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Tennis Coupe Davis: Les silences assourdissants de Federer

Le Bâlois a fini par confirmer qu’il ne participerait pas à la Coupe Davis. A demi-mot, confusément. Au sein du sérail, la tension monte.

Roger Federer reste secret sur les raisons qui le poussent à renoncer à la Coupe Davis.

Roger Federer reste secret sur les raisons qui le poussent à renoncer à la Coupe Davis. Image: Keystone

En septembre 2011, c’est une équipe de Suisse au grand complet qui s’était imposée en Australie.
(Image: DEAN LEWINS/EPA)

ÉDITORIAL

Que Federer fasse entendre ses raisons

Roger Federer a confirmé péniblement, en deux mots, qu’il ne participerait pas à la Coupe Davis. Sa décision était prise depuis des mois. Ses proches savaient, la fédération savait; ou du moins subodorait. Mais la Suisse aurait eu besoin de l’entendre. Distinctement, clairement.

Car sur le fond, et sauf à devenir cocardier ou romantique, la décision de Roger Federer est totalement défendable. La Coupe Davis occupe les pires emplacements du calendrier. Ses audiences sont en chute libre. Les chances de la remporter sont à peu près nulles. Il y a là un conflit d’intérêts que la conscience d’un compétiteur peine à arbitrer, entre une carrière encore prometteuse et une équipée patriotique au destin improbable.

Les foules idolâtres, par un réflexe d’appropriation, pensent que la vie d’un champion leur appartient, et qu’ils ont sur elle un droit de préemption. Mais Roger Federer ne doit plus rien à personne, ni au tennis suisse, auquel il a offert un outil promotionnel inégalable, ni à son pays, dont il a donné une image d’Epinal dans le monde entier. Ses priorités, avec l’âge, ont changé. Il serait profondément ingrat de le lui reprocher.

Sauf que Roger Federer a un tort: il louvoie. A répéter son attachement à la Coupe Davis, main sur le cœur, et prétexter des empêchements de dernière minute, à répondre à l’affect par une communication de type nord-coréenne, il devient inutilement blessant. Il déçoit et il humilie. En un sens, il cocufie. Peu importent ses raisons, car elles le regardent. Mais la Suisse, pour les comprendre, a besoin de les entendre.

CHRISTIAN DESPONT, rédacteur en chef adjoint

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La Télévision alémanique ne diffusera pas la rencontre de Coupe Davis entre la Suisse et la République tchèque, la semaine prochaine, à Genève-Palexpo. Les audiences déjà faméliques ne survivraient pas au forfait de Roger Federer. Mêmes craintes autour de la billetterie: sur les 3800 places disponibles, 2600 sont «occupées, pas vendues», compte René Stammbach, président de Swiss Tennis.

Désarroi de Stammbach

L’homme ne cherche plus à dissimuler son désarroi. Il n’a pas réussi à convaincre Federer et, pis, il a échoué à rendre sa décision publique. «Au moment de lancer la billetterie, nous ne voulions plus laisser planer de doute. Les gens pensent que nous entretenons un faux suspense sur la présence de Roger, puis crient à l’escroquerie.» Mais lorsque René Stammbach appelle Tony Godsick, l’agent de Federer, pour lui demander une prise de position officielle, le ton monte. Le refus est catégorique, puis comminatoire.

Il aura fallu attendre lundi soir, une question anodine en conférence de presse, pour lever non pas un doute, mais une ambiguïté. «Non, je ne viendrai pas», a poliment écourté Roger Federer. Un confrère a insisté. «J’ai pris cette décision il y a un an et demi. Je ne reviendrai pas dessus.»

Surprise générale. «J’ai appris le forfait de Rog’ en octobre, à Shanghai», assure Stanislas Wawrinka, dont la déception s’est exprimée quelques semaines plus tard. «Roger n’arrête pas de dire depuis des années que la Coupe Davis est importante pour lui, mais ce n’est clairement pas le cas en ce moment. Je regrette qu’il tourne toujours les choses comme ça l’arrange.»

Entre-temps, toujours pas de communiqué officiel. Chaque jour a rendu le forfait plus probable, la tension plus palpable. «Que voulez-vous que je fasse? soupire René Stammbach. Que je m’attaque à un monument? Que je coure au suicide? Que je me fasse casser la figure par son management? Il est inutile que je parle à Roger. Et quand bien même je le voudrais…»

Sur le fond, René Stammbach est plus partagé. Du moins, il prend ses précautions. «Je commence toujours par dire que Roger Federer ne doit rien à la fédération, ni à son pays.» Et ensuite, que dit-il? «Deux choses. Tout d’abord, Roger a promis à ses copains de les aider. C’était il y a trois ans et j’étais là. Secundo, des joueurs protestent contre un calendrier chargé, puis partent deux semaines en Amérique du Sud sans leur famille, pour disputer des matches exhibitions.»

La performance extraordinaire de Wawrinka, dimanche, face à Novak Djokovic, n’a pas infléchi la décision du maître. «Je savais déjà que Stan était capable de bien jouer au tennis.»

Personne ne croit à des forfaits de dernière minute, encore moins à de longues réflexions. Federer ne laisse rien au hasard: toutes ses apparitions publiques sont planifiées à l’heure près, trois mois et demi à l’avance.

C’est elle la patronne

Alors, pourquoi ses silences interminables? Une seule personne a accepté de répondre à cette question, sous le couvert d’un anonymat absolu – critiquer Federer revient un peu à tirer sur Bambi, le cuisiner à faire de Bambi un civet. «Au fond de lui, Roger adore la Coupe Davis, et je sais pertinemment qu’il a envie de la jouer, rapporte ce proche. Mais il a accordé cette concession à sa famille. Et s’il ne prend pas position, c’est parce qu’il a une sainte horreur des problèmes. Tous sont gérés par Mirka. C’est elle la patronne et, en assumant ce rôle, elle permet à Roger de se dévouer totalement au tennis.»

Selon nos informations, Federer avait bel et bien passé un pacte avec ses coéquipiers. La défaite de Wawrinka à Fribourg, contre Mardy Fish, a brisé ses espoirs. La sienne, quelques heures plus tard, lui a ôté ses dernières illusions. Au cœur d’une déception énorme, parsemée de colères bruyantes et de reproches maladroits, le dégât d’image était considérable. Federer se serait entretenu avec son clan. «Il est père de deux enfants. Mirka les voudrait davantage à la maison. Sa hantise, aussi, est que les gens profitent du nom de Roger, y compris la fédération. Le couple est aujourd’hui entouré de personnes fortunées, avec lesquelles il n’y a aucune ambiguïté. Et puis Roger reste un grand joueur, il peut redevenir numéro un et il le sait, comme il est conscient des fragilités de son âge. Quoi qu’il en dise, son vœux le plus cher est de régner encore. La Coupe Davis l’en priverait sûrement.» Reste à savoir pourquoi il ne le dit pas.

Créé: 23.01.2013, 08h40

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