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Tennis Federer: un petit coup de vieux

Au départ à la retraite de Roddick a succédé la sortie de Roger Federer, déclassé en puissance et en vivacité. Le tout en une seule journée.

Image: Keystone

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Les larmes d'Andy Roddick

Les larmes d'Andy Roddick L'Américain a mis un terme à sa carrière suite à sa défaite face à Del Potro.

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C'était beaucoup pour une seule journée. Beaucoup pour ceux qui ont vécu le tennis des années 2000, qui l’ont aimé follement; comme si en l’espace de quelques heures, Robert Smith poussait sa dernière chanson et Bono écourtait une tournée parce qu’il n’avait plus de voix. Ovations. Oraisons. Funeste journée. Andy Roddick qui s’en va, les yeux éteints. Roger Federer qui repart un peu honteux, sorti comme un malpropre, pas loin de pleurer, lui aussi.

Probablement que le maelström d’émotions trouble le jugement et que Roger Federer rétablira bientôt, comme d’habitude, la stricte réalité du terrain. En attendant, c’était dur. Dur de voir un talent ainsi saccagé, maltraité, profané, réduit à une sale manie. Dur de voir Roger Federer, avec les pincements de lèvre contrits d’un enfant pris en faute, accuser en même temps un petit coup de vieux, et nous rappeler tous, fichue journée, au processus irréversible du dépérissement.

Le Maître ne cherche pas d’excuse – «Je n’aurais jamais dû perdre.» Mais il en est une, au moins, qu’il pourrait accepter: avec le forfait de Mardy Fish, au cœur d’une semaine pluvieuse, il ne s’était plus ébroué depuis trois jours. Il a manqué de rythme, de continuité. Déclassé en puissance, dépassé en vivacité, transpercé sur son service.

Inanité stylistique

Ne subsistaient «que» les coups de pattes, les convulsions du génie éternel, en quelques ellipses inexplorées (dont un passing croisé de revers surréaliste). Mais à l’aune de la logique utilitaire qui lui faisait face, ce talent-là ne fut que de l’esbroufe, du cabotinage, l’inanité stylistique par excellence – triste journée…

Il ne fallait surtout pas encourager Tomas Berdych dans cette voie, encore moins lui concéder le premier set, et ce fut fait avec une folle imprudence, un peu naïvement. «Grave erreur à ne pas commettre, surtout contre un joueur qui, lorsqu’il mène au score, devient dangereux», se repent Roger Federer. «Berdych a créé plus que moi, c’est sans doute pourquoi il a gagné. Mais je m’en veux terriblement.»

Tomas Berdych qui, depuis deux mois, ne bougeait plus une oreille, a soudain manifesté une forme d’ardeur insouciante, une quasi hardiesse, délurée et insubordonnée. «Il y a quelque chose dans mon jeu que Roger n’aime pas, ricane le Tchèque. Je sais comment le perturber, même quand il est bon.» Comment alors? «Il aime dicter le jeu, contrôler l’échange. Il évolue dans la maîtrise. Moi, j’essaie de l’en empêcher. Je crois que je réussis très bien à le sortir de sa zone de confort.»

Pas la première fois

La démonstration fut faite, et parfaite, aux Jeux d’Athènes, à Wimbledon 2010 et, pour un peu, à l’Open d’Australie 2009, où Roger Federer surmonta un passif de deux sets. Cette fois encore, la maîtrise a succombé aux affres de l’extravagance, l’irrationnel a triomphé de l’emprise par le bras tout-puissant de Tomas Berdych, larron en foire. «Roger jouait de mieux en mieux? La foule était derrière lui? Et alors… J’étais prêt à ça.»

Roger Federer n’a pas grand-chose à dire de plus car, parfois, les maux sont inutiles. Ce fut un bel été, bien sûr, le temps béni de la résurgence. Mais l’été est fini. «Je l’ai dit cent fois, je ne saurai être plus fier de ce que j’ai accompli. Mais, là, je viens de perdre un match. Et je suis profondément déçu.» Bien sûr, ce n’était peut-être qu’un mauvais jour. Saleté de journée.

Créé: 07.09.2012, 09h59

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