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Ski alpin Le planter du bâton: épisode 3

Tout au long de l’hiver, notre envoyé spécial vous emmène dans les coulisses du Cirque blanc.

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Puisque l’hiver s’est gentiment installé, il parait même qu’il va tomber des flocons «taille pizza» pendant le week-end, sonne donc l’heure de votre troisième épisode du «Planter du bâton».

Reminder: ici, pas question d’analyser une de ces fameuses «fautes sur le ski intérieur», encore moins de débattre sur l’agressivité prétendue de ces pauvres flocons de neige qui se sont contentés de faire leur boulot en tombant du ciel – il s’agira plutôt de flâner au gré des turpitudes existentielles, entre les réveils aux aurores et les après-ski au Jägermeister, pour vous livrer quelques-uns de ces petites échos qui dansent en chœur comme des cerfs-volants dans le vent pour faire frémir d'un ravissement sincère la grande caisse de résonance du Cirque blanc.

Amis poètes, après cette très longue phrase au rythme malgré tout parfaitement maîtrisé, cramponnez-vous à votre baguette bien cuite, on file à Val d’Isère.


1. La France

Ah, la France. Ses saucissons, ses fromages, ses pinards. Un pays superbe peuplé de gens éminemment sympathiques. Pareil à Val d’Isère: c’est joli et tout le monde est sympa. Enfin, pour ce qu’il reste de Français. Car dans les grandes stations hexagonales – du type Courchevel, Méribel, ou Val d’Isère, justement – les Anglais ont largement pris le pouvoir. C’est ainsi devenu la norme de se pointer dans un bar et d’avoir l’obligation de parler le «globish» pour se faire comprendre par le serveur. «L’ami, une pression s’il te plait», et l’homme vous regarde de travers. «A f*cking pint of beer, mate», et voilà que ses yeux s’éclairent. C’est déroutant, limite insupportable, mais pour une bière on est prêt à toutes les concessions.

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2. Les bronzés font du ski

A tout seigneur, tout honneur. Cette modeste chronique n’existerait pas sans «Les Bronzés font du ski». Et bien figurez-vous que c’est à Val d’Isère que fut tourné ce monument du cinéma d’auteur. Quelques enseignes rappellent la solennité du lieu, mais rien de plus. A notre goût, une présence plus marquée serait de bon aloi. Mais il parait que les deux entités, à savoir la mairie du coin et la troupe du Splendid, auraient été en froid durant tout le tournage. D’ailleurs le nom de la station n’est jamais évoqué dans le film. Histoire de réunir les espaces temps et de réconcilier les antagonismes, dans une forme de rite mystique interdimensionnel, j’ai décidé d’agir. Depuis la chambre de mon hôtel, j’ai balancé un scrabble par la fenêtre. Mais le gars qui se l’est pris sur le coin de la gueule n’a même pas pris la peine de me remercier. Tout fout le camp.


3. Les Jeux olympiques d’Albertville

C’est à Val d’Isère que se sont déroulés les épreuves de ski alpin durant les JO d’Albertville en 1992. Sur la route qui mène en Haute-Tarentaise, de nombreuses reliques guident encore les rares pèlerins. Aucun Suisse parmi ceux-là: page sombre de l’histoire olympique helvétique, avec une seule médaille - le bronze en combiné pour Steve Locher - les skieurs suisses avaient largement déçu. Ce qu’il reste de ces JO à Val d’Isère, c’est cette formidable face de Bellevarde. Précipice vertigineux qui permet aux spectateurs de voir les coureurs batailler pendant presque une minute sans avoir à se focaliser sur l’écran géant – une exception sur le Cirque blanc.

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Aujourd’hui, on n’y court plus que des épreuves techniques, mais pour l’occasion olympique Bernhard Russi avait façonné une piste de descente au cœur de la roche. Devant son public, le génial Franck Piccard, champion olympique en titre et à la ramasse jusque-là, ira chercher la médaille d’argent quatre ans après avoir décroché l’or. Comme un certain Bernhard Russi en 1972 et en 1976. Parfois, l’histoire toussote pour notre plus grand bonheur.


4. La nourriture à Val d’Isère

Comme généralement en France, on mange bien à Val d’Isère. On recommande un troquet nommé «La Luge» qui propose une tartiflette de derrière les (Didier Dé) fagots. Dieu que c’est bon, et en plus ça fait un fond idéal pour ensuite enchaîner les génépis sans sourciller - manger c’est tricher. Il faut par contre avertir le jeune candide: ne surtout pas commander de fondue en France, au risque de ravaler ses tripes.

Les gars n'ont rien compris au truc, même si certains autochtones osent encore prétendre avec un aplomb tout à fait détestable qu’ils sont historiquement à l’origine de cette invention hautement conviviale, et vous présenteront un caquelon scindé en deux couches: du gras pure et translucide sur le dessus, du fromage compact et indigeste sur le dessous. De quoi mieux comprendre pourquoi ce brave Marius n’avait pas hésité à pourrir le caquelon avec du fil dentaire. La bonne vanne.


5. La bosse à Collombin

Impossible de s’arrêter à Val d’Isère sans avoir une pensée pour l’immense Roland Collombin – rassurez-vous, il pète le feu. C’est ici que sa carrière s’arrêta brutalement, il y a pile 43 ans de cela. Une chute lors de l’entraînement à la descente sur la piste de la Daille, qui se situe sur l’autre versant de la face de Bellevarde, dont il pensait ne jamais se relever. «La chaise, je m’y voyais déjà», rit jaune aujourd’hui la Colombe, revenu de tout.

Il faut préciser que le Bagnard avait déjà chuté l’année précédente au même endroit, et qu’il effectuait en ce début de saison 1975-1976 son retour à la compétition après douze mois de pause forcée, déjà. Raison pour laquelle ce passage se nomme désormais la bosse à Collombin. Un honneur dont l’homme se serait bien passé. Si vous le croisez du côté de Martigny ou de Versegères, évitez de le lancer sur la question, il n’aime pas trop ressasser le passé. Reste que le tout aussi formidable Bertrand Duboux avait réussi à convaincre la Colombe de retourner sur les lieux du drame. C’était à la fin des années 1980.

(nxp)

Créé: 07.12.2018, 10h15

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