Vendredi 22 juin 2018 | Dernière mise à jour 18:22

Ski alpin Didier Cuche découvre une vie sans l’omniprésence de la pression

La saison débute le week-end prochain à Sölden, cette fois sans le champion dans le portillon. Le retraité assure ne pas être nostalgique.

Même s’il reste proche du cirque blanc, Didier Cuche ne court plus après les résultats.

Même s’il reste proche du cirque blanc, Didier Cuche ne court plus après les résultats. Image: Dom Smaz / Rezo.ch

Son expérience au service de Beat Feuz

Mi-août, Didier Cuche a fait le voyage pour Ushuaia, terre d’accueil des skieurs en préparation estivale.

Mandaté par Head, il accompagnait Beat Feuz, recruté par la grande maison au terme de sa brillante saison 2011/12 (il a terminé 2e du classement général de la Coupe du monde, à seulement 2 points de Marcel Hirscher). «Ça m’a assez plus d’y retourner. De retrouver l’équipe, avoue-t-il. Mais cette fois avec un autre devoir. J’étais avec Beat pour essayer de lui transmettre de l’expérience et l’aider au réglage de ses chaussures et au choix des skis. Et, bien qu’il ait dû rentrer en Suisse après seulement six jours (victime d’une contusion osseuse au genou), j’ai pu constater qu’il s’était très bien adapté à ce nouveau matériel, qu’il avait déjà une bonne maîtrise de ces nouveaux skis, dont ceux de géant où le règlement induit les changements les plus marqués.»

Le Neuchâtelois poursuit: «Difficile de dire si c’est de l’inné ou pas. Mais Beat a une faculté rare, une légèreté dans son approche des choses. Tu as l’impression que tout lui est assez facile. Certains lorsqu’ils changent de matériel se battent pendant une année, ou n’y arrivent pas du tout. Malgré sa blessure, je pense qu’il sera capable de faire de grandes performances. Peut-être pas toute la saison parce qu’il devra gérer les douleurs, mais il essaiera de faire au mieux pour les courses importantes. De se préserver parfois, puis de serrer les dents lorsqu’il le faudra. C’est à lui et aux coaches de fixer les priorités.»

Pour avoir beaucoup voyagé et discuté avec son jeune coéquipier bernois, Didier Cuche peut le définir comme «un bon gars». «La semaine d’avant encore, lors d’un entraînement avec le groupe de Coupe d’Europe, je lui ai dit: «Ne te gêne pas, si tu as des questions, si tu veux que je vienne donner un coup de main, dis le moi et je viendrai. Je remarque que je continue à faire ce que j’ai toujours aimé: aider les autres. Là, c’est un mandat avec Beat. Mais si un autre demandait quelque chose, il n’y aurait pas de souci.»

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C’est le tableau d’une saveur familière. «Arriver, retrouver les hôteliers – du grand-père à ces petits-enfants – qui nous accueillent chaque année, comme à la maison. Sentir l’automne, voir les montagnes blanchir et, en bas, l’herbe disparaître. Les feuilles sont tombées, les magnifiques tapis d’aiguilles de mélèzes se forment et, la veille de course, la séance de condition physique se fait dans ces bois.

Avec les potes on rigole, on est décontracté…» Didier Cuche dépeint Sölden, traditionnel point de départ de la longue transhumance hivernale et lieu d’une précieuse consécration. «Réussir à faire ma place, à prendre le départ de ce géant d’ouverture, puis monter sur le podium avec Dani (Albrecht), décrocher le globe de la discipline et finalement réussir à m’imposer à Sölden, ce fut atteindre l’excellent niveau technique auquel j’aspirais; je n’étais plus seulement un descendeur.» Skieuses, skieurs convergent vers le glacier autrichien depuis une dizaine de jours.

