Samedi 30 mai 2020 | Dernière mise à jour 19:30

Automobilisme Commentaire: Salut, Sebastian, on t’aimait bien…

Le pilote allemand avait perdu la passion, estime notre spécialiste de la F1.

Sebastian Vettel, un champion de la vieille école.

Sebastian Vettel, un champion de la vieille école. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’annonce de la fin de la collaboration entre Ferrari et Sebastian Vettel vient confirmer, à sa mesure, ce que chacun craint en espérant se tromper: le virus va probablement changer le monde, un peu, voire beaucoup. Mais dans le milieu du sport automobile, il va sans doute entraîner des tsunamis. Fini le temps des budgets délirants et des jets privés. Et surtout, fini le temps des rêveurs de la trempe de Sebastian Vettel.

Quand il est arrivé en F1, l’Allemand n’avait pas vingt ans. A l’époque, il était vite devenu le plus jeune pilote à marquer des points, le plus jeune à signer une pole-position (record qu’il détient toujours), le plus jeune à remporter un Grand Prix (battu en 2016 par Max Verstappen), et le plus jeune à devenir champion du monde. Un vrai prodige.

Une étonnante maturité

A l’époque déjà, son étonnante maturité contrastait avec cette jeunesse insolente. Sebastien Vettel souriait tout le temps, heureux d’être là. Il débordait d’enthousiasme et d’énergie. Après avoir participé à son premier Grand Prix du Japon, en 2007, à 20 ans tout juste, il avait décidé de laisser tomber le minibus de son écurie, qui devait l’amener à Tokyo, pour gravir en courant le Mont Fuji jusqu’à son sommet, à 3776 mètres d’altitude, en quittant son hôtel à 5 heures du matin.

Cette furieuse joie de vivre, il l’a affichée tout au long de sa carrière… jusqu’en 2018. Alors que le monde devenait numérique, lui restait ancré dans l’analogique. Il a toujours refusé de tenir des comptes Facebook ou Twitter, comme ses collègues pilotes. Il ne comprenait pas la mode des selfies, et gardait sa vie jalousement privée, au point d’avoir caché son mariage avec sa fiancée de toujours, Hanna Prater.

Au fil des saisons, il a pris du recul, acheté une ferme en Thurgovie. Plus il mûrissait, plus il appréciait sa vie de famille.

Le coeur n'y était plus

En 2018, alors qu’il comptait huit points d’avance sur Lewis Hamilton avant le Grand Prix d’Allemagne, en juillet, il en avait 88 de retard sur le Britannique au moment de la conclusion de la saison. Il avait commis de nombreuses erreurs, parce que sa Ferrari était probablement alors la meilleure monoplace.

Et l’an dernier, confronté au talent fou de son nouvel équipier, Charles Leclerc, Sebastian Vettel a perdu pied, empilant boulettes et accrochages. Le coeur n’y était plus.

L’hiver passé aurait pu lui permettre de se reprendre. Mais le Grand Prix d’Australie venu, en mars, le quadruple champion du monde manquait toujours d’entrain. «Dans la vie, il faut savoir ce qui vous motive, y a-t-il déclaré, le jeudi, à des journalistes anglais. La chose la plus importante, c’est d’être heureux.»

Le jour même, avant que la décision d’annuler la course ait été prise, il quittait l’Australie sans prévenir, par le dernier vol du soir. Rien n’allait plus dans sa tête.

Une passion évaporée

Depuis, les Grands Prix s’annulant les uns après les autres, il a eu le temps de s’interroger. Sur sa vie. Sur ses envies. Il a eu le temps de chouchouter son petit troisième, un garçon né en novembre dernier. Que valent des tours de circuit face au sourire d’un enfant de six mois? « Pendant tout ce temps à la maison, j’ai pu réfléchir à mes vraies priorités, a-t-il déclaré mardi. Je veux adopter une nouvelle approche de ma vie et me consacrer à ce qui est vraiment important.»

A 32 ans, Sebastian Vettel aurait encore pu disputer bien des saisons, mais la passion n’y était plus. La Formule 1 nouvelle n’est décidément plus celle des rêveurs de sa trempe.

Salut donc, Sebastian. Tu représentais la vieille école. Rien que pour ça, on t’aimait bien.

Luc Domenjoz

Créé: 13.05.2020, 09h21

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.