Vendredi 13 décembre 2019 | Dernière mise à jour 06:36

Tennis Ça pourrait mal finir pour Rafael Nadal

Blessé de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, Rafael Nadal court après son ombre, sans en avoir la force et l’énergie. Hier, son corps l’a encore abandonné.

Image: MAL FAIRCLOUGH/AFP

Blessures à répétition: Nadal est-il fini ?

7

Les Open d’Australie où Rafael Nadal n’a pas pu défendre ses chances, soit deux forfaits (2006, 2013), un abandon (2010), et trois défaites consécutives à des blessures (2007, 2011, 2014).

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sa souffrance est en soi un spectacle, dans le sens où elle embellit le tennis, non plus en tant que jeu d’adresse, mais sous une forme assez primaire de tragédie humaine. Cette souffrance-là n’a rien de sordide, elle n’est pas de celles dont on se repaît, mais que l’on contemple, un peu en amateur d’art. Personne ne l’a sublimée avec autant de talent que Rafael Nadal.

La question est de savoir combien de temps, encore, le spectacle pourra durer, et à partir de quel moment il deviendra absurde. Car Nadal est toujours plus amoindri, c’est évident. Sinon il n’aurait jamais cédé aussi facilement devant Tomas Berdych (6-2 6-0 7-6). «Je ne l’ai embêté qu’une petite heure. Je n’ai pas eu le bon rythme, la bonne intensité. Je dois accepter mon échec», abrège-t-il galamment.

L’essence même de son jeu

Officiellement, Rafael Nadal n’a rien. C’est peut-être vrai, au fond, venant d’un joueur qui a enquillé des services avec une déchirure abdominale, quand vous et moi n’aurions même pas pu tousser, un joueur qui, la semaine dernière, après avoir manqué de perdre connaissance, a invoqué «une légère déshydratation», un joueur dont la rudesse, le rapport à la douleur, confine à l’ascèse.

C’est l’essence même de son jeu que de repousser le seuil de la souffrance, bien au-delà des limites de la performance athlétique, et de vaincre à l’arraché, en engageant l’épreuve de force. Nadal ne peut pas changer, il frappe comme un sourd et n’écoute pas son corps. André Agassi l’avait vu venir, avec ses ardeurs sauvageonnes, jusqu’à avoir cette prémonition controversée: «Rafa tire des chèques en blanc sur sa santé. Un jour, il devra payer.»

Deux ans plus tard, Rafael Nadal lui-même avait reconnu, stoïque: «Quand on a joué si souvent avec la douleur, on ne sait pas où est la limite, on ne sait pas quand on ne pourra plus rien donner. Je suis un sportif de haut niveau, je joue avec la douleur, comme beaucoup d’autres. Je ne sais franchement pas combien de fois j’ai joué sans avoir mal. Mais je ne peux pas vivre avec l’inquiétude, avec la peur de finir cassé. Je donne juste tout ce que je peux. Si c’est 60%, c’est 60%. Si je peux donner 100%, je les donne.»

Le don de soi participe aussi, chez Nadal, d’une sorte de sécurité inavouable, où l’instinct se nourrit de certitudes pour subsister. C’est une causalité démente: pour avoir confiance en lui, l’Espagnol a besoin de beaucoup jouer; mais avec la répétition des efforts, il accumule des blessures qui, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, l’astreignent à de pénibles recommencements, et ruinent sa confiance... Avant l’Open d’Australie, Nadal était «effrayé par les réactions» de son corps». Il avouait à regret, avec un soupçon de fatalisme: «Plus on devient vieux, plus c’est difficile. Le corps ne réagit pas comme à 20 ans. Mais dans mon esprit, il y a toujours la même motivation. Je ne cherche pas à prévenir les malheurs, je vis simplement au jour le jour, sans arrière-pensée.» Comme d’autres se sont consacrés corps et âme à leur art; et ceux-là, en général, finissent mal. Sinon ils n’arrêteraient jamais.

Créé: 28.01.2015, 07h07

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.