Vendredi 6 décembre 2019 | Dernière mise à jour 04:31

Rallye Comment le Dakar s'est transformé en machine à fric

Le Dakar a perdu à tout jamais son esprit, mais son succès économique est florissant. Le rêve promis par les pionniers s’est définitivement transformé.

Le Chilien Daniel Gouet entouré de jolies fans, une image que l’on n’aurait jamais vue en Afrique.

Le Chilien Daniel Gouet entouré de jolies fans, une image que l’on n’aurait jamais vue en Afrique. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Thierry Sabine, homme mystique vêtu de blanc qui, tel le Sauveur, débarquait au milieu de nulle part pour apaiser les âmes (enfin, les pilotes) perdues, est mort il y a vingt-six ans. Avec le chanteur Daniel Balavoine. Avec le pilote de son hélicoptère, le Valaisan François-Xavier Bagnoud. Avec la journaliste Nathaly Odent. Et le technicien radio Jean-Paul Le Fur. «Il donnait l’impression d’être Dieu surveillant ses brebis du haut de son hélicoptère, allant chercher d’un coup de rotor celles qui s’étaient égarées», expliquait à l’époque l’une de ces pauvres bêtes prise dans une tempête de sable, au cœur du désert du Ténéré. C’était il y a longtemps, le Dakar, créé par ce Français qui avait lui-même failli mourir quelques années plus tôt, perdu dans le désert, avait son credo: «Un défi pour ceux qui partent. Du rêve pour ceux qui restent.»

L’Afrique vite oubliée

L’Europe plongée dans les frimas de janvier se réchauffait alors chaque soir au moment du «20?heures». Il était question d’aventures, de galères. D’exploits, de douleurs. D’accidents et de morts, déjà. Que reste-t-il de tout cela?

Un événement qui génère des millions, qui a été transporté en 2009 sur le continent sud-américain. Parce que l’Afrique ne garantissait plus la sécurité nécessaire à la caravane – l’édition 2008 avait été annulée à la veille du départ, suite à une série d’assassinats de ressortissants français en Mauritanie –, parce que, surtout, l’épreuve dans ce qu’elle était devenue ne correspondait plus à son terrain d’accueil originel.

L’Argentine, le Chili, le Pérou (une première, cette année), bientôt le Brésil, ont remplacé l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Sénégal; l’Afrique n’a plus droit à son coup de projecteur annuel, cette Amérique du Sud toujours plus ambitieuse au niveau économique, s’est offert un joli joujou promotionnel. La course est toujours un défi pour ceux qui partent, mais le rêve pour ceux qui restent se vit désormais via des chaînes spécialisées. Les directs sur TF1, les fins d’après-midi sur France 3, les débuts de soirée sur France 2, tout cela est fini: France Télévisions est toujours partenaire de l’événement, mais ce sont les antennes de la Quatre qui ont la priorité. Le «20?heures»? Oui, quand il y a un grave accident, comme ce fut le cas lors deux premières étapes. Depuis…

L’esprit n’y est plus

Pionnier helvétique de l’épreuve – en 1983, il se lance dans l’aventure avec une équipe KTM-Suisse formée également de Mirek Kubicek, d’Urbain Delacombaz, de Pascal Suardet et d’Yves Racine –, Jean-Jacques Loup ne reconnaît plus ce qu’il a tant aimé, tant haï aussi: «On a usurpé le nom du Dakar. L’autre jour, je m’amusais sur ma télécommande lorsque j’ai été surpris de découvrir, le long des premières épreuves de vitesse, de très jolies dames en bikini qui regardaient passer la course; eh bien, je peux vous assurer que des mirages comme ça, on ne les a jamais vus en Afrique.»

A l’époque, quand on parlait d’une rencontre, c’était celle d’un Touareg, homme bleu surgi d’entre les dunes: «Pas question de jouer les anciens combattants, mais l’esprit est totalement différent, le matériel à disposition aussi, bien sûr. En Afrique, on ressentait en permanence la hantise de l’inconnu absolu et, quand on arrivait au bivouac, au milieu de la nuit, on était content de retrouver quelques copains et une place pour dormir. Aujourd’hui, des parkings pour les spectateurs sont établis à proximité. C’est toujours une course, bien sûr, mais le côté aventure me semble avoir beaucoup disparu.»

Le défi pour ceux qui partent est différent. Le rêve pour ceux qui restent est moins magique. Mais l’essentiel, pour les promoteurs, est assuré: le Dakar a trouvé de nouveaux marchés en pleine santé. Et on sait que c’est de plus en plus rare.

Créé: 10.01.2012, 09h44

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.