Jeudi 22 août 2019 | Dernière mise à jour 13:12

Ski alpin Le planter du bâton, épisode 5: Bienvenue au royaume des ivrognes

Tout au long de l’hiver, notre envoyé spécial vous emmène dans les coulisses du Cirque blanc.

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Maintenant que l’hiver s’est installé pour de bon, on a même vu des flocons justifier l’achat, le montage et l’équilibrage de pneus d’hiver en plaine, sonne donc l’heure de votre cinquième épisode du «Planter du bâton».

Reminder: ici, pas question d’analyser une de ces fameuses «fautes sur le ski intérieur», encore moins de débattre sur l’agressivité prétendue de ces pauvres flocons de neige qui se sont contentés de faire leur boulot en tombant du ciel – il s’agira plutôt de flâner au gré des turpitudes existentielles, entre les réveils aux aurores et les après-ski au Jägermeister, pour vous livrer quelques-uns de ces petites échos qui dansent en chœur comme des cerfs-volants dans le vent pour faire frémir d'un ravissement sincère la grande caisse de résonance du Cirque blanc.

Amis poètes, après cette très longue phrase au rythme malgré tout parfaitement maîtrisé, on se fait un fond histoire de bien tapisser les parois stomacales et on file à Adelboden pour un épisode très éthylique (chose promise, chose due).


1. Les ivrognes

Si vous êtes en quête de beaux spécimens de souillasses, pas besoin de chercher bien loin une fois que vous avez franchi les frontières de l’Oberland bernois. Il suffit de suivre le panneau Frutigen, puis de bifurquer direction Adelboden. Il fera encore nuit samedi matin qu’ils seront déjà au café fertig. Forcément, vu qu’ils commencent tôt, ils sont ronds tout aussi tôt. Sur la longueur du week-end, ils ne seront pleins qu’une fois, mais pour de bon.

(Image: Keystone)

Soyons honnête, Adelboden est une immense beuverie avant d’être une course de ski. Et si la plupart tiennent bon la barre, d’autres sombrent vite, dans un concert de circonvolutions éthyliques assez effrayantes pour le non-initié. Le pire, ce sont les ados. Vous en croiserez avec encore du lait derrière les oreilles mais déjà du Jägermeister plein la trogne. Tantôt étalés en travers de la route, dans un état limite comateux, tantôt dégueulant leurs tripes sur la neige – bonus esthétique pour les contrastes. A moins que ce soit le même gamin aux joues rouges, croisé lors de deux étapes bien distinctes mais néanmoins corollaires de son périple oberlandais.

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2. La chanson des ivrognes

Elle est diablement entêtante. C’est LA chanson du week-end quand on traîne ses guêtres à Adelboden. On parle évidemment de Vogellisi. Il est question d’une femme qui s’appelle Lisa et qui est toujours accompagnée d’un oiseau – c’est elle Vogel-lisi. Vogellisi vient d’Adelboden. Et Adelboden est dans l’Oberland bernois. Et l’Oberland bernois c’est joli. En somme, voilà pour le sens profond de cette chanson pas tout à fait paillarde.

Je vous recommande cette version – il existe des centaines de remix à toutes les sauces, du metal à la deep house – qui a pour elle les vertus de la sobriété: quand on est bon, pas besoin d’artifices.

Sinon celle-ci, moins couleurs locale, qui cartonne auprès des jeunes ivrognes du coin. C’est d’ailleurs cette version qui parviendra le plus régulièrement à vos tympans si vous passez à Adelboden ce week-end.

Vous l’avez sans doute déjà compris, cette chanson doit ses sommets de popularité parce qu’elle se beugle très facilement, même quand on ne comprend rien aux paroles – quoique sous influence on se sent vite pousser des ailes dans la maîtrise du bärndütsch. Un peu pareil qu’avec «Schatzi schenk mir ein Foto», une de mes préférées.

Mais on y reviendra dans un prochain épisode de votre chronique qui sera entièrement consacré aux chansons emblématiques du Cirque blanc. Patience.


