Mercredi 27 mai 2020 | Dernière mise à jour 10:34

Formule 1 Melbourne: une annulation dans la controverse

Il a fallu une nuit de discussions tendues pour conduire au retrait du GP d’Australie. Chronique d’un vendredi 13 où certains ont tenté de profiter des malheurs des autres.

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La nature humaine se dévoile souvent dans des circonstances inhabituelles. Celles qui prévalaient à Melbourne, dans la nuit de jeudi à vendredi, ont mené à des discussions épiques au cours desquelles certaines équipes ont essayé de profiter de la situation.

Jeudi, en quittant le circuit, alors que la journée s’était déroulée « presque » normalement, le paddock attendait le résultat du test de cinq membres mis en quarantaine - un mécanicien de l’équipe McLaren et quatre membres de l’écurie Haas. En début de soirée, le mécanicien de McLaren s’est avéré positif au virus Covid-19, et dut immédiatement faire la liste des personnes avec qui il avait été en contact depuis son arrivée à Melbourne - qui allaient toutes devoir observer une quarantaine. La quasi-totalité de l’écurie anglaise se retrouvait ainsi confinée à l’hôtel, et McLaren a très vite annoncé son retrait du Grand Prix d’Australie.

Un tel retrait ne signifiait pas pour autant l’annulation de l’épreuve: les autorités sportives avaient prévenu que si une équipe ne pouvait pas participer à la course parce qu’elle était interdite d’entrée en Australie, alors la course devrait être annulée par souci d’équité. Mais en l’occurrence, McLaren était déjà sur place et a décidé elle-même de se retirer, ce qui n’empêchait pas les autres de courir.

Jeudi, dans le paddock, plusieurs personnes, dont Lewis Hamilton, s’étaient déjà étonnées de voir le Grand Prix maintenu, alors que la plupart des pays interdisaient les grands rassemblements sportifs. Pour Frédéric Vasseur, le patron de l’écurie Alfa Romeo, la Formule 1 donnait l’impression de faire passer ses propres intérêts avant la santé des spectateurs, créant ainsi une image catastrophique pour le sport. Mais c’était avant tout, comme toujours, une question d’argent, personne ne voulant prendre la décision pourtant logique d’annuler la course.


Le roi dollar avant tout

Dans la soirée de jeudi, les patrons d’écurie ont donc décidé de se réunir pour décider de la suite à donner après le retrait de McLaren.

Les discussions ont duré jusqu’à 3 heures du matin, en l’absence de Jean Todt, le président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), qui n’avait pas fait le déplacement d’Australie, et qui aurait pourtant dû être présent vu les circonstances. Car demander aux écuries d’annuler la course revenait à demander à des équipes de foot de stopper elles-mêmes le championnat. C’était à la FIA de prendre une telle décision et à l’imposer aux écuries.

Pendant ce temps, en fin de journée de jeudi, plusieurs pilotes avaient décidé de quitter l’Australie au plus vite, de peur d’une fermeture des frontières. Kimi Räikkönen est ainsi parti avec le dernier vol pour Abu Dhabi, jeudi soir, sans attendre le résultat des négociations entre les équipes! Sebastian Vettel s’apprêtait à faire de même.

Pendant la nuit de négociation qui a suivi, certaines écuries ont voté pour un retrait. Chez Mercedes, on a prévenu qu’on ne voulait pas courir par respect pour les victimes du virus et pour protéger la santé des membres de l’équipe. Son de cloche identique chez Ferrari et Alfa Roméo.

D’autres (dont Red Bull et Racing Point) n’avaient cure de la santé de leur équipe ou de celle des spectateurs, et voulaient courir à tout prix, surtout sachant l’absence probable de Mercedes et Ferrari. C’était en effet l’occasion de marquer de gros points au championnat, et aussi, par conséquent, d’empocher de grosses primes d’arrivée!

Chez Racing Point, Otmar Szafnauer voulait courir pour profiter de ses voitures 2020, des copies de Mercedes qui se sont montrées très efficaces au cours des essais de Barcelone le mois dernier. Pour l’écurie anglaise, il s’agissait de capitaliser sur la forme de sa voiture avant que d’autres n’améliorent leurs performances. Là aussi, il s’agissait de marquer des points et des primes.


8 voitures au départ

Au bout de la nuit, il s’est avéré que seules huit monoplaces allaient rester pour disputer ce Grand Prix d’Australie. L’organisateur ne souhaitait pas pour autant annuler l’épreuve, cette décision lui coûtant des millions de dollars en dommages et intérêts auprès de la F1, ainsi qu’en remboursement de billets. L’organisateur a donc proposé de tenir le Grand Prix à tout prix, mais à huis clos, ce qui l’aurait tout de même contraint à rembourser des spectateurs, dont des milliers d’entre eux étaient venus d’Europe pour cette course.

A 10 h du matin vendredi, heure locale (minuit en Suisse), l’écurie Mercedes a publié un communiqué officialisant son retrait de la course, exprimant ses craintes pour la santé des membres de l’écurie.

Quelques instants plus tard, les organisateurs étaient obligé d’annuler la course, d’entente avec Chase Carey, le patron de Liberty Media, la société détentrice des droits commerciaux de la F1. L’Américain était arrivé dans la nuit depuis le Vietnam, où il avait tenté - sans succès - de convaincre les organisateurs de maintenir leur Grand Prix, prévu le 5 avril prochain.

Aussitôt, les écuries ont commencé à démonter leurs garages et à réserver des vols pour rentrer en Europe, dans une ambiance de résignation et de précipitation. Peu avant midi, les organisateurs ont tenu une conférence de presse à l’extérieur du paddock, conjointement avec Chase Carey, pour expliquer qu’ils n’avaient pas d’autre choix que d’annuler le Grand Prix, exprimant le vague espoir - mais sans conviction - de pouvoir tenir cette course plus tard dans l’année.


Un calendrier chamboulé

Ce vendredi 13 avait donc conduit au chaos. « La situation a changé très rapidement, elle n’est plus celle d’il y a deux jours et encore moins celle d’il y a une semaine, quand les écuries ont quitté l’Europe pour l’Australie, justifiait Chase Carey. Rien ne laissait prévoir une telle évolution. Ici, le virus était quasiment inexistant il y a une semaine.»

C’est donc la Formule 1 qui risque d’avoir amené l’infection dans ses bagages, en particulier par le mécanicien atteint. S’il avait été déclaré négatif au virus, le Grand Prix aurait-il eu lieu? Personne ne peut répondre à une telle question, tout comme il est impossible de prédire l’avenir de ce championnat 2020 de Formule 1.

Même si rien n’est encore officiel - Chase Carey s’exprimera au cours du week-end à ce sujet -, le Grand Prix de Bahreïn, prévu dans une semaine, devrait être annulé à son tour, de même que le Vietnam.

Les courses des Pays-Bas et d’Espagne, qui suivent, sont menacées en raison de la situation en Europe, tout comme le célèbre Grand Prix de Monaco. Le championnat 2020 pourrait donc démarrer le 7 juin à Bakou, en Azerbaïdjan. Le mois d’août, pour l’instant libre, serait alors rempli des courses reportées du début de saison…

Luc Domenjoz, Melbourne

Créé: 13.03.2020, 08h08

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