Jeudi 5 décembre 2019 | Dernière mise à jour 19:57

Motocyclisme Jonzier: «Je suis très sensible, j’ai peur de craquer»

Bernard Jonzier commentera samedi prochain son ultime GP moto. L’heure de la retraite sonne pour le journaliste le plus aimé, mais aussi le plus haï, de la Télévision suisse romande. Entretien.

Bernard Jonzier

Image: Yvain Genevay

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Bernard, la première fois que vous avez pleuré à l’antenne?

Cela fait si longtemps… C’était la victoire de Jacques Cornu au GP d’Autriche, en 1988. Mais je n’ai pas pleuré sur le direct, parce que Jacques n’a surpris ses derniers adversaires, nous avec, qu’en déboulant comme un damné à la sortie du dernier virage.

Ensuite?

Après l’arrivée, Genève a immédiatement commandé une unilatérale, pour une interview. J’avais la voix qui tremblait, il y avait une larme qui coulait sur la joue de Jacques. Il a tout fait pour résister, il s’essuyait, il se mouchait. Moi j’ai craqué.

Pas très sérieux, tout cela.

Au contraire. En quelques minutes sont revenus à l’esprit tous les sacrificies qu’il avait consenti pour en arriver là et voir le grand, notre déconneur préféré, qui pleurait, cela m’a bouleversé.

On imagine que, du côté de la tour de la télévision, les réactions ont dû être immédiates?

Boris (Acquadro, le chef d’alors) a trouvé extraordinaire qu’un journaliste laisse exploser sa joie. Il nous répétait à l’envi que nous devions faire partager notre passion. Aujourd’hui, on fait tout cela autrement.

Ce n’est généralement pas un bon signe quand on dit «avant, c’était mieux». C’était comment, avant?

On respectait les personnalités de chacun. Là, on a l’impression que tous les journalistes sortent du même moule. Avant, si nous étions quinze, il y avait quinze personnalités: le télégénique, le fou, le calme, l’analyste, le professeur. Etc.

Et vous, bien sûr, vous étiez le fou?

Je dirais plutôt le passionné. On dit que je suis hystérique, non. Je parle fort quand la situation devient chaude, c’est vrai. Mais on ne retient que mes coups de gueule, je préférerais qu’on mette en exergue mes connaissances historiques et techniques de mon sujet de prédilection, la course moto. Mais avouez que, parfois, cela dépasse les limites?

OK, j’accepte, il m’arrive, quand je me réécoute, de me dire que là, j’étais dans la zone rouge.

Votre plus grande bourde?

Assurément quand j’ai dit à l’antenne que la gendarmerie vaudoise n’avait pas de cerveau vis-à-vis des motards. J’aurais dû dire qu’elle n’avait pas de psychologie. Cela m’a valu une semaine et un GP de suspension. Celui qui m’a remplacé a fait courir Sete Gibernau pendant toute la course en 250?cm3, alors qu’il était en 500, et le chef de l’époque n’a rien remarqué.

Quelques années plus tard, vous traitez Alex Debón d’enfoiré?

Oui, parce qu’il venait de faire tomber Lüthi. C’était le cri du cœur, la rage de voir que Debón s’était relevé sans aller s’excuser, qu’il avait repris la piste alors que Tom était contraint à l’abandon. Ce jour-là, Lüthi pouvait s’emparer de la tête du championnat 250?cm3, et je reste persuadé que sa saison (2009) aurait ensuite été différente.

Enfoiré, c’est insultant.

C’est ce qu’a estimé mon chef, qui m’a injurié entre la fin de la course des 250?cm3 et le départ de la classe MotoGP. C’était mon quatrième blâme, au cinquième on était viré. Mais moi je n’en démords pas: enfoiré, grâce à l’œuvre extraordinaire des Restos du Cœur, ce n’est pas du tout insultant. Au contraire.

Vous êtes le plus populaire des journalistes de la RTS. Parce que vous criez plus que les autres?

J’ai une grosse cote avec les grands-mamans, qui doivent me prendre pour le gendre idéal. Ah, si elles savaient! J’ai longtemps commenté le ski, on me connaît pour la moto; ce sont deux sports individuels et c’est un immense avantage pour un journaliste de la télévision. Ceux qui s’occupent de foot ou de hockey sont immédiatement marqués «supporters de, donc «ennemis de».

De là à gagner chaque fois que les téléspectateurs doivent désigner leur préféré, il y a un pas. Vous faites voter vos p’tits copains?

La solidarité motarde n’est pas un vain mot. Or, le sport motocycliste est une discipline mineure, qui occupe une jolie place à la RTS. Les motards sont tous persuadés que c’est grâce à moi. Ils savent que j’ai pratiqué la course - oh, très modestement - et que je roule encore beaucoup, alors je suis l’un des leurs. Donc dès qu’on touche à moi, ils ont l’impression d’être directement touchés par la décision. Et ils le font savoir.

Après les motards, les filles. C’est bien de s’appeler Bernard Jonzier pour draguer?

J’ai dragué avant, pendant et je draguerai encore après la télévision. Précision d’importance: à mes débuts à la TV, je n’étais pas marié et, comme tout le monde, je me suis pris de sacrées gamelles avec les filles.

C’est pour cela que vous passez régulièrement par la chirurgie esthétique? Du sérieux, Bernard, ce visage lisse n’est pas naturel. Qu’avez-vous refait?

Le nez, les yeux, la bouche et je porte une perruque. Seule ma sale langue est d’origine. Non, sérieux: il se trouve que depuis l’adolescence, je fais des allergies aux produits de soin qui contiennent de l’alcool. Alors plutôt que des après-rasage traditionnels, j’ai toujours utilisé des baumes, cela explique peut-être cela. Et puis, ma maman nous a quittés quand elle avait 97?ans; eh bien, elle en paraissait 80. Et contrairement à moi, elle avait encore toute sa tête.

Vous avez peur de vieillir?

Non, ce n’est pas dans mon caractère. Je suis serein, heureux de refiler le bébé à Matthieu Juttens. J’ai plein de projets, via des associations caritatives. J’irai ainsi régulièrement lire le journal à l’EMS où ma mère, qui avait perdu la vue, a passé les dernières années de sa vie.

Assen, samedi prochain?

J’aurai 63?ans demain lundi. C’est un clin d’œil. Samedi, je quitterai définitivement l’antenne. Une page va se tourner. Je suis très sensible, j’ai peur de craquer. Mais je me prépare.

Créé: 24.06.2012, 12h14

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.