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Tennis Federer - Nadal: cinq raisons de croire à l’exploit

Pourquoi Roger Federer réussirait à presque 38 ans ce qu’il n’a jamais fait, à savoir battre Nadal à Roland? On a trouvé cinq raisons.

Roger Federer parviendra-t-il enfin à battre Rafael Nadal dans son jardin?

Roger Federer parviendra-t-il enfin à battre Rafael Nadal dans son jardin? Image: AFP

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En vieux sage, Vincent Cognet avait sorti sa plume experte, mercredi déjà dans «L'Équipe», pour résumer les tensions qui traversent ce 39e Federer – Nadal (15-23). «Soit on plonge dans ses souvenirs, on consulte le grand livre des stats, on constate que Federer n’a arraché que quatre sets en cinq matches (à Roland), et on visualise d’avance le cavalier seul (de Nadal). Soit on ferme les yeux, on se bouche les esgourdes, on se réjouit de ce passé recomposé et on rêve à voix haute à une demie dantesque. Comptable lucide ou indécrottable romantique, choisis ton camp, camarade.» C’est fait, cher Vincent! C’est donc en indécrottable romantique que nous vous livrons ici cinq raisons de croire à un exploit incommensurable de Roger Federer.


1) Nadal ne sait plus le battre

Vous souvenez-vous la dernière fois que Roger Federer a perdu contre Rafael Nadal? Non et c’est normal. Cela remonte à trop longtemps: plus de cinq ans, en demi-finale de l’Open d’Australie 2014. À cette époque, les deux cadors avaient sept Majeurs de moins dans leur besace et quelques morceaux de cartilage en plus dans les membres inférieurs. On rigole? Pas vraiment. Car la psyché d’un joueur de tennis de haut niveau ressemble à un muscle: plus elle revit une émotion positive, plus elle l’inscrit dans un substrat à partir duquel il sera plus facile de la recréer. En ayant remporté leurs six dernières confrontations – dont la fabuleuse finale de l’AO 2017 – Roger Federer possède cet ascendant psychologique contre lequel il a lutté en vain durant dix ans. Cinq ans et six matches sans expérience du succès, «c’est une éternité pour Nadal», image Yves Allegro. Or il est difficile de lutter contre l’éternité.


2) Federer tient son plan de jeu

Vous vous souvenez de l’époque 2005-2009, celle qui voyait un Roger Federer multiplier les approches pour déboulonner Rafael Nadal de sa terre promise. Il y eut la phase sniper en coup droit pour écourter les échanges (plan A), celle de la résistance dans la «diagonale Nadal», une histoire de fierté (plan B), et celle de l’attaque compulsive et désordonnée (plan C). Juste ou faux, peu importe; tout cela est resté inefficace parce que mis en place dans l’urgence. Or cette urgence n’existe plus, c’est le miracle de la fin de carrière du «Maître». Depuis son retour en janvier 2017, «RF» assume mieux ses limites physiques et les pondère dans une approche tactique savamment déconstruite. «Papy» attaque puis temporise. Il tricote une amortie (en retour même) puis arme un coup de fusil. Ici il refuse l’échange en rythme (avec son slice), là il l’entretient et l’accélère. Face à ce tennis fusion, Nadal n’a pas encore trouvé la solution.


3) La pluie est une alliée

C’est un vieux débat qui ne fait pas l’unanimité. Roger Federer a-t-il plus de chances sur une terre sèche ou mouillée? La logique veut que les attaquants soient servis par une terre battue dure et poussiéreuse, sur laquelle la balle avance plus vite. Simple et vrai. Mais puisque Rafael Nadal est un ovni, sa présence brouille l’équation. Aucune balle ne tourne aussi vite sur elle-même que celle qui sort d’un coup droit «nadalesque». Or sur une terre sèche et dure, ce coup saute si haut que la zone trouvée par «Rafa» n’a pas besoin d’être exceptionnelle pour qu’il devienne injouable. Vous suivez? L’attrait d’une terre alourdie par l’humidité tient donc dans sa faculté à rendre le lift du Majorquin gérable. Pour Roger Federer, cela signifie une plus grande latitude pour tenir son terrain et frapper balle montante. Sans oublier que les amorties et les fameux slices courts Bâlois restent facilement «scotchés» sur une terre lourde. Pas convaincus? Savez-vous où et quand Roger Federer a collé sa seule roue de vélo terrienne à Rafael Nadal? C’était en finale de Hambourg, en 2007 et sur une terre aux allures de marécage.


4) Le nouveau revers de «RF» change la donne

Dans la chronique qu’il tient irrégulièrement dans la «Basler Zeitung», Marco Chiudinelli a annoncé dès le mois d’avril ce qui «l’excitait le plus dans cette saison de terre battue». Relisons-le. «Depuis qu’il travaille avec Ljubicic, «Rodge» a gagné énormément en stabilité côté revers; il le frappe de manière très agressive. Je me demande à quel point ce revers sera efficace sur terre, en particulier dans un gros match contre Nadal.» Si le plus vieil ami et celui qui le connaît le mieux «tennistiquement» l’affirme, il faut le croire. Le «nouveau revers» de «RF» a déjà fait des dégâts face à Rafael Nadal – il suffit de revoir sa démonstration à Indian Wells en 2017 pour en être convaincu. Mais son efficacité est-elle transposable sur terre battue? Un indice pousse à l’optimisme: face à Stan Wawrinka, l’homme aux 20 titres du Grand Chelem a souvent gagné le bras de fer dans la diagonale revers; y compris lors d’un point capital dans le tie-break du premier set. Or le revers de «Stanimal» est un bon apéritif avant d’attaquer le festin de coups droits croisés que va lui préparer Rafael Nadal.


5) Jamais Nadal n’a eu autant de pression

L’ultime argument quitte la réalité du terrain pour embrasser la dimension historique de ce duel. La norme lorsque deux monstres sacrés s’affrontent, c’est une égalité symbolique devant l’événement. Les yeux dans les yeux face aux attentes, sa propre ambition, son orgueil et ses peurs. Or ce 39e «Fedal» est profondément spécial parce que totalement déséquilibré. On résume. Si Nadal gagne, c’est un non-événement alors que si Federer l’emporte, il s’agit d’une des plus belles conquêtes du sport moderne. Porté par ses onze trophées de Roland-Garros et son aura d’invincibilité à Paris, «Rafa» n’a tout simplement pas le droit de perdre; surtout pas contre un terrien dilettante de presque 38 ans. Jamais, il n’aura donc concentré autant de pression sur ses épaules au moment de pénétrer sur le Chatrier. Une pression liée au match et à la place qu’il pourrait prendre dans les livres d’histoire. Ce matin, Rafael Nadal est en effet encore le seul des deux à avoir terrassé son rival dans son jardin – le 6 juillet 2008 en finale de Wimbledon. C’est aussi cette conquête sublime et transgressive que peut égaler Roger Federer aujourd’hui.

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Créé: 07.06.2019, 08h35

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