Le Neuchâtelois les rejoindra en fin de semaine. Mais dimanche, il ne poussera pas le premier portillon de cette nouvelle saison de Coupe du monde. «Sölden, c’est ce décor, cette ambiance, cet esprit. C’est pour ça que je me réjouis d’y remonter et parce que, désormais, je n’ai plus de pression. Je sais que je ne vais pas devoir me remettre en question si je fais une mauvaise course. Car je n’ai pas de course à disputer. L’ambiguïté c’est que je ne pourrai pas non plus me réjouir d’une course réussie.»

Pas de sensation de vide

Le champion ne craint pas ce premier révélateur flagrant de sa retraite. «Après Sölden, soit j’expliquerai que j’ai fondu en larmes parce que je n’étais pas au départ, soit que ça ne m’a fait ni chaud ni froid, soit que c’était sympa de vivre ça d’une autre manière. Avant de l’avoir vécu, je ne peux faire que des suppositions, mais sincèrement je ne pense pas que je vais mal le vivre. Bien sûr, j’aurais un pincement au cœur. C’est normal car jusqu’au printemps dernier, cela a été mon parcours de vie. Tout mon quotidien tournait là autour.»

Souffrir à l’entraînement, jouir de l’adrénaline de la compétition, et toujours chercher ses limites; sa nouvelle vie en est épargnée. Et Didier Cuche n’en ressent aucune nostalgie. «La grande différence c’est que désormais je n’ai plus cette pression constante, dès le réveil, de devoir chaque jour produire un effort, m’entraîner dans le but d’être meilleur que la veille. Il n’y a plus cet état d’esprit omniprésent de recherche de performance, de prise de risques. Et c’est plaisant.»

Mais effrayant, aussi, d’apprendre à vivre sans? «Non. Pour le moment je ne ressens pas de vide», assure-t-il. Avec son frère Alain, il avait soigneusement préparé «l’après». Et son quotidien s’organise désormais avec les «partenaires de qualité» pour lesquels il travaille. «Avec les nombreux événements sur lesquels Audi, Head, Ovomaltine, Corum et Kjus souhaitent ma présence, je n’ai pas le temps de ressentir un vide, l’agenda est bien rempli.» Et l’emmène encore régulièrement sur les pistes.

Pour accompagner des clients lors de journées de ski. Ou, mandaté par leur équipementier commun, pour conseiller Beat Feuz dans l’affinage de son matériel (voir encadré). Son partenariat automobile lui a également permis d’effectuer des cours d’instructeurs de pilotage. «J’en ai fait un en Autriche, et je viens d’en refaire un en Allemagne, sur le circuit F1 de Nürburgring.» Et de confier: «Si tout ne s’était pas aussi bien mis en place avec mes partenaires, peut-être que je me serai quand même posé la question: est-ce que je continue encore une saison? Mais finalement, toutes les conditions étaient réunies pour que je décide d’arrêter.»

Prêt à vibrer pour «les potes»

Acteur de certaines des plus belles scènes du cirque blanc, Didier Cuche inaugurera le week-end prochain son rôle de spectateur. «J’ai toujours apprécié regarder les courses. Soit lorsque je n’étais pas au départ, pour les slaloms ou les combinés, soit lorsque j’étais blessé. J’essayais de ne pas manquer une course tellement j’avais envie de voir ce spectacle. Les Def’, Janka, Feuz… ce sont des potes que je connais par cœur. Je sais ce qui se passe dans leur tête, comment ils réagissent suite à une bonne ou une contre performance. Et je pense qu’il est possible de compenser ce qui va manquer en vibrant pour eux à travers l’écran ou, de temps à autre, dans l’aire d’arrivée.»

Le Neuchâtelois n’est pourtant pas certain d’assister au géant messieurs dimanche à Sölden. «Ce serait cool d’être sur place. Mais aussi sympa de suivre la course tranquillement à la maison. Avec des amis, la famille. Tu regardes la première manche, après tu manges un bon repas, tu ouvres une bonne bouteille. Deuxième manche, l’après-midi tu vas faire une petite promenade. Et là, tu as consommé ta retraite (il rit).» (Le Matin)

Créé: 21.10.2012, 07h26

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