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Motocyclisme Sagesse mauvaise conseillère pour Lüthi?

Troisième d’un GP d’Espagne qui s’est déroulé dans des conditions d’adhérence très aléatoires, Thomas Lüthi s’est fait piéger par deux adversaires espagnols bien moins scrupuleux que lui.

Thomas Lüthi, dans le sillage de ses deux adversaires espagnols.

Thomas Lüthi, dans le sillage de ses deux adversaires espagnols. Image: AFP

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Pol Espargaró, vainqueur: «Quand j’ai vu que la pluie devenait plus forte, j’ai tout de suite passé Marquez et Lüthi, j’étais prêt à tout pour être devant.»

Marc Marquez, deuxième: «J’ai tout de suite compris que la Direction de course allait mettre un terme prématuré à la course dès qu’elle le pourrait; je n’ai donc pas hésité à prendre tous les risques.»

Thomas Lüthi, troisième: «Le but reste le même: la régularité. Je ne voulais en aucun cas faire de bêtises.»

Trois hommes au-dessus du lot, trois caractères, trois réactions différentes face à une même situation. Jerez de la Frontera, dernier week-end d’avril 2012. Cela fait trois jours que le ciel, fâché, fait des siennes. Trois jours qu’il fait froid pour la saison. Trois jours que la température de la piste ne dépasse que rarement les 15?degrés. Trois jours au cours desquels il est impossible de trouver les solutions techniques idéales. Trois jours de surprises, bonnes et mauvaises. Trois jours que cette piste est sale, et qu’elle l’est chaque heure un peu plus, parce que les pilotes qui sont obligés de passer par les bacs à sable reprennent le cours de leur vie en semant derrière eux sable et déchets. Trois jours que c’est ainsi. Et puis, en cette fin de matinée dominicale, les p’tits jeunes de la classe Moto3 s’en sont encore donné à cœur joie: une vingtaine de chutes, autant de tentatives de reprendre la course. Autant de traces de terre laissées en des endroits improbables.

Pas d’échappée

Les voilà, ces conditions. «Dès que l’on sortait de la trajectoire pour tenter un dépassement, c’était la sanction immédiate», raconte Lüthi, qui a tenté dans un premier temps de partir tout seul. En vain. «J’ai alors passé au plan B, en économisant le plus possible mes pneumatiques, pour avoir encore quelques ressources pour l’emballage final. Las, la pluie est revenue et, face à ce nouveau changement de situation, j’ai décidé d’assurer le podium.» Adieu la victoire, bonjour premier podium de la saison.

Satisfaction? Officiellement, oui, bien sûr. Mais, au fond du regard de Lüthi, on devine pas mal de frustration. Parce qu’il a compris qu’en étant un peu plus sage que ses adversaires directs il compromettait sérieusement ses chances? «C’est quoi, la sagesse? Terminer à moins de 5 dixièmes de la victoire, c’est être trop prudent? Je ne le crois pas. Alors, je préfère retenir, en plus de ce premier podium, l’impression générale laissée ce week-end: mes excellents essais, mon très bon départ, mon début de course. Maintenant, je ne rêve que d’une chose: avoir rapidement une course dans de bonnes conditions, juste histoire de montrer notre vrai niveau», ajoute Lüthi.

Peu et beaucoup

Reste qu’après deux GP l’avance de Marc Marquez se monte déjà à 17 longueurs (une victoire rapporte 25?points, une 2e place, 20). C’est à la fois peu et beaucoup. Peu, parce que la première erreur de l’Espagnol permettrait de rétablir l’équilibre. Et beaucoup, parce qu’on sait que Thomas Lüthi n’est pas un garçon capable de gagner six ou sept courses en une seule année. Alors que Marquez, justement, l’est: «Le top 6 à chaque course, le plus de podiums possibles, c’est ma feuille de route», reprend inlassablement le Suisse.

Un Lüthi partagé, on l’a dit, entre deux sentiments. D’un côté, la satisfaction d’avoir confirmé, aussi bien au Qatar qu’à Jerez de la Frontera, qu’il figurait tout en haut de la liste des prétendants au titre mondial. Mais, d’un autre, cette frustration, née de son duel perdu avec Marquez à Doha et de cette fin de course un peu sage d’hier. «N’oublions pas un autre élément, explique Alain Bronec, le propriétaire du team Technomag-CIP de Dominique Aegerter. Marquez a gagné la première manche, il est logique qu’il prenne un peu plus de risques. Quant à Pol Espargaró, je ne le considère pas pour un favori solide sur l’ensemble du championnat; pour lui, c’était le jour ou jamais, alors que Lüthi savait qu’il n’avait marqué «que» les 11?points de la cinquième place à Doha. Donc l’intelligence, et Dieu sait s’il est intelligent, l’obligeait à agir comme il l’a fait.» Reste à savoir si l’intelligence, dans ce métier, est toujours un atout.

Prochain épisode: dimanche prochain, sur le circuit d’Estoril, au Portugal.

Créé: 30.04.2012, 14h16

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