Mardi 17 septembre 2019 | Dernière mise à jour 20:46

Formule 1 Deschenaux: «On se demandait qui était ce jeune blanc bec»

L'ancien commentateur de Formule 1 sur la RTS se souvient très bien de Niki Lauda. Son témoignage.

Niki Lauda en 1975, alors qu'il disputait sa deuxième saison pour Ferrari.

Niki Lauda en 1975, alors qu'il disputait sa deuxième saison pour Ferrari. Image: Keystone

Jacques Deschenaux, qui a commenté plus de 500 Grands Prix de Formule 1, connaissait bien Niki Lauda. (Image: Keystone )

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Jacques Deschenaux, qui a commenté pour la TSR (devenue RTS) plus de 500 Grands Prix de F1 de 1973 à 2007, a bien connu Niki Lauda. Le Fribourgeois, en route pour Monte-Carlo où se déroulera dimanche le Grand-Prix de Monaco, nous livre son témoignag,e alors qu’il va être fêté dimanche pour le 50e anniversaire de son premier Grand-Prix au micro dans la Principauté. Poignant, forcément.

Jacques Deschenaux, avez-vous été surpris d'apprendre la mort de Niki Lauda?

Je savais que Toto Wolf, le patron de Mercedes compétition et son plus proche collaborateur, lui avait rendu visite dans une clinique en Suisse ces derniers jours, explique cet alerte retraité de 73 ans, encore très bien informé des bruits de couloirs dans les paddocks. Je dois avouer que je m’y attendais un peu après la greffe d’un rein et la transplantation d’un poumon l’été dernier. Il disait qu’il voulait revenir aux affaires, lui qui était directeur exécutif de Mercedes, mais on avait de la peine à y croire. C’est encore une légende qui s’en va et c’est triste.

Quel rapport aviez-vous avec lui lorsque vous commentiez les courses de F1 à la télévision?

J’ai eu surtout de bons rapports avec lui quand il courait encore. Il avait disputé son tout premier Grand Prix en Autriche, en 1971. Cette année là, c’est Jo Siffert qui avait gagné. On se demandait qui était ce jeune blanc bec, tout frêle, qui n’avait pas le physique d’un pilote. On se disait que ce jeune gars issu d’une bonne famille ne durerait pas longtemps. On s’était vachement trompé! Quand il a été engagé par Ferrari trois ans après, c’était la surprise générale. Il avait Clay Regazzoni comme coéquipier et on ne comprenait pas. Mais on a vu rapidement la dimension du personnage.

A quel niveau?

D’une part en qualité de pilote, et d’autre part, comme metteur au point. A l’époque, les pilotes entraient dans la voiture qu’on leur donnait et ils ne faisaient pas grand chose, à part piloter. Niki, lui, était à l’usine, travaillait avec les ingénieurs, les mécanos, ce qui fit qu’il était unique. Il a aussi amené une discipline de vie qu’on ne connaissait pas avant. Le soir, avant une course, il était couché à 20 h 30! Cela faisait rire pas mal de monde dans le paddock, notamment certains autres pilotes qui sirotaient un verre dans les bars. Lors de ses débuts, tout le monde s’est posé des questions à son sujet, avant qu’il ne montre sur la piste le talent incroyable qui était le sien. Avec ses certitudes et sa façon de vivre, il a toujours été un peu «borderline». Mais il s’est toujours fixé des objectifs qu’il tenait à respecter envers et contre tout. Il a fait la carrière que l’on sait. Mais il avait une tronche absolument incroyable.

Étiez-vous au circuit du Nürburgring, le 1er août 1976, quand Niki Lauda a été victime de son accident?

Non, car je me trouvais aux Jeux de Montréal, Mais je me souviens très bien l’avoir revu six semaines plus tard au Grand Prix d'Italie à Monza. Il était là avec ses bandages et son oreille à moitié arrachée. Je l’ai aperçu en train d’enlever son casque avec des grimaces de douleurs épouvantables. Il avait terminé quatrième de ce Grand Prix et jouait le titre deux mois après au Japon contre James Hunt. Je me souviens très bien qu’après deux tours, Niki s’était arrêté, sous un déluge, laissant la voie royale à son adversaire: pour lui, les conditions étaient inacceptables pour continuer. Et puis, en 1979, au Grand-Prix du Canada, il avait annoncé contre toute attente qu’il en avait marre de tourner en rond, qu’il était temps pour lui de raccrocher. Il avait développé sa compagnie aérienne où il lui arrivait aussi de piloter. Mais le virus de la compétition automobile l’a vite rattrapé.

Il est revenu trois ans plus tard chez McLaren...

Oui, comme coéquipier d’Alain Prost, de qui j’étais très proche. Je me rappelle très bien du dernier Grand Prix, en 1984, où le titre s’est joué entre les deux à Estoril. Le matin de la course, j’ai eu le privilège de me retrouver avec Prost et Lauda dans l’espace privatif de McLaren, ils discutaient amicalement comme une journée normale, alors que moi, je tremblais d’impatience à l’idée de ce dénouement. Et c’est Lauda qui avait finalement décroché le titre avec un demi-point d’avance sur Alain. C’était fou.

Et vous l’aviez revu récemment?

Comme je me rends encore quatre à cinq fois sur des Grands Prix aujourd’hui, je l’ai rencontré à l’occasion de la sortie du film «Rush, en 2013, qui raconte le duel de 1976 entre lui et James Hunt. On m’avait demandé de faire la présentation à Genève. Du coup, je suis allé lui parler à Monza pour lui demander son avis sur ce film. Et là, il m’avait regardé et répondu: «Mais toi, tu étais là en 1976, alors je vais te dire une chose: cela va te rajeunir de 30 à 40 ans». Ce film était fantastique. Je l’ai encore revu l’an dernier au Grand Prix de France, où là, on s’était contenté d’un signe de la tête. Il était tellement sollicité avec Mercedes que cela s’était arrêté là.

Créé: 21.05.2019, 13h40

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