3. Les astuces des ivrognes

L’ivrogne dans la fleur de l’âge est souvent sans le sou. Et vu les tarifs pratiqués dans l’aire d’arrivée, il doit souvent gruger pour arriver à son objectif - à savoir ne plus se voir les mains - sans entamer le compte épargne sensé payer ses études. Car oui, c’est surprenant, mais il y a des contrôles à l’entrée. Ainsi, on peut amener son jambon beurre, mais pas sa bouteille de vodka polonaise de chez Denner.

Heureusement pour les jeunes filous, ce sont des Bernois qui assurent la sécurité du site. Comprenez: ils ont le sens du travail scrupuleusement bien fait, mais ils mettent toujours un moment avant de percuter. On aura donc le temps de passer des bouteilles par-dessus, dessous, ou voire même à travers les sommaires barrières de protection qui délimitent le site sans que les cerbères aient le temps de se retourner. Un complice bien rôdé et l’affaire est réglée.

(Image: Keystone)

Sinon, il reste la technique ultratactique de picoler énormément avant d’entrer sur les lieux du drame. C’est assurément la solution de facilité, éprouvée par la sagesse séculaire, et la plus largement répandue parmi les aficionados des spatules. Pas folle la guêpe.

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3. Les occupations des ivrognes

L’ivrogne aime parler fort, se prendre pour le patron de la piste de danse et se battre avec ses congénères. Dans l’ordre. Toutes les conditions sont donc réunies pour qu’il trouve son bonheur à Adelboden. Ici, pas question de chuchoter - d’ailleurs est-il possible de chuchoter en suisse-allemand? – encore moins de respecter une forme de «gentleman agreement» sur la piste de danse. Quant au dernier point, à savoir en venir aux mains, il suffit de se rendre sous le chapiteau principal pour assister à la fête fédérale de la lutte à la chope, ou l’art de se battre sans renverser son verre (qui coûte cher).

(Image: Keystone)

Un des moments les plus fascinants dans l’observation des ivrognes, que tout ivrognologue a déjà pu étudier, consiste à les voir se rendre au bancomat. Logique, ils ont dépensé tout leur budget du week-end samedi à 11h55, le distributeur de liquide (l’autre) constitue alors un passage obligé. Généralement, l’ivrogne rechigne à faire la queue, trop pressé qu’il est par son ivrognerie. Là, entouré d’autres ivrognes, il doit se faire une raison. Une fois qu’il arrive face à la machine, il se trouve vite face à un dilemme cornélien: se départir de son verre pour libérer ses mains, au risque de perdre au passage quelques gouttes de son précieux breuvage, ou le garder coûte que coûte sous son aile, au risque de compliquer, voire compromettre, l’opération comptable. A chaque fois, un grand moment.

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4. Le retour des ivrognes

A Adelboden, surtout la nuit, il fait froid. Pas question de dormir à la belle étoile. Et puisque les hôtels sont tous chers et complets, l’ivrogne doit se résoudre à regagner son nid au crépuscule de son éthylisme. A ce moment précis, l’ivrogne ne répond plus de rien. Il est sur pilote automatique direction son pieu, question de vie ou de mort. Et bien souvent, il a tendance à se lover dans les bras de Morphée bien avant d’être arrivé à destination. Ce qui crée des situations parfois embarrassantes dans les transports en commun.

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Il n’est pas non plus rare de croiser des ivrognes, le sommeil aussi lourd que profond, s’adonner à leur impérieux besoin de récupération dans des positions souvent saugrenues.

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A Adelboden, on a ainsi vu cinq jeunes spécimens, la nuit à peine tombée, tenter de reprendre des forces ensemble, empilés de quinconce dans la même cabine des toilettes d’un restaurant. Une demi-heure plus tard, les cinq mêmes commandaient autant de Jägermeister au bar. Après l’effort, le réconfort.

Créé: 10.01.2019, 17h25


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