vous n’avez pas besoin de l’être?

Je tiens à préciser que votre remarque sur mon physique est subjective. OK, je n’ai pas de tablettes de chocolat, mais je peux vous assurer que je m’astreins au même entraînement foncier que les autres athlètes. Navré de ne pas correspondre à vos canons esthétiques.

Vous conviendrez tout de même que vous détonnez?

Je suis plutôt petit, oui. Et un descendeur de 70 kg n’a jamais rien gagné. Alors je dois compenser avec de la masse. Dans ma jeunesse, je l’admets, il y a eu quelques excès. Mais depuis trois saisons maintenant, notamment du fait de mes blessures, j’ai trouvé ma voie physiquement. (Le Matin)

Créé: 10.02.2018, 16h16

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Laurent Paganelli (55 ans) est depuis deux décennies la figure emblématique de Canal+ pour qui il officie en tant que consultant dans tous les stades de France.

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