Lundi 19 août 2019 | Dernière mise à jour 03:15

Tennis L'histoire sans fin

Avec ce onzième Roland-Garros, Rafael Nadal a donné encore plus de relief à son implacable domination sur terre battue. Jamais un sportif n’avait autant tué le suspense.

Image: Reuters

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«C'est l'un des plus retentissants exploits de l'histoire du sport»



En dépit de la déception, Dominic Thiem a tenu à rendre hommage à son bourreau du jour.

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Au jeu des associations, deux noms viennent assez naturellement. Mike Tyson et Lance Armstrong. Le premier tuait le suspense à sa première droite, le second au bout des premiers lacets. Pas de sentiment, aucune surprise. Juste l’application méthodique d’une implacable supériorité. Rafael Nadal fait pareil à Roland-Garros. Mais en mieux. Car lui n’est pas le produit d’une supercherie.

Hier, Dominic Thiem n’est pas passé à côté de sa finale. Comme tant d’autres avant lui, il n’avait juste pas les épaules d’un premier rôle. Un set qui laisse quelques regrets – le temps que la bête se relâche, deux autres à courir après l’inéluctable. Et la pièce de théâtre de continuer sa tournée triomphale: 88e représentation, 86e triomphe, standing-ovation pour la Undécima!

En quatorze ans, «Rafa de Manacor» a bien changé. Il a abandonné ses pantacourts, sert mieux, accélère plus facilement long de ligne en coup droit, crée de l’urgence en revers. Mais du fier Apache post-adolescent, il reste ces deux fondamentaux qui racontent l’essence de sa domination. Personne dans l’histoire du tennis n’a autant augmenté les dimensions du court et personne n’a exercé une telle emprise psychologique sur ses pairs.

Une position dominante

Vous souvenez-vous d’un grand défenseur du passé (Vilas, Wilander, Bruguera) se tenant cinq mètres derrière la ligne de fond en retour de service? Nadal le fait (4,57 m en moyenne) et cela n’a rien d’un artifice. De tout là-bas au fond, «Rafa» devient visuellement «indébordable» (comme un gardien face à un penalty tiré à 35 m). De plus, cette position offre une trajectoire différente à ses coups et envoie ce message démoralisant: mes jambes sont assez fortes pour couvrir un court gigantesque. Or de la position naît l’emprise. Car Rafael Nadal est d’abord un défenseur hors norme, le plus grand de tous les temps. À 32 ans comme à 19, frapper un coup gagnant contre «Rafa» exige la perfection. Une chimère sur la durée, un poids chaque jeu plus insupportable pour quiconque veut le bousculer. Si Dominic Thiem manque cette affreuse volée de revers qui amorce le break décisif au premier set, c’est parce qu’il se sent obligé de la raccourcir parfaitement. L’Autrichien avait toute la place. Mais il a eu peur des jambes de «Rafa».

Tant qu’elles le porteront, Rafael Nadal continuera à agrandir le court et rapetisser l’opposition. Il n’y a aucune raison que cela change, pas sur terre battue, pas à Roland-Garros. Rendez-vous dans douze mois pour le prochain épisode de l’histoire sans fin.


ONZE VICTOIRES POUR UNE DOMINATION SANS ÉQUIVALENT

2005 Quelque part entre Corsaire et Apache, «Rafa» fait déjà peur à tout le monde. Federer surjoue en demi-finale (4 sets) et Puerta (contrôlé positif) s’arrache en vain.

2006 Après le chef-d’œuvre de Rome (5h, 5 sets), Nadal et Federer partagent leur première finale. RF débute fort (6-1) avant de se fracasser contre la défense du Majorquin.

2007 Battu par Federer à Hambourg (la seule fois sur terre), Nadal semble en danger. Mais Paris n’est pas le «marécage» du Rothenbaum et «Rafa» dicte sa loi en quatre sets.

2008 Quatre petits jeux égarés, une roue de vélo infligée au Maître (6-1, 6-3, 6-0), Nadal ne gagne pas que Roland, il pose les bases du fameux «Bloody Sunday» de Wimbledon.

2010 L’année du sacre post-traumatique (Söderling et blessure) se transforme en promenade (aucun set égaré). Il règle en plus ses comptes avec le Suédois en finale (6-4, 6-2, 6-4).

2011 Une grosse frayeur contre Isner (5 sets) et une petite face à un Federer merveilleux en demi (Djokovic). Mais au final, c'est toujours la même démonstration de force.

2012 Début de l’ère «Rafa-Djoko». Tout son parcours n’est qu’un chemin vers la finale rêvée… qu’il domine sur deux jours (4 sets). Avec ce septième sacre, Nadal dépasse Borg.

2013 Une demi-finale d’anthologie: Djokovic qui rate des smashes, le coche (3-1 au 5e), puis touche le filet pour relancer Rafa. Le miraculé exécute Ferrer en finale.

2014 Découverte d’un certain Dominic Thiem (2etour) avant du classique: Ferrer, Murray puis un Djoko en confiance (4-0 sur le circuit) mais qui coince. Quatorzième titre majeur.

2017 Après «la blessure mentale» (2015, défaite contre Djoko) et celle au poignet (2016), «Rafa» domine comme jamais sa Décima (35 jeux perdus). Wawrinka impuissant en finale.

2018 Hormis une étrange crise de panique calmée par la pluie (Schwartzman), «Rafa» se promène. Challenger légitime, Thiem a tenu un set. L’histoire sans fin.

Créé: 10.06.2018, 21h58